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COMME UNE IMAGE


D’abord, désamorcer. Non, Comme une image n’est pas le meilleur film du duo "Ja-Bac". Oui, la savoureuse cruauté de Cuisine et dépendances ou d’Un air de famille, et la finesse subtile du Goût des autres ont perdu de leur éclat à l’occasion de la deuxième réalisation d’Agnès Jaoui. Et l’on n’aurait pas tort de pointer les limites de l’art comico-sociétal de l’actrice-réalisatrice.


Plus encombrés qu’autre chose de leur conscience de gauche par trop proclamée, soucieux d’égratigner à la fois tout le monde et personne, en mettant en scène des personnages tour à tour haïssables, puis drôles, puis touchants, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri finissent par entraver leur scénario et l’empêcher de prendre son envol. Car en laissant s’éroder leurs crocs acerbes pour laisser place à de vaguement pointues quenottes petites-bourgeoises (voir à ce titre la pertinente mais finalement très dispensable parodie de "Tout le monde en parle", qui ne risque pas de fâcher jusque Ardisson lui-même), l’intermittente et le bougon se départissent de cette cruauté qui faisait de leur plume le formidable moteur à zygomatiques que l’on appréciait tant.



AGNES JAOUI, PAS SI SAGE


On pourrait résumer ça d’un trait. 1984, Agnès Jaoui, vingt ans, fraîchement débarquée d’Hypokhâgne, prend des cours de comédie au Théâtre des Amandiers de Nanterre, avec Patrice Chéreau. Vingt ans plus tard, Agnès Jaoui, quarante ans, actrice reconnue par ses pairs, balance en plein milieu de la cérémonie des Césars à un Jean-Jacques Aillagon dans ses petits souliers qu’elle "espère sincèrement" ne pas s’être "trompée d’interlocuteur" et se demande si elle n’aurait "pas mieux fait de s’adresser directement au MEDEF".


Sur son siège, Patrice Chéreau, traître inattendu à la cause des intermittents, applaudit timidement. Son émancipation, sa mort du père, Jaoui l’a chèrement gagnée, à grands coups de théâtre (Cuisine et dépendances, entre autres) et de cinéma (Cuisine et dépendances bis, mais aussi ces petits bijoux d’humour que sont Un Air de famille ou le multi-césarisé Le Goût des autres). Mais, s’il fallait pousser la logique de la trajectoire, ce serait sous l’angle de la rencontre qu’il faudrait envisager celle de l’actrice/réalisatrice/scénariste (toutes les mentions sont utiles). Avec Jean-Pierre Bacri, Jaoui rencontre la deuxième moitié du couple "Jabac", ainsi qu’un compagnon de jeu et d’écriture, qui ne la quitte plus, depuis les planches brûlées ensemble au milieu des années 80 jusqu’à Comme une image, la nouvelle comédie co-écrite par deux des plus précieuses plumes du cinéma français. La sélection à Cannes n’en est que la confirmation.



FESTIVAL DE CANNES 2004


Après une édition 2003 désastreuse en terme d'image - films honteusement sifflés, palmarès tronqué, ambiance morose -, Gilles Jacob, Thierry Frémaux et leur équipe ont mis les bouchées doubles pour replacer Cannes au sommet de la hiérarchie des festivals, trône envié par Venise et Berlin.


L'ouverture est emblématique de ce renouveau espéré. Pour lancer le grand rendez-vous cinéphile, La Mauvaise Education du virtuose Pedro Almodovar succède au navrant Fanfan la tulipe. Surprise: la Croisette a déniché un président du jury de haute volée, Quentin Tarantino le réalisateur star de Pulp Fiction, Palme d'or en 1994. Cinéphile vorace et averti, notre homme a rapporté des Etats-Unis le deuxième volet de Kill Bill son magnifique hommage au septième art.



 
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