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CHAN-CHAN BARA-BARA!


Hasard des calendriers, alors que Uma Thurman et Lucy Liu s'en donne à coeur joie (et à coups de sabres) dans le dantesque Kill Bill, Takeshi Kitano fait revivre la même pratique de la lame dans le formidable Zatoïchi. Petit historique non exhaustif du Chambara, l'art nippon du tranchage sanglant.


SUR LE MANCHE DE LA LAME

Chambara. Le terme désigne au Japon le genre cinématographique de la bataille de sabres, et dont le nom savant est Ken-Geki. Chambara, plus prosaïquement, est le fruit de la contraction de chan-chan bara-bara, soit le bruit de la lame tranchant la chair. Il s'agit d'un genre ultra-codé qui possède ses motifs et ses figures strictes. Le personnage typique du Chambara est le samouraï ou le ronin, version marginale façon cow-boy solitaire du samouraï, ce dernier appartenant davantage à une hiérarchie établie selon les codes du Bushido. Le Chambara met en scène des combats à la rythmique particulière, jouant sur la pose et la pause, les contre-temps et la vitesse d'exécution des coups de sabre. Motif indispensable, le genre se doit de regorger de sang jusqu'au débordement. La violence graphique passe par des flots d'hémoglobine jaillissant avec force des pauvres corps démembrés. Si un Kill Bill nécessite 500 litres de jus rouge pour humecter son plateau, Akira Kurosawa, 4 décennies auparavant, donnait déjà dans une mouillure sans précédent avec Sanjuro (1962), illustrant par ce biais la métaphore de la vie quittant avec violence le corps en même temps que le sang gicle hors de ses artères. A chaque geyser de sang qui s'éveille, un être s'éteint.


PREMIERS SABRES

Comme c'est souvent le cas pour le cinéma japonais dans son ensemble, le Chambara descend directement d'une tradition théâtrale. D'abord le Kabuki, avant que les œuvres de Shôjiro Sawada ne viennent dépoussiérer le genre en le rendant beaucoup plus énergique et réaliste. Dès les années 20, les films de Chambara devinrent extrêmement populaires. Des stars telles que Denjiro Okochi fleurissent à l'écran en même temps que des héros mythifiés (comme celui qu'il incarne, Tange Sazen, dans Le Pot d'un million de Ryo en 1935), et des réalisateurs comme Bansho Kanamori viennent dynamiser les canons classiques en les propulsant vers une nouvelle ère de modernité, avec un autre type de montage et des emprunts à des cinématographies étrangères, surtout américaines. Ito Daisuke (Le Journal de voyage de Chuji, 1927) ou Masahiro Makino (Duel à Takatanobaba, 1937) viennent grossir le rang des réalisateurs qui se sont prêtés au genre jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale. La pause historique devient une parenthèse cinématographique, les temps et les esprits sont moroses. Le Chambara et ses effluves violentes devront attendre les années 50 avant de reprendre un souffle neuf et dévastateur, notamment sous l'action prépondérante de Akira Kurosawa.


LAME AIGUISEE

Au début des années 50, le Chambara quitte sa peau de cinéma bis (le genre est alors méprisé par la critique) pour emprunter celle d'un cinéma plus prestigieux sous les doigts agiles de Akira Kurosawa. En 1954, il réalise Les Sept samouraïs et fait date avec ce film devenu un classique parmi les classiques. Il ne s'agit pourtant pas d'un pur film de Chambara, mais d'un mélange avec le Jidai-Geki (le film historique), permettant ainsi au public néophyte (dont les audiences étrangères) de s'acclimater au genre. La même année, le Chambara continue son exportation en remportant via La Légende de Musashi (de Hiroshi Inagaki, avec Toshiro Mifune) un Oscar du meilleur film étranger. Musashi devient d'ailleurs un héros récurrent du genre et reviendra dans d'autres long-métrages, comme cela a été le cas avec le Zatoïchi remis au goût du jour par Kitano et mis en scène nombre de fois sur le grand écran depuis les années 60, avant de passer à l'écran de télévision. Les 60's marqueront d'ailleurs un retour aux séries B après les autres grandes œuvres de Kurosawa (comme Sanjuro, Yojimbo). Des hommes comme Hideo Gosha (Goyokin et ses combats enneigés, en 1969) ou Kazuo Mori (Hakuoki, 1964) mènent la décennie jusqu'au 70's où la série Baby Cart triomphe à travers 6 films adaptés d'un manga de Kazuo Koike et Kojima Koseki. L'une de ses particularités est de mettre en scène des personnages de sexe féminin. En 1980, Kenji Misumi réalise Shogun Assassin qui sera l'une des innombrables inspirations de Tarantino sur Kill Bill. Mais le genre est depuis des années tombé en désuétude et les yakuzas sont plus cool que les samouraïs. Rideau momentanément baissé.


CHAMBARA VOYAGEUR ET NOUVELLES EPEES

Durant son Histoire, le Chambara a fait des enfants à l'étranger. Parfois quasi littéraux, avec ses Sept Samouraïs devenant mercenaires chez John Sturges en 1960. Retour des choses logique puisque Kurosawa s'est lui aussi abreuvé de cinématographie américaine pour nourrir son propre cinéma. Sergio Leone lui-même emprunte à l'illustre metteur en scène japonais avec Pour une poignée de dollars (1965). Georges Lucas, dans La Guerre des étoiles, manifestera une même fascination pour le sabre à travers sa trilogie spatiale, d'ailleurs largement inspirée de La Forteresse cachée (1958) du même Akira Kurosawa. Passé à l'état d'agent secret incognito, le genre trituré à l'étranger renaît ça et là sous forme d'animation chez Rin Taro (Kamui no Ken, 1985), avant d'être exposé à nouveau sous les feux des projecteur par Kitano avec Zatoïchi. Prix de la mise en scène à Venise, triomphe public, le Chambara sourit à nouveau. Dans Kill Bill, Tarantino lui rend hommage à travers une Uma Thurman habile au sabre et une Lucy Liu adepte de ses pauses. Le réalisateur y dessine son ronin au féminin, y drague les même litres de sang et dresse ses combats voisins avec un amour et un respect débordant. Et le double retour de flamme d'un genre dit moribond, qu'il s'agisse de son cœur nippon avec Kitano ou d'un regard étranger avec Tarantino, se révèle être des plus vivifiants.





 
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