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The Lord of the Rings
Auteur : J.R.R. Tolkien
Genre : Heroic-fantasy
1000 pages environ



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LE SEIGNEUR DES ANNEAUX de J.R.R. TOLKIEN.
"For the world is changing: I feel it in the water, I feel it in the earth, and I smell it in the air".

Lorsque Peter Jackson décida d'adapter Le Seigneur des Anneaux, il était conscient qu'il relevait un défi de taille; en effet, ce livre-culte représente depuis maintenant 50 ans une gageure à retranscrire sur grand écran. Problèmes liés tout d'abord à la longueur du livre, entre 1000 et 1400 pages selon les éditions, problèmes d'ordre logistique (comment représenter ces batailles à perte de vue et ces monstres innombrables?), mais la difficulté première réside avant tout dans l'âme du livre: comment adapter ce roman-fleuve, au potentiel spectaculaire immense, sans en trahir l'essence profonde, son coeur émotionnel à la fois si fort et en même temps si fragile, discret, évanescent. Car Le Seigneur des Anneaux, en plus d'être le chef-d'oeuvre de l'heroic-fantasy, une saga d'aventures trépidante, drôle et tragique, est aussi, et surtout, un témoignage bouleversant sur un monde en plein changement.

L'histoire se déroule en des temps reculés de notre bonne vieille Terre dans une région appelée la Terre du Milieu où coexistent des Hommes, des Elfes, des Nains, des Hobbits, des Ents, des Orques, des Trolls, des Balrogs...la liste est longue. Pays et peuplades imaginaires tout droits sortis de la tête de Tolkien, mais univers que l'auteur a voulu crédible et cohérent. Ce vaste monde est en effet au coeur du Seigneur des Anneaux (1940-1952) mais aussi de Bilbo le Hobbit (1936), du Silmarillion (publié dans les années 70) et d'une fournée d'autres oeuvres plus ou moins décousues qui viennent étoffer l'histoire de cette région. Le Seigneur des Anneaux se déroule à un moment-clé dans la chronologie de Tolkien: nous sommes à la fin du Troisième Âge et Sauron, le seigneur ténébreux, a repris forme pour assouvir sa quête de domination. Mais les vingt anneaux qu'il avait forgé pour rallier ses adversaires à sa cause ne sont plus en son pouvoir tant qu'il lui manque l'Anneau Unique, l'Anneau Souverain, "the One Ring" en anglais, celui qui lui permet de gouverner tous les autres. Le maléfique objet est tombé dans les mains du Hobbit Frodon et sa destruction est la seule chance d'échapper aux griffes du mal. Les peuples libres de la Terre du Milieu (Hommes, Elfes, Nains, Hobbits et Ents) vont s'allier une dernière fois pour parer à l'attaque des ténèbres.

C'est dans cette oeuvre que Tolkien (lire le portrait) a versé tout son savoir et son amour des textes médiévaux, des sagas scandinaves, des récits mythologiques. Des traditions desquelles il s'inspire, il reprend le thème-clé (typiquement arthurien) de la fin d'un monde; l'âge d'or de la Terre du Milieu est depuis longtemps passé, les Elfes sont en train de disparaître par-delà les rives du monde connu et le chemin est désormais pavé pour permettre l'ascension de l'homme en tant qu'espèce dominante. Le roman est ainsi parcouru d'une fibre émotionnelle extrêmement forte, d'un sentiment de mélancolie qui transpire à travers chaque phrase, chaque lieu, chaque personnage.

Le talent d'écrivain de Tolkien s'impose page après page. A l'aise aussi bien dans les passages champêtres et paillards chez les petits Hobbits que dans les moments sombres où le mal prend forme, passant avec une aisance étonnante du rire à la peur, de l'émoi à la fascination, sa prose d'un raffinement subtil est un plaisir pour n'importe quel amateur de belles phrases; bénis sont ainsi les anglophones, car l'unique traduction française du roman n'arrive jamais à la cheville du texte d'origine. Les dialogues érudits des Elfes, des rois et des magiciens cohabitent avec les intonations campagnardes de Sam le Hobbit simplet et les accents rustres du noble mais irascible Gimli.

Les personnages du Seigneur des Anneaux sont tous inoubliables. Aragorn, le roi déchu, le guerrier sage; Gandalf, le magicien aux sourcils broussailleux, à la fois colérique et généreux; l'Elfe Legolas et son amour de la nature; le courageux Frodon, héros tenté par le mal... Ces personnages principaux sont entourés non seulement par une galerie de figures secondaires décrits avec soin, mais surtout par une pléiades de créations saisissantes: les Ents, peuple d'hommes-arbres qui se meurt lentement; Gollum, le Hobbit déformé et corrompu par la puissance de l'Anneau; le Balrog, créature monstrueuse faite d'ombre et de flammes...

L'oeuvre est d'une épaisseur et d'une complexité sidérante. L'adaptation faite par Peter Jackson a donné une deuxième jeunesse à ce classique de la littérature, cette merveille d'héroïsme et de mélancolie, ce qui permettra sans doute à une nouvelle génération de le découvrir.

Liam.



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