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LA FORET DE MOGARI


Un tintement de cloche dans le lointain. Une lente procession funéraire qui chemine au cœur de la campagne japonaise. La Forêt de Mogari, troisième long-métrage de fiction de l’artiste japonaise Naomi Kawase, installe dès les premiers plans une calme sérénité mystique, un recueillement sensuel qui évoque les plus grands maîtres du cinéma contemplatif actuel.


On pense notamment et souvent à son cousin thaïlandais Apichatpong Weerasethakul dont le dernier film, Syndromes and a Century, était également une méditation bouddhiste sur le sens des souvenirs et du cycle de la vie et de la mort. Encore plus épuré sur le plan narratif que ses deux premiers et magnifiques longs métrages (Moe No Suzaku et Shara), La Forêt de Mogari se concentre sur deux êtres blessés par la vie, Machiko, l’aide-soignante apeurée et inquiète et Shigeki, le vieil homme touché de sénilité, perdu dans les souvenirs d’un amour perdu.



NAOMI KAWASE


Devant un parterre de journalistes principalement nippons, la réalisatrice japonaise Naomi Kawase avait longuement expliqué sa méthode de travail lors de la présentation de La Forêt de Mogari au Festival de Cannes. FilmDeCulte était présent pour recueillir les confidences d'une artiste accomplie.


"J'avais une énorme confiance dans la sincérité de ce film. Je suis donc très honoré d'être en compétition, surtout qu'il s'agit du 60e anniversaire et que ça marque le dixième anniversaire de la présentation de mon premier film ici, Moe No Suzaku, qui avait obtenu la Caméra d'Or et lancé ma carrire de cinéaste. Pour moi, le Festival de Cannes est comme une maison pour le cinéma d'auteur, une fenêtre ouverte sur le monde. J'espère bien être là pour le 100e anniversaire (rires). "



NAOMI KAWASE

"Je filme parce qu'il y a des choses que je nepeux pas oublier. Je pourrais les garder dans mamémoire. Mais j'ai besoin de donner une forme àmes souvenirs." Naomi Kawase explique ainsice qui la pousse à mettre en scène des moments devérité, simulés ou réels, de la vie de tous lesjours. Qu'elle enregistre les dernières parolesd'un ami mourant, une douloureuse séance detatouage ou un accouchement à domicile, onretrouve toujours la même sensibilité, le mêmeregard ouvert et généreux sur le monde, le mêmeamour pour l'objet filmé. A 18 ans, Kawasen'avait pas vu le moindre long métrage sur grandécran, mais se sentait pourtant irrémédiablementattirée par l'image au point d'entamer des étudesde photographie à Osaka.


Caméra au poing, elle selance ensuite sur les traces de son père disparupour découvrir ce qui se cache derrière le secret desa naissance. A mi-chemin entre le journal intimeet la performance, ses documentairesétonnent et dérangent, jouant sur la mincefrontière entre la captation du réel dans sesaspects les plus bruts et un certain voyeurismeexpérimental. La sérénité des oeuvres de fiction,Suzaku (Caméra d'or au Festival de Cannesen 1997) et Sharaviennentadoucir l'image de la cinéaste. Des histoires defamille bien sûr, avec l'effleurement de lasolitude sous les apparences d'un bonheur communet une alternance de tragédie et de momentscalmes. Et si les mots sont définitivementrejetés au profit des regards, des silences et desrires, les coeurs saignent toujours.



SHARA


Grand oublié du dernier Festival de Cannes, Shara est la nouvelle perle venue d’Orient, un authentique chef-d’œuvre d’une pureté cinématographique rare qui convoque Yasujiro Ozu, Hou Hsiao-Hsien, Shohei Imamura et Isao Takahata dans un même élan poétique et réaliste. Une histoire de disparition et de renaissance. De deuil et d’amour. Naomi Kawase filme dans sa ville natale, Nara, le lien indéfectible qui unit les êtres par-delà la vie et la mort, les silences et les regards.


Dans le lumineux Suzaku, caméra d’or à Cannes en 1997, elle avait plongé sa caméra au sein d’une communauté rurale perdue entre modernisme et traditionalisme, mis en scène un amour naissant à la résolution rendue impossible par le destin. Shara en est son négatif, déformé et serein. Le lieu a changé, les grands espaces forestiers ont laissé la place à un quartier labyrinthique mais l’impression de réel est la même. Naomi Kawase possède un don inné pour retranscrire la beauté visuelle et sonore du monde, pour nous imprégner de l’atmosphère d’une communauté.



FESTIVAL DE CANNES 2007


Le plus beau générique au monde. Même si la concurrence de la célèbre Mostra de Venise s'affirme année après année, le Festival de Cannes reste le rendez-vous incontournable du septième art, le temple préféré du Dieu-cinéma. Du 16 au 27 mai prochain, plus de mille films seront projetés, le champagne s'écoulera par caisses entières et tout le monde aura son mot à dire sur les longs métrages et les dernières starlettes à la mode. Pour cet illustre anniversaire, le Festival a prévu un joli cadeau, un film à sketches événement réalisé par 35 grands cinéastes du monde entier. Qu'on se le dise, la retraite attendra !


Après un cru 2006 jugé relativement décevant, la compétition officielle de la 60e édition pourrait mettre tout le monde d'accord. Les 22 films sélectionnés reflètent un vrai souci de cohérence avec plus de cinéma d'auteur, moins de paillettes et un juste équilibre entre habitués du festival et nouveaux noms. Parmi les habitués, ceux qui n'ont encore jamais reçu la récompense suprême rêvent d'un destin similaire à celui de Ken Loach, palmé d'or l'année dernière pour Le Vent se lève, après de multiplies passages.



 
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