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BOLLYWOOD NIGHTS


Bollywood: l'appellation est une contraction de Hollywood et de Bombay, mais peut paraître quelque peu péjorative en réduisant une cinématographie à une copie décalée d'un modèle dominant. Celle-ci demeure pourtant assez mystérieuse hors des frontières de l'Inde, en tout cas dans nos contrées occidentales abreuvées de cinéma américain. Devdas constitue en ce sens une date symbolique, avec une sortie française dans des proportions uniques pour un film indien, comme une première porte poussée vers des richesses inconnues…


MOTHER INDIA

Le cinéma, en Inde, fait office de culte. Les séances sont des rituels gargantuesques avec des règles strictes: un film digne de ce nom doit durer trois heures, comporter au moins trois danses et six chansons, une intrigue principale dramatique et une sous intrigue comique. Cette ossature typique se destine à un public d'une importance sans égale: chaque jour, c'est 14 millions de spectateurs qui se rendent en salles. Chaque année ce sont 800 films qui sont produits. Les stars sont déifiées comme nulle part ailleurs: la star masculine peut réclamer un million de dollars par film (ce qui peut paraître dérisoire par rapport à Hollywood constitue une somme faramineuse en Inde) et la place de premier ministre se joue régulièrement entre des acteurs célébrés sur la grande toile. Ce culte n'est pas neuf, et la production indienne a connu ses hauts et ses bas. D'abord fleurissante, elle subit un coup de frein après la crise des studios dans les années 40. A l'orée des années 50, ce sont de nouveaux producteurs qui prennent place, avec des réalisateurs et des acteurs indépendants (et qui ne sont plus liés à un studio en particulier). Le succès du film se joue sur deux éléments primordiaux: le couple star et la musique. Celle-ci est d'abord diffusée avant le film, et de son accueil dépendra l'accueil du public. Une musique qui ne plaît pas signifie la condamnation à l'échec en salles.


C'est durant ces années 50 que le cinéma indien commercial a connu son Age d'or. Des grands noms émergent, tels que Guru Dutt (réalisateur, acteur et scénariste de grands succès), Mehboob Khan (auteur, réalisateur et producteur qui a fondé son propre studio) ou Raj Kapoor et K.A. Abbas (le premier, acteur et réalisateur ayant souvent collaboré avec le second, scénariste, réalisateur et producteur). Les hommes sont orchestre et les femmes sont muses. La plus brillante de cette période dorée, Nargis, formait avec Raj Kapoor un des couples les plus célébrés à l'écran. Elle fut notamment la star d'un des plus grands succès de l'Histoire du cinéma local, Mother India (de Mehboob Khan, 1957), l'histoire d'une mère courage dans un village indien. Le long-métrage est largement nourri par le cinéma épique russe, transcodant ses valeurs pour en faire un film typiquement indien. D'autres oeuvres majeures naquirent durant cette période, comme L'Assoiffé (Dutt, 1957), Fleurs de papier (Dutt, 1959) ou Le Maître, la maîtresse et l'esclave (Alvi, 1962). Si ce cinéma met en scène des histoires d'amour flamboyantes, il se doit de conserver une pudeur certaine. Les baisers sont prohibés, et les scènes d'amour encore davantage. On privilégie une esthétique de la montée du désir, avec force fontaines et envoûtement par le geste (les chorégraphies étant parfois assez suggestives).


BECKHAM EN SARI

Si l'occident se refuse à ce cinéma depuis fort longtemps, les films indiens s'exportent en Afrique, dans les pays musulmans ou en Russie, des pays qui acceptent ces longs-métrages comme des alternatives au cinéma américain. Problème: le prix des billets y est bas, et les recettes demeurent donc relatives. Le cinéma indien, s'il a continué sa ruée au niveau de la production (parfois plus de 900 films par an dans les années 90), vit une crise plus ou moins préoccupante. 65% des films sont déficitaires, 25% rentrant dans leurs frais pour 10% qui sont de véritables succès. Les tournages débutent sans que le budget ne soit complet, et les acteurs se dispersent parfois entre 30 films tournés en même temps. Si le public est multiple (il y a les films tournés en Hindi, en Tamil, en Malayâlam, en Kannada…), la source finit par se tarir. Depuis quelques années, le cinéma se tourne vers l'extérieur. Ainsi, en Suisse, il se tourne plus de films indiens que de films suisses. L'Inde se penche sur le marché des NRI (Non resident Indians) pour exporter ses films à l'étranger. De même, certains films tels que le britannique Joue-la comme Beckham constituent de très grands succès en Inde. Ceux-ci demeurent très rare, le marché indien trustant encore 95% du marché (un Titanic a beau être un succès, celui-ci ne constitue que le quart du nombre d'entrées d'un succès indien). Si le cinéma demeure une cible de choix pour le placement de l'argent sale, celui-ci est aussi victime du développement de la piraterie, le pays étant dépourvu de législation quant au copyright. De plus, avec douze salles pour un million d'habitants, le pays demeure assez sous équipé (on compte 116 salles pour le même nombre d'Américains). Autant de problèmes qui restent à résoudre pour que le cinéma local conserve sa santé.


Ce qu'on peut également observer aujourd'hui, c'est l'exportation des artistes. Ainsi, Shekhar Kapoor (ou Kapur comme on le dit à Hollywood) est un des rares (le seul ?) réalisateur de films bollywoodiens à voir une de ces œuvres célébrée aux Oscars: ce fut le cas avec Elizabeth, en 1998. Certes, le film s'éloigne radicalement des productions musicales qu'il a mises en scène quelques années auparavant (si ce n'est un usage des couleurs, des voiles et une scène finale que Bollywood ne renierait pas), le fait est assez rare pour être souligné. De même, Mira Nair, avec Salaam Bombay ou Kama Sutra, est un des talents locaux qui s'exporte. Si la réalisatrice ne s'est jamais réellement frottée au pur Bollywood, Le Mariage des moussons en demeure une réjouissante version light aux sonorités hybrides, comme une tentative d'approche du public occidental. Le film sera distribué dans le monde entier, récoltant un Lion d'or à Venise et les louanges aux Etats-Unis. Les Etats-Unis, parlons-en: si le pays a sa tradition propre de comédies musicales (comme l'a rappelé Chicago dernièrement), certaines comme Moulin Rouge y font directement référence. Tel était le désir de Baz Luhrmann, incluant cet hommage explicite en fin de film avec le numéro Hindi Sad Diamond, reproduisant le faste visuel des productions indiennes de danse de cours. Au-delà de ce segment, le film entier se base sur des figures bollywoodiennes (le duc, la princesse et le poète, l'intrigue dramatique et ses éléments de comique grotesque, l'aspect surcoloré et bien évidemment, les chansons). Bolly à Holly? Pas encore. L'Inde a, à quelques occasions, vampirisé le cinéma américain (voir les improbables et non officiels remakes, tel le Reservoir Dogs incluant des numéros musicaux). L'Amérique, elle, se nourrit très timidement de son frère indien. Mais c'est aujourd'hui que l'échange culturel et commercial se joue: après Lagaan, nommé à l'Oscar du meilleur film étranger, c'est Devdas, triomphe du cinéma indien et sélectionné à Cannes en 2002, qui déboule en Europe. Toute une cinématographie en sari qui s'ouvre à des yeux occidentaux ébahis.





 
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