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BADMAN

Burton a envisagé un temps de réaliser le film mais la Warner n'étant pas des plus accommodantes, le réalisateur a préféré se retirer, laissant sa place à Joel Schumacher. Michael Keaton voulut le rencontrer mais lui aussi opta de passer la main, n'aimant pas la direction que Schumacher souhaitait donner à la franchise. Ne soyons pas d'entrée trop dur avec Joel. A l'origine, ce troisième opus devait être bien plus sombre qu'à l'arrivée. Suite directe des deux épisodes précédents où l'on a eu affaire à un Bruce Wayne torturé, tourmenté, coupable, le scénario entreprend d'exorciser le protagoniste. Après tout, la psychiatre incarnée par Nicole Kidman est là pour ça. Au lieu d'une scène d'action, l'introduction voyait initialement l'évasion de Double-Face de l'asile d'Arkham: le Dr.Burton arrivait dans la cellule du vilain pour découvrir le plafond explosé et "La Chauve-Souris doit mourir" écrit sur le mur. On se rendait alors à Wayne Enterprises pour voir Edward Nygma (Jim Carrey) se faire rejeter (scène décalée plus loin dans le film), et ce n'est qu'ensuite qu'il était appelé par le Bat-signal pour aller combattre Double-Face (première scène du film). On avait alors droit à un dialogue entre Wayne et son domestique Alfred sur le chemin vers la Batcave, allongeant le film mais approfondissant un tant soit peu le personnage, cette scène fut coupée comme tant d'autres décrivant le chemin de croix de Wayne: le journal intime laissé par le père de Bruce contenait des phrases qui accentuait son sentiment de culpabilité ("Bruce insiste pour que nous voyions un film ce soir") et le faisait se sentir responsable de la mort de ses parents; après s'être fait assommé durant l'attaque du manoir Wayne, Bruce se réveille amnésique et ne se rappelle plus avoir été Batman mais se retrouve hanté par une culpabilité terrible; pour affronter sa peur, il s'aventure au cœur de la cave où se trouve le journal et lit la fin de la phrase qui évacue son tourment ("Mais Martha et moi-même préférons aller au théâtre, donc le film de Bruce devra attendre la semaine prochaine"), c'est alors qu'apparaît la chauve-souris géante faisant face à Bruce, qui retrouve alors la mémoire et se rend dans une salle secrète de la Batcave, où se trouvent le Batwing et les autres gadgets utilisés par la suite par Wayne (expliquant comment ils furent épargnés par le Riddler). Au lieu de ça, il ne reste qu'une relation bancale entre le mentor Batman et sa jeune recrue Robin, interprété par le fade Chris O'Donnell. Val Kilmer (préféré à Alec Bladwin et Tom Hanks) s'en tire un peu mieux mais ne convainc pas réellement en Bruce Wayne (son rôle ayant été amputé des scènes les plus dramatiques). Quant aux deux méchants, on oubliera le surjeu de Tommy Lee Jones pour ne retenir que la prestation clownesque d'un Jim Carrey en pleine ascension. Performance qui aurait dû s'avérer plus intéressante au vu des scènes coupées où l'on assistait aux accès de rage du Riddler (réduisant au sang un vigile avec sa canne par exemple). Pour ce qui est de Kidman, elle restera dans les annales comme une des plus célèbres bimbos sans importance de blockbusters, aux côtés de Salma Hayek dans Wild Wild West. Tout comme pour le premier épisode de Burton, on obtient une œuvre bancale, pas totalement ratée mais qui établit des bases. Or, là où Burton en avait extrait le meilleur pour signer un bijou, Schumacher va pouvoir lui aussi se lâcher mais pour nous balancer son nanar.


DEAD MAN WALKING

Avec le recul, on serait presque enclin à se demander si on n'a pas sous-estimé Schumacher qui nous aurait offert en réalité une énormité parodique volontairement risible comme une énorme critique des studios et du monde actuel, dirigé par les multinationales. Mais non. De son propre aveu, il a fait de cette franchise un peu n'importe quoi. Suivant la malheureuse logique apparemment immuable de la saga, le film se voit peuplé encore une fois de personnages supplémentaires. Le premier avait un gentil contre un méchant, le second un gentil contre deux méchants, le troisième deux gentils contre deux méchants, et à présent on a la Bat-Team au complet (Batman, Robin et Batgirl) contre Mr. Freeze, Poison Ivy mais aussi Bane, méchant à part entière dans le comic book, réduit au statut de brute épaisse. Cette accumulation de personnages est à l'image du film, victime de la surenchère sans fin, comme si le merchandising obligeait la présence de plus en plus de jouets potentiels dans un monde où tout se voit "batisé" aussi religieusement que le suggère le terme. Après les innombrables Batmobiles (qui changent à chaque volet), Batwing, Batjet, Batboat, on a droit à Bat-tout-et-n'importe-quoi comme la pire des marques déclinable à volonté. On se souviendra de ce gag où Batman, en costume, tend sa carte de crédit dont la date d'expiration indique: forever. On est loin de la subtilité d'un Burton qui faisait s'envoler le Batwing dans les cieux, jusqu'à se superposer à la pleine lune, recréant ainsi à l'écran le logo du personnage, rendant par là même les fans extatiques. Aujourd'hui, les fans sont colériques. Dans un épisode de la série animée Les Nouvelles Aventures de Batman et Superman intitulé "Légendes du Dark Knight", trois enfants se remémorent différentes incarnations de Batman. Alors qu'ils parlent, ils rencontrent un jeune garçon aux longs cheveux blonds qu'ils appellent Joel et que l'on voit désirer un boa de plumes exposé dans la vitrine d'un magasin. Les enfants se moquent ensuite de la vision qu'a Joel de Batman en disant "Il pense même que la Batmobile peut grimper les murs!". Cette anecdote montre à quel point le passage de Schumacher sur la saga a tâché son histoire. Avec deux épisodes qui se sont de plus en plus éloignés des méandres obscures de la perception de Burton, on est arrivé aux limites de l'indigestion, comme quoi il ne faut pas confondre "esprit comic book" avec "Bam! Pow! Wiz!".


BATMAN FOREVER?

Un budget de 110 millions de dollars que les recettes au box-office américain parviennent à peine à atteindre. Même avec un certain succès international, le film est financièrement un échec. Cependant, on n'arrête pas les franchises à Hollywood. Un cinquième épisode est évidemment envisagé. George Clooney se flagelle encore aujourd'hui pour ce film et a depuis choisi un chemin bien plus honorable. Schumacher reste un temps intéressé. Le nouveau méchant devrait être l'Epouvantail, les noms de Jeff Goldblum et John Travolta circulent, ainsi que ceux de David Duchovny et Kurt Russell pour incarner le justicier. Malgré un scénario signé Mark Protosevich (The Cell), Schumacher passe la main. Le projet se retrouve plus ou moins laissé en friche. Soudain, deux projets parallèles apparaissent en même temps. Tout d'abord, Darren Aronofsky, couronné pour son sublime Requiem for a Dream), annonce son intention d'adapter le roman graphique Batman: Year One, où Frank Miller nous décrit la première année que Bruce Wayne passe dans l'uniforme de chauve-souris. "Chacune des conceptions à l'écran de Batman correspond à une certaine période du comic book: les deux films de Tim Burton sont proches des histoires noires chargées en psychologie des années 80, ceux de Schumacher rappellent le Batman coloré des années 50-60, tandis que la série télévisée s'inscrit clairement dans le style du comic strip des années 30-40; celui de Darren devrait se situer dans la mouvance des années 70" affirmait Lorenzo Di Bonaventura, producteur enthousiaste à la Warner. L'auteur lui-même désire réaliser "un film urbain, dans le genre de French Connection". L'autre projet est une adaptation de la série animée Batman Beyond, qui se passe 40 ans dans le futur. Bruce Wayne a arrêté son combat contre le crime mais lorsque un jeune adolescent perturbé du nom de Terry McGinnis tombe sur la Batcave, il le prend sous son aile pour en faire son successeur. Le film devait être réalisé par Boaz Yakin (Le Plus beau des combats). Les deux films tombent à l'eau pour des questions de financement. Survient alors Andrew Kevin Walker, scénariste du chef d'œuvre Seven, avec un script ambitieux nommé Batman Vs Superman. La chauve-souris menait l'enquête sur les agissements de l'ennemi de Superman, Lex Luthor, qui ramenait le Joker à la vie en le clonant pour se débarrasser de Batman. Clark Kent et Lois Lane s'intéressaient également à Wayne Industries, compagnie rivale de celle de Luthor et à un moment, les deux héros se battaient l'un contre l'autre avant de s'allier pour affronter les deux méchants. Encore une fois, le projet bat rapidement de l'aile: le tâcheron Akiva Goldsman, responsable des Batman de Schumacher, est appelé pour retoucher le scénario et J. J. Abrams (créateur de la série Alias) propose un nouveau Superman au studio qui voit dans cette nouvelle franchise potentielle une garantie de réussite que n'offre pas Batman vs Superman. Sur ce, Wolfgang Petersen, qui devait assurer la réalisation, préfère partir réaliser son adaptation de L'Iliade d'Homère, Troy. Heureusement, il y a une justice dans le septième art, et un autre jeune auteur talentueux a été engagé pour redonner vie au vengeur masqué. Christopher Nolan (Memento) devrait filmer le nouveau départ de Batman (oubliant la saga pré-existante) sur un scénario de David Goyer (Blade et Blade II). On attend donc beaucoup du cinéaste spécialisé justement dans l'univers du polar que l'on aimerait voir collaborer pour la deuxième fois avec Guy Pearce.





 
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