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Les Kamikaze Girls de la j-pop
musique




Ecolières disciplinées, chipies multicolores, punkettes surexcitées, danseuses pailletées, furies en jupons, grandes soeurs sous acide, copines rose bonbon, les kogaru règnent en maîtres sur la variété japonaise. En prenant pour héroïne l'une de ces jeunes filles à tutu phosphorescent et à cordes vocales aiguisées, Perfect Blue faisait état d'un phénomène musical qui perdure du côté du soleil levant, et se propage sur la grande toile, du Dolls de Kitano à Kamikaze Girls. Petit trombinoscope non exhaustif de cette famille musicale pour le moins dérangée.


L’EMPIRE DES FILLES DU MATIN

Au sommet de la chaîne alimentaire de la kogaru (aka jeune fille chantante en fleur) trônent les Morning Musume. La formation japonaise est créée en 1997 grâce au show télé intitulé Asayan, sorte de Popstars version nippone. Une heureuse gagnante sort du lot, mais ce sont les cinq perdantes qui vont émerger: voici le début d’une aventure dont le premier défi est de vendre au moins 50 000 exemplaires d’un premier single (Ai no tane) afin que leur producteur envisage une suite à leur carrière. Le cap atteint, de nouveaux membres intègrent le groupe, le nombre de Jeunes Filles du Matin ("Morning Musume") évoluant de cinq à treize joyeuses comparses. Depuis, les fieffées fripouilles sont partout. Le Japon a besoin d'un hymne pour ses sportifs lors des Jeux Olympiques de Sydney? Les Morning Musume interprètent I Wish, chanson de l'espoir illustrée par un clip où les chanteuses sont vêtues de Teddy moches qu’elles ont le bon goût de jeter en l’air, avant de se déguiser en femmes de ménage, clochardes ou prostituées (tout un programme). Honda a besoin d'un coup de promo? Les Morning Musume posent chacune avec leur casque. Le volley-ball a besoin de rafraîchir sa vitrine? Les Jeunes Filles en fleur se chargent des spots de pub. Le président souhaite booster sa popularité? Il rencontre les chipies, qui n'en demandaient pas tant. Une Morning Musume quitte le groupe, une nouvelle la remplace? C'est une couverture médiatique immense qui se chargera de relayer l'information. Sony flaire le bon coup? Un jeu vidéo Morning Musume sort sur Playstation. Le cinéma ne s'est pas encore emparé du phénomène? C'est chose faite avec l'obscur Pinch Runner. C'est ainsi: au Japon, les Morning Musume sont incontournables.


Le groupe connaît son année de gloire en 2000, avec quatre de leurs principaux tubes: Happy Summer Wedding, Koi No Dance Site, Renai Revolution et I Wish. La recette: des mélodies acidulées, une production de plus en plus soignée et des paroles tournant autour du thème universel: l'amour, tendance très rose bonbon. Happy Summer Wedding est ainsi l'occasion de présenter à papa le premier petit ami, dont la principale qualité est d'être pêcheur ("Et papa, tu as toujours dit que quelqu'un qui pêche ne peut être mauvais"), tandis que Renai Revolution célèbre tout simplement la "révolution de l'amour" que représente le passage à la majorité, donnant entre autres le droit de porter des touffes multicolores et de jouer aux TLC dans l’espace. Des mots simples, une sincérité touchante, c'est aussi ça les Morning Musume. Mais c'est également une kyrielle de clips tous plus kitsch les uns que les autres, roses et sautillants comme un lapin Duracell sous acide. On citera celui de The Peace où les Morning, punies, doivent nettoyer les toilettes d'un bateau, habillées en petits marins. Poses lascives contre la cuvette des WC, sauvetage du navire contre la tempête, puis transformation des cabinets en un night-club à faire pâlir George Michael sont au riche programme d'un clip durant lequel ces demoiselles n'hésitent pas à crier haut et fort leur amour de la pizza. Chaque morceau se doit de durer au moins 300 secondes béates où joie et bonheur sont célébrés sans ambages. L'excès est donc la marque de fabrique, le concept sur lequel a été construit leur succès. Mais cet aspect excessif ne l'est-il pas seulement à nos yeux d'Occidentaux? En effet, les voisines de charts des Jeunes Filles du Matin ne sont pas en reste niveau excentricités.


LES SOUS-MARINS DE L'EMPIRE TSUNKU

Tsunku, chanteur et producteur à l'origine de la formation des Morning Musume, a de la suite dans les idées. A partir du vaisseau mère vont ainsi se former plusieurs sous-groupes, comprenant des membres des Morning Musume associés à de nouveaux visages. Tanpopo ("pissenlit"), Mini Moni, Country Musume, Petit Moni ou encore Nin Matsuri comptent parmi les enfants des Filles du matin. Chacune a sa petite particularité. Ainsi, les charmantes Country Musume sont une version plus nature des Morning, avec trois jeunes filles chantant des Happy Birthday perchées sur un tracteur, frappant dans leurs mains avec les cinq doigts bien écartés. Le sous-groupe (appellation significative?) remportant le succès le plus important est sans conteste celui formé par les Mini Moni. Monument extra-terrestre, les Mini Moni s'adressent à un public plus jeune que celui des Morning Musume. La formation, à ses débuts, est notamment composée de trois jeunes filles issues de la maison mère (dont l'icône Mari Yaguchi, diva de 145 cm). Les secrets du succès des Mini Moni se vérifient à chaque tube. Tout d'abord, une musicalité rappelant davantage le jeu vidéo que l'art lyrique. Puis, des paroles faisant passer Lorie pour une énarque (leur principal tube, Telephone Ring Ring Ring, est composé de vers tels que "Si quelque chose n'existe pas, crée-le!", "A quoi je ressemble? Je suis belle, hein? Oh, il faut toujours rester naturelle!", "C'est génial! Alors je peux mettre du fromage sur du pepperoni?", "C'est super, souris et fait le signe V avec ta main!" ou encore "Si personne ne sait, invente, ring ring ring"). Exploitant une image de poupées poseuses dans leurs clips surréalistes (où les lapins de l’espace jouent au chifoumi dans leur navette), les Mini Moni ont également leur show télé quotidien ("Hello Project") et leur dessin-animé.


LES SATELLITES DE L’EMPIRE

Le terme "j-pop" regroupe différents styles d'artistes, à l'image de la désignation "variété française" chez nous. Il existe ainsi d'autres groupes ou chanteurs en marge de la famille Morning Musume. Les Max sont les cousines aînées de ces dernières, dans une version plus mûre, s'appuyant sur une charpente inaltérable: pas de membre kleenex, les quatre chanteuses sont les mêmes depuis la naissance du groupe. Les Puffy forment quant à elles un duo à l'identité musicale ultra versatile, qui passe allègrement du disco au rock ou au jazz, maniant la dérision avec un aplomb ludique, s’exportant quelque peu (et c’est un fait rarissime) aux Etats-Unis. Dans un registre plus riche en gratte, les Whiteberry, quintette de punkettes, se sont révélées ces dernières années grâce à leurs mélodies hystéro-acidulées, réconciliant deux parts du Japon: si ces jeunes filles modernes s'agitent derrière leur guitare et s'égosillent derrière leur micro, tout cela est effectué dans un prude kimono (multicolore, il va sans dire). Le clip du tube de l'été 2000, Natsu Matsuri, est ainsi un feu d'artifice à la fois visuel et sonore. Groupe un peu à part, Globe est composé de trois fortes figures: Keiko, la superstar-diva à la voix flûtée, Marc Panther, le rappeur mi-nippon, mi-français (et donc sex-symbol exotique), ainsi que le grand manitou de la production et de la composition japonaise, le richissime Tetsuya Komuro. Leur point fort est un sens de la mélodie transformant chaque morceau en tube-bulldozer, allié à une capacité à s'adapter à tous les styles - pourvu que l'excès et la grandiloquence soient saufs. Les concerts devant une foule noire de fans se transforment en grand-messes spectaculaires qui alignent les morceaux comme autant d'apothéoses.


GIRL POWER

Outre ces groupes, trois chanteuses solo se sont longtemps partagées le haut du pavé des ventes au Japon. Ayumi Hamazaki tout d'abord, reine incontestée, que les mauvaises langues disent davantage vendeuse de soupe que chanteuse. Namie Amuro ensuite, protégée de Tetsuya Komuro, connue, comme Ayumi, pour ses multiples opérations de chirurgie esthétique, dans l'espoir de débrider ses yeux. Hikaru Utada enfin, qui a popularisé le r'n'b au Japon. Et d’autres noms s’ajoutent aujourd’hui, comme la provocante Kumi Koda qui, dans ses clips, se déhanche dans des bars à la lumière léchée. Le paysage musical japonais est donc essentiellement constitué de femmes, les hommes y étant, eux, plutôt discrets. Cette tendance est ironiquement confirmée par l'un des plus gros succès de ces dernières années, à savoir le Rock du bonjour, de Shingo Mama, interprété par un homme... déguisé en femme. Shingo, membre du boys band Smap, y inculque les bonnes manières, ponctuant sa chanson de tonitruants OHA ("bonjour") avec chorégraphie et costume de maman Shingo adhoc (caméo de James Brown en prime). Les interprètes de la j-pop sont-ils condamnés à se travestir pour parvenir à se faire un nom? Les jeunes filles trustent les premières places, tandis que le j-rock, dominé par les garçons, a vu émerger des artistes féminines, telle Nanase Aikawa, mettant en branle la suprématie des Glay et autres L'Arc en ciel. Selon l'économiste Takuro Morinaga, "Les femmes sont la force de frappe du Japon parce qu'elles échappent au mind-control". Les poupées frivoles ne le sont peut-être qu'en apparence, la domination des femmes dans ce domaine possédant un caractère assez révélateur d'un Japon toujours en mouvement.


ETOILE DE LA SEINE

Car derrière les potiches Haribo, il se cache parfois un arrière-goût plus acide. Chef de bande des renégats, Tommy February6 (de son vrai nom Tomoko Kawase) est un peu l’anti-Morning Musume, dans des habits pourtant aussi sucrés. Echappée de son groupe de rock The Brilliant Green, Tommy, gavée de pop 80’s et synthétique, joue la carte de la madeleine dansante et piquante. Une parodie de Kylie Minogue à lunettes (référence avouée par la demoiselle, époque I Should Be So Lucky), qui lit du Barbara Cartland sur le banc du parc, chante dans une baguette magique ou un tube de smarties des Love is Forever et autres Candy Pop in Love, cachant ses joujous Twin Stars sous son lit. Mais Tommy, c’est également une solitaire éternelle, plantant le nom de ses amoureux rêvés sur des gâteaux crémeux (quand elle ne les menace pas de mort dans ses chansons), explose le crâne d’une pom-pom girl à coup de revolver-doigt dans la vidéo de Everyday at the Bus Stop, croque dans la drogue du lapin estampillé Lewis Carroll de Bloomin’ (tout en l’assommant avec des balles de tennis), et, par dépit, se saoule à mort chez elle (ou vide le bar de Magic in Your Eyes), une bouteille de whisky cachée dans une peluche rose – stratagème qui résume bien l’univers de la jeune fille. Sommet d’une carrière musicale dépressivo-extatique, le clip de Je t’aime je t’aime est un chef-d’œuvre de stop-motion chorégraphié en chalet visité par les gnous. A l’heure où les Country Musume sont marquées par la perte d’une de leur membre, morte dans un accident de voiture, Tommy dévoile un autre aspect de la j-pop, toujours plus acidulée mais à l’hystérie un rien mortifère, conservant une certaine identité là où la course pour produire le clone fidèle d’une J-Lo ou une Beyonce extrême-orientale se fait toujours plus forte.





QUELQUES LIENS :

http://www.jpopfrance.com
http://www.nihon-fr.com/musique/



 
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