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ETAT DES LIEUX


A la veille de la 57ème édition de la Berlinale et à l’occasion de la sortie en salle de Pingpong, FilmdeCulte se penche sur la situation de l’industrie cinématographique en Allemagne et éclaire le mystère nommé "école berlinoise"..


Les chiffres de diffusion des films allemands dans les salles locales en 2006 vont tomber au mois de février. Au vu des premières estimations, l’année écoulée fut l'une des plus prolifiques depuis des décennies. Le chiffre de 25% de parts de marché est d’ores et déjà annoncé. Plutôt pas mal quand on considère que ce chiffre se situait en dessous des 10% il y a sept ans.



PINGPONG


L'insolante forme du jeune cinéma allemand a de quoi rendre jaloux. En l'espace de quelques semaines, trois films sont venus confirmer la vitalité de la pourtant si fragile économiquement nouvelle vague allemande. Montag, d'abord, représentant le plus implacable du trio, vertigineuse expérience de funambulisme narratif, qui impressionnait de rigueur et de justesse.


Vint ensuite le plus périlleux Requiem, qu'une direction d'acteurs d'exception et une mise en scène délicate tenaient éloigné de la tentation du grotesque, qui menaçait la narration. Pingpong, aujourd'hui, creuse un autre sillon, qui ne répond ni à l'austérité ascétique de Montag, ni à celle, religieuse, de Requiem. La rigueur y est pourtant toujours de mise, mais sur un mode plus léger, sinon ludique.



REQUIEM


Sur Hans-Christian Schmid, la France accuse un bon train de retard. De sa filmographie, seul Au loin les lumières, film choral impressionnant de maîtrise, est pour l'instant sorti sur notre territoire — passant hélas globalement inaperçu. La sortie ce jour de Requiem est donc l'occasion d'attirer l'attention sur l'un des auteurs, à notre goût pas suffisamment estimé, de ce mouvement qu'un réflexe critique, qu'il conviendrait de préciser (FilmDeCulte y reviendra dans quelques semaines), a étiqueté comme la nouvelle vague allemande.


Contrairement à ses congénères Ulrich Köhler (Montag) ou Matthias Luthardt (Pingpong, dont nous reparlerons en janvier, lors de sa sortie), qui aiment à réduire le tissu fictionnel pour se concentrer sur l'effet du déplacement des corps dans un espace (décor, cadre) donné, Schmid se distingue par un attachement, sans doute moins moderne mais pas moins ambitieux, à une narration solide et souvent fleuve, n'hésitant pas à faire du pied au romanesque.



AU LOIN LES LUMIERES


Il y a ce fleuve, infranchissable, à moins d’y mettre le prix. D’acheter les passeurs d’ombres, comme l’on monnaie les coups de pagaie sur le Styx. Ou de détenir le passe-droit social nécessaire, les pièces d’identité fiduciaires qui ouvrent les frontières et rendent accessibles les lumières du lointain. Autour de la ligne de démarcation fluviale, des existences s’agitent, chacune à ses (pré)occupations.


On y trouve ceux qui se battent pour n’en avoir plus besoin, ceux qui n’ont déjà plus besoin de se battre, et ceux qui, clandestins, se battront toujours. De ce Short Cuts social, éparpillement humain obéissant et interagissant selon les lois de la jungle citadine, dont la seule verdure tient dans les billets, Hans-Christian Schmid tire les ficelles distendues.



MONTAG


Lisez attentivement les lignes ci-dessus, copiées-collées du dossier de presse. Devrait y clignoter, coiffé d'un gyrophare d'alarme, un panneau jaune, criard, "ATTENTION SPOILERS", ainsi que FilmDeCulte a l'habitude d'en installer. Ce serait pourtant une première: un synopsis officiel dévoilant l'intrigue d'un film dans son intégralité, voilà qui sort de l'ordinaire.


D'ailleurs, vous l'aurez noté, le panneau n'est pas là. Montag, pourtant, ne raconte rien de plus, ou presque, que ce que ces quelques lignes dessinent de cheminement narratif — et dans cet ordre même! Nina à l'hôpital, Nina dans la maison en chantier, Nina seule dans sa voiture, Nina chez son frère, Nina seule dans la montagne, Nina à l'hôtel, Nina seule dans sa chambre, Nina rejointe par l'ex-tennisman Ilie Nastase, et puis Nina qui revient sur ses pas.



LE PARFUM


Toute adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire implique une trahison de celle-ci. Le Parfum ne fait pas exception à la règle. La question est de savoir jusqu’à quel point et dans quel but cette trahison s’impose. Le roman de Patrick Süskind, son premier, parut en 1985 et fut tout de suite un énorme succès. En Allemagne, le tirage initial de cent mille exemplaires se vendit comme des petits pains et jusqu’à aujourd’hui ce sont environ quinze millions de lecteurs de par le monde qui ont suivi le tragique destin de Jean-Baptiste Grenouille.


En effet, le roman a été traduit en quarante-cinq langues et il existe même une édition en latin. Un tel livre ne pouvait qu’intéresser le cinéma et le producteur allemand Bernd Eichinger voulut tout de suite s’en approprier les droits. Malgré son amitié avec Patrick Süskind, celui-ci s’était alors refusé à les céder. Des propositions du monde entier affluaient mais l’écrivain restait sur sa position.



GOOD BYE LENIN!


Good Bye Lenin! a réussi un petit miracle outre-Rhin: celui de réconcilier un cinéma qui touche le plus grand nombre avec une forme de cinéphilie plus exigeante. Les 6 millions d’entrées Allemagne du film se sont en effet conjuguées avec une multitude de prix, dont le prix de l’Ange Bleu du meilleur film européen au dernier festival de Berlin, et les 9 Lolas (l’équivalent des Césars) en sont les meilleurs exemples.


Il faut dire que le film de Wolfgang Becker est particulièrement fédérateur, puisqu’il traite d’un sujet historiquement proche qui a touché tous les Allemands: la Réunification. L’Allemagne n’est certes pas un pays qui a la réputation d’ignorer son passé. Ainsi, la berlinoise Margarethe Von Trotta (Les Années du mur), ou Volker Schlöndorff (Les Trois vies de Rita Vogt) ont, sans surprise, déjà évoqué cette question.



 
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