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NOBODY KNOWS


Derrière les cloisons, emmitoufflés dans leur solitude et condamnés au silence, quatre coeurs battent à l'unisson. Les adultes se sont évanouis, les pères négligents rechignent à entrer en scène. Nobody Knows: personne ne connaît l'existence d'Akira et de ses trois frères et soeurs, Kyoko, Shigeru et Yuki, entrés comme par effraction dans leur nouvel appartement aux frontières bien restreintes. Hirokazu Kore-Eda égrène et fait vibrer ses saynètes avec légèreté, empoigne avec avidité l'instant présent, sans jamais devancer ni barricader ses jeunes interprètes.


Tourné à intervalles réguliers pendant une année, Nobody Knows s'inspire d'un fait divers notoire au Japon, où une marâtre abandonne sa progéniture et la laisse se débattre contre le dénuement le plus total. La filiation s'arrête là, Kore-Eda évacue tout sensationnalisme et prend le parti des enfants, roseaux friables, délicats, mais interdits de larmes. En dépit de son sujet glissant, le conte s'affranchit en chemin de la chronique souffreteuse et du récit d'apprentissage vertueux, pour s'élèver vers des horizons diaphanes. Les règles du cache-cache sont édictées dès les premières minutes: femme-enfant frivole, Keiko la mère énonce une série d'interdiction (ne pas sortir, ne pas se faire voir, ne pas faire de bruit...), à laquelle se soumet docilement le quatuor.



KORE-EDA OU LA MEMOIRE ENFOUIE


En trois longs métrages singuliers (Maborosi, After Life et Distance présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2001), le cinéaste japonais Hirokazu Kore-Eda a développé une thématique forte et cohérente, en s'interrogeant sur le rôle et la place de la mémoire - qu'elle soit sentimentale, individuelle ou collective. Issu du monde du documentaire comme sa compatriote Naomi Kawase (Shara) avec qui il partage le sens de l'épure cinématographique, Kore-Eda possède un don inné pour capter la vérité émotionnelle derrière les silences et les non-dits.


Marqué enfant par la maladie d'Alzheimer de son grand-père, il conçoit le cinéma comme le médium ultime pour enregistrer la vie avant que la mort n'intervienne. Ses récits sont toujours affectés par une disparition qui pousse le héros à réfléchir sur sa propre existence. Avec Nobody Knows, il aura le privilège d'ouvrir la compétition et de porter bien haut l'étendard de la Nouvelle Vague japonaise constituée de Shinji Aoyama (Eureka), Kiyoshi Kurosawa (Séance) ou encore Nobuhiro Suwa (M/Other). Sa présence au palmarès serait une consécration pour le cinéma d'auteur nippon.



LE NOUVEAU CINEMA JAPONAIS


Depuis le milieu des années 90, une nouvelle vague de réalisateurs nippons déferle sur les festivals du monde entier. Shinji Aoyama (Eureka), Hirokazu Kore-Eda (Distance, Nobody Knows), Kiyoshi Kurosawa (Jellyfish) et Naomi Kawase (Shara) ont eu l'honneur de figurer au sein de la prestigieuse compétition officielle du Festival de Cannes, alors que les longs métrages de Hideo Nakata (Ring), Shinya Tsukamoto (Tetsuo) et Takashi Miike (Audition) devenaient cultes.


Si quelques personnalités comme Takeshi Kitano avaient émergé à la fin des années 80, le jeune cinéma d'auteur nippon n'avait pas connu une telle reconnaissance internationale depuis la Nouvelle Vague des années 60 et les films de Shohei Imamura (L'Anguille) ou de Nagisa Oshima (L'Empire des sens). Principalement issus de la télévision, qu'ils aient fait leurs armes dans le documentaire ou dans le téléfilm d'exploitation, ces metteurs en scène ont pour point commun de s'intéresser principalement au Japon d'aujourd'hui, partagé entre modernité et tradition, traversant pour la première fois depuis 1945 une profonde crise économique.



FESTIVAL DE CANNES 2004


Après une édition 2003 désastreuse en terme d'image - films honteusement sifflés, palmarès tronqué, ambiance morose -, Gilles Jacob, Thierry Frémaux et leur équipe ont mis les bouchées doubles pour replacer Cannes au sommet de la hiérarchie des festivals, trône envié par Venise et Berlin.


L'ouverture est emblématique de ce renouveau espéré. Pour lancer le grand rendez-vous cinéphile, La Mauvaise Education du virtuose Pedro Almodovar succède au navrant Fanfan la tulipe. Surprise: la Croisette a déniché un président du jury de haute volée, Quentin Tarantino le réalisateur star de Pulp Fiction, Palme d'or en 1994. Cinéphile vorace et averti, notre homme a rapporté des Etats-Unis le deuxième volet de Kill Bill son magnifique hommage au septième art.



 
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