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SOUFFLE
Un prisonnier tombe amoureux de la mystérieuse jeune femme qui décore la salle de rencontre dans sa prison.
Après un passage dans la section Un Certain Regard grâce à L’Arc, Kim Ki-duk, l’un des chefs de file du nouveau cinéma coréen, se fait une place parmi les grands en accédant pour la première fois à la compétition officielle. Avec Souffle, Kim Ki-duk s’offre les services d’une star, le Taïwanais Chang Chen, et retrouve Ji-a Park, son actrice de Coast Guard et surtout Printemps, été, automne, hiver… et printemps, son plus gros succès commercial. Couronné avec Samaria par le prix de la mise en scène à Berlin, Kim Ki-duk a largement les moyens de faire aussi bien à Cannes.

KIM KI-DUK
C’était il y a 2 ans. L'allure juvénile, une casquette vissée sur la tête, Kim Ki-duk débarque à Paris pour l’Etrange Festival. L'air décontracté, il explique qu'aucun animal n'a été maltraité lors du tournage d’Adresse inconnue, rassurant ainsi Brigitte Bardot et ses acolytes. Un caméscope à la main, il filme son public, comme étonné de voir des salles archi combles pour la projection de ses films. Pourtant, les choses ont changé, depuis des débuts chaotiques jusqu'à ces lendemains qui chantent.
Kim Ki-Duk naît à Bonghwa, bourgade montagneuse certes charmante, mais assez peu reconnue pour son industrie cinématographique. Le jeune homme ne prétend d'ailleurs pas se lancer dans cette carrière, trop occupé à communiquer avec ses vis-à-vis par coups de tibias et autres réjouissances pour le moins physiques (la violence qui habite le personnage principal de Crocodile était aussi la sienne à l'époque).

LOCATAIRES
Réalisateur boulimique (onze films en neuf ans), Kim Ki-duk restait sur la bonne lancée de ses brillants Printemps, été, automne, hiver… et printemps et Samaria, deux longs métrages concentrant la poésie, les jeux narratifs, l’esprit zen et la violence qui habitent toute son œuvre.
Les poings dans la figure, encore une fois, dans Locataires, avec une femme battue ou un gardien de prison sadique, et le poème d’un couple étrange et muet, pies voleuses et insaisissables fantômes. Problème: contrairement à la troublante héroïne de L’Ile, éros et thanatos dans la même main, les bourreaux (époux violent ou maton dément) sont trop épais pour ne pas faire virer les affrontements vers une certaine complaisance.

ADRESSE INCONNUE
Au lendemain du défi essentiellement technique que représentait Real Fiction, Kim Ki-Duk s'est attaché à son projet le plus personnel à ce jour avec Adresse inconnue. Il y raconte sa jeunesse tourmentée en Corée, dans une ville encore habitée par la présence fantomatique de l'armée US.
Comme toujours chez Kim Ki-Duk, la violence pure qui se dégage des images (une violence qui semble être un moyen de communication comme un autre entre ses différents protagonistes) est mêlée à une atmosphère décalée, proche de l'absurde et empruntant au surréalisme.

SAMARIA
Après les prières de chaque saison dans son récent Printemps, été, automne, hiver…et printemps, Kim Ki-duk rempile pour une structure à chapitres. Une valse en trois temps autour de la Samaritaine, comme une extension à son Birdcage Inn qui mettait déjà en scène une prostituée. Œil crevé dans Adresse inconnue ou sourire forcé dans Samaria, la jeunesse n’est guère épargnée par un cinéaste inquiet qui distribue ses regards noirs, tous personnages confondus.
Jae-Young, poupée de cire qui habille ses sombres énigmes d’une moue aimable et acidulée, ou Yeo-Jin, complice infortunée et figure sacrificielle. Le cinéaste mauvais garçon continue, pour sa part, à relire ses saintes écritures. Image christique au bord d’une fenêtre, offrant son corps et son autre joue, et Samaritaine marginale, objet de honte, compagnon de douleur, qui porte sur son dos une carcasse abandonnée, dans une dernière course affligée faite de sueur et de sang.

THE COAST GUARD
La cruauté douce-amère du magnifique Adresse inconnue n’était peut être qu’un prompt arrêt de bus: après Bad Guy, Kim Ki-duk s’immerge à nouveau dans l’emportement coup de poing via The Coast Guard. Lointainement inspiré de son passage parmi les Marines, le film se situe en plein dans le nerf de la guerre, au sein d’une base militaire où les engagés (dont le soldat Kang, interprété par Jang Dong-gun, star de 2009, Lost Memories) ont parfois la gâchette facile.
Emmitouflé dans les rangs belliqueux, Kim Ki-duk se situe dans une position idéale pour scruter les geysers de violence et le puit qui les enfante, dans toute sa complexité et son absurdité. L’un embrasse souvent l’autre avec une fougue qui n’autorise que peu de discernement – la violence et son cercle semblent, pour leur part, infinis.

PRINTEMPS, ETE, AUTOMNE, HIVER... ET PRINTEMPS
De Kim Ki-duk, on se souvient surtout d’univers violents, de personnages tourmentés, de hameçons trempés dans le sang et de crocodiles affamés. Pourtant, la grande porte de son neuvième film s’ouvre lentement sur un décor paradisiaque, l’espace d’une félicité absolue.
Des reliefs de la province coréenne, une nature bourgeonnante, un lac de quiétude, et posé en son centre, un lieu de culte, à peine relié par une fragile barque au monde vrombissant dépeint par le cinéaste dans ses autres œuvres. La caméra de Kim Ki-duk ne s’éloignera jamais de son nouvel Eden, théâtre de sa quête de sérénité.
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