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LES FANTOMES ATTAQUENT HOLLYWOOD


Trois ans après les premières eaux, Walter Salles revisite la tuyauterie hantée de Dark Water pour se plonger dans un remake à l’américaine. Depuis le succès surprise de The Ring, les fantômes nippons ont la côte à Hollywood. Au point, parfois, d’emmener avec eux leurs créateurs, à l’image d’un Nakata qui œuvre désormais aux Etats-Unis, pour le meilleur et pour le pire.


FULL CIRCLE

A l’approche d’Halloween 2002 s’invite en salle un produit un peu atypique. Il s’agit, certes, d’un film d’horreur, mais celui-ci a la particularité d’être le remake d’un récent hit japonais qui n’a, lui-même, jamais eu l’honneur d’une sortie sur le territoire. Avec The Ring, Gore Verbinski, faiseur habile, adapte le film de Hideo Nakata pour le public américain. Au programme, une jolie blonde (Naomi Watts, brillante), un compositeur chevronné (Hans Zimmer), une photo léchée de Bojan Bazelli à l’opposé de la sécheresse originelle, et surtout l’intronisation d’une nouvelle figure dans le bestiaire de l’épouvante américaine: le fantôme japonais, son puits, ses cheveux dans les yeux, sa robe blanche et ses désirs vengeurs. Après un week-end honnête au box-office (15 millions de dollars dans 2000 salles), le bouche-à-oreille et la curiosité font le reste. Les trois week-ends suivants réaliseront un score supérieur au premier, et le film atteindra 130 millions de recettes sur le territoire pour 45 de budget. La petite comédienne incarnant le fantôme devient la méchante de l’année aux MTV Awards devant Daniel Day Lewis ou Colin Farrell, le film a droit à ses parodies, et l’original de Nakata sera gratifié d’une sortie…en vidéo, en mars 2003. Aussitôt, une suite est mise en place, tandis qu’Hollywood se penche sur les autres gros poissons nippons à repêcher.


EAU BENITE

Après le cercle infernal, place à une rancune sans fin: The Grudge, autre carton au box-office local, passe à la moulinette américaine. Mais contrairement à The Ring, le réalisateur est japonais et connaît bien son sujet puisqu’il s’agit de Takashi Shimizu, auteur de l’oeuvre de base. De plus, l’action se déroule au Japon, plongeant le fantôme dans son milieu d’origine, un pays dans lequel se perd Sarah Michelle Gellar, le film jouant ingénieusement sur l’exotisme seulement effleuré dans The Ring. Si ce long métrage lui est largement inférieur, il se permet quelques audaces narratives dans son flash-back final qui rappellent des motifs du genre (l’utilisation expressionniste de la lumière lors des scènes fantomatiques). Produit par Sam Raimi pour seulement 10 millions de dollars, The Grudge engrange 110 millions aux Etats-Unis. Pendant ce temps, le nom du metteur en scène de The Ring 2 a changé, il ne s’agit plus de Noam Murro (un réalisateur de pub) mais d’Hideo Nakata lui-même, qui va pouvoir relire la copie bâclée de la suite japonaise et originale. Mais déjà, la machine semble un peu grippée. The Ring 2 est moins rentable (76 millions de recettes après un démarrage deux fois plus important que le premier), et s’avère surtout être un échec artistique.


LE JOUR OU LE CERF EST TOMBE DANS LE PUITS

Hormis une réjouissante attaque de cerfs (sans qu’on ne sache vraiment à quel degré prendre la scène) et une séquence d’eau plutôt impressionnante, The Ring 2 n’offre que très peu de frissons et reprend grossièrement, sans inspiration, le drame maternel qui faisait la chair du Dark Water que le Japonais a signé. Un Dark Water revu et corrigé donc par Walter Salles, et qui prend des allures de douche glaciale au box-office: 25 millions de dollars seulement. The Ring 2, Dark Water, deux films où l’horreur passe au second plan, pour une recette qui ne prend manifestement pas aux Etats-Unis – la star, c’est le spectre. The Grudge 2, prévu pour 2006, donnera t-il un nouvel élan en se replongeant dans le pur film de fantôme? Depuis, l’essoufflement s’est confirmé avec Pulse, remake malmené du Kairo de Kiyoshi Kurosawa, serpent de mer passé de main et main avant de laisser une demi-heure sur la table de montage. Le film à petit budget est rentré dans ses frais, mais on est loin des scores atteints par The Ring ou The Grudge. Tandis que le cercle s’épuise, Hideo Nakata, longtemps pressenti pour diriger le remake de The Eye (finalement attribué à David Moreau et Xavier Palud, tandis qu’un autre Frenchy, Eric Valette, s’occupera de La Mort en ligne), s’en est retourné chez lui pour filmer Kaidan, un mélange ambitieux de film d’époque et d’histoire de fantômes. En somme, un double retour aux sources.





 
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