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TARNATION


Dépêche amoureuse, missive incandescente, déluge de souvenirs écornés et de visages ébréchés, Tarnation coulisse subrepticement du vaudeville acide à la confession virulente, du ballet névrotique au livret de famille déchirant. Devant et derrière la caméra, Jonathan Caouette dévore des yeux la boîte de Pandore de son enfance, celle qui a connu l’absence, le manque et la servitude des internements psychiatriques.


En défrichant image par image cent soixante heures de rushes capturés dès l’âge de huit ans, Caouette ne trempe pas seulement les doigts dans une mare visqueuse, il en extrait une sève singulière, une chorale aliénée parcourue de spasmes mélancoliques et grevée d’aveux éraillés et cinglants. Enchevêtrées, clairsemées dans l’espace et le temps, les réminiscences implorent les amants suicidaires, dépècent les enveloppes putrides et sondent avec une méticulosité maladive les affres de la création et du mensonge à demi-mot.



TARNATION-JONATHAN CAOUETTE


Tarnation comme "Torn": déchiré en mille morceaux, et jeté en un film comme un poing sur la table, une arbalète vers le coeur, un doigt contre les lèvres. Jonathan Caouette, 31 ans, filme et monte seul un kaléidoscope intime qui, après avoir charmé ses producteurs Gus Van Sant et John Cameron Mitchell, a recueilli des hourras de Sundance à Cannes. Entretien en quatre temps autour de l'une des révélations décalées de l'année


Jonathan Caouette - Je pensais qu’une voix-off et l’utilisation d’un narrateur auraient quelque chose de kitsch ou de cheap. Et s’il avait fallu une voix-off, ça aurait probablement été la mienne, ce qui aurait poussé le film vers une sorte d’exercice narcissique, et j’avais peur qu’il soit perçu ainsi alors que ce n’était pas mon intention. Dans le premier montage, il y avait une utilisation différente du texte, qui devenait en quelque sorte un véritable personnage. Pour moi, le texte permettait une expression de la dépersonnalisation, un désordre dont j’ai longtemps souffert.



 
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