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MANDERLAY


Avec Manderlay, deuxième volet de sa trilogie consacrée à l'Amérique, le cinéaste danois Lars Von Trier fait vibrer la corde sensible de l'Occident: l'esclavagisme et ses conséquences. Le dispositif formel de Dogville reste inchangé. Les décors sont tracés à la craie et le film est restreint à un lieu unique.


Une plantation de coton dans l'Alabama remplace ainsi le village perdu dans les rocheuses. Le propos justifie bien évidemment une telle installation. L'auteur de Breaking the Waves ne stigmatise pas les Etats-Unis, il en utilise la portée symbolique et omnipotente. Comme il le souligne dans de nombreux entretiens, nous sommes tous plus ou moins liés à l'histoire américaine et, en tant que "Nouveau Monde" issu de l'Europe, le pays-continent représente une sorte de Paradis perdu, un test grandeur nature pour la philosophie des Lumières et les thèses de Rousseau.



BRYCE DALLAS HOWARD


Il y a encore quelques mois, peu nombreux étaient ceux qui connaissaient le nom ou le visage de la jeune fille. Pourtant, avec Le Village, Bryce Dallas Howard est l'une des révélations de l'année. Née en 1981, la jolie Bryce n'a pas choisi la facilité: fille de Ron Howard, récent réalisateur des Disparues, elle n'a jamais fait plus qu'une apparition dans un des films de son père, Le Grinch, en 2000. Bryce assume d'abord difficilement la parenté, efface son patronyme pour ne plus s'appeler que Bryce Dallas, avant de reprendre son nom en toutes lettres. Formée au théâtre, elle est d'ailleurs repérée sur scène par un M.Night Shyamalan immédiatement convaincu de son talent. Elle remplace ainsi Kirsten Dunst, initialement prévue mais retenue sur le tournage de Wimbledon, dans le rôle d'Ivy, héroïne du Village.


Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, elle sera prochainement à l'affiche de Manderlay, le second volet de la trilogie américaine de Lars Von Trier, où elle remplace cette fois une Nicole Kidman en partance vers des horizons plus rieurs. D'une rousse à une autre, le fou danois n'aura peut être pas tant perdu : le jeu cristallin et sensible de Bryce n'est pas sans rappeler son aînée australienne. La comparaison est flatteuse, mais vu sa performance dans le film de Shyamalan, elle n'est en rien imméritée.



LARS VON TRIER


Complaisant, schizophrène, manipulateur, obsessionnel, malade, fou, orgueilleux, fumiste, plaisantin, provocateur, bourreau, passionné, génial. Ses films sèment la controverse entre les pour et les anti. Reste que derrière l’homme public volontairement frondeur, se cache un réalisateur sensible qui remet sans cesse son art en question.

Lars von Trier est un phénomène unique dans le panorama du cinéma mondial. A chaque long métrage, un parti pris différent et indissociable du fond. Le formalisme virtuose de ses premiers films a progressivement laissé place à un cinéma débarrassé de toute scorie visuelle, pour ne représenter que la souffrance humaine. Point culminant de cette évolution: le Dogme bien sûr, dont il a été l’un des principaux initiateurs avec Les Idiots.



FIVE OBSTRUCTIONS


Lars von Trier a toujours aimé jouer avec les concepts du septième art, s’imposer des défis techniques impossibles à réaliser ou, au contraire, se fixer des limites volontairement extrêmes pour retrouver la virginité des débuts du cinéma (le fameux Dogme). Avec le projet Five Obstructions, il se place dans l’intenable position du bourreau examinateur de conscience. Doté d’une verve inimitable, il s’acharne sur le pauvre Jorgen Leth, victime consentante certes, mais visiblement à bout de nerf.


Il le contraint à mettre en scène cinq remakes d’un court métrage expérimental des années 60, The Perfect Human, en suivant les directives les plus insensées. Le gourou danois n’a aucune pitié pour son ami et prend un malin plaisir à appuyer systématiquement là où ça fait mal. Si Jorgen Leth se tire avec habilité des restrictions techniques (douze images par seconde pour ne citer qu’un exemple), il éprouve plus de difficultés devant la page blanche.



DOGVILLE


Dogville marque une étape importante dans la filmographie de Lars von Trier. Le génial cinéaste danois inaugure avec ce film une troisième trilogie dont le sujet sera l’Amérique.

Provocateur né, l’auteur de Breaking the Waves répond aux critiques acerbes des journalistes outre-atlantiques qui lui reprochaient, dans Dancer in the Dark, sa vision étriquée des Etats-Unis - pays où il n’a jamais mis les pieds. L’attention de LVT se focalise ici non pas sur une reconstruction historique de la réalité, mais sur sa portée symbolique.



FESTIVAL DE CANNES 2005


Après une édition 2004 marquée par un grand écart réussi entre paillettes et exigence artistique et la consécration du documentaire engagé de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, le 58e Festival de Cannes, qui se déroulera du 11 au 22 mai prochain, revient aux sources même de sa mission: présenter les films des auteurs les plus importants du cinéma contemporain.


La sélection officielle a des allures de palmarès de fin d'année, avec les derniers longs métrages de metteurs en scène multi-primés comme Lars Von Trier (Manderlay), Jim Jarmusch (Broken Flowers), David Cronenberg (A History of Violence), Gus Van Sant (Last Days), Atom Egoyan (Where the Truth Lies), Michael Haneke (Caché), Jean-Pierre et Luc Dardenne (L'Enfant), Amos Gitaï (Free Zone) ou encore Hou Hsiao-Hsien (Three Times).



 
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