Cette scène intervient après la fête qui a permis la rencontre entre Esther et John et se pose comme le début de leur romance avec l’échange de leur sentiments respectifs et les quelques maladresses que cela implique. L’extinction des lumières est un prétexte inventé par Esther pour retenir John plus longtemps, seul avec elle. Le cadre est idéal, un salon chaleureux qui tombe peu à peu dans l’intimité d’une pénombre aux contours dorés. Pour souligner la tension de la scène Vincente Minnelli en a fait un plan séquence de 2 minutes 20. Un travail d’orfèvre où toutes les lumières s’éteignent unes à unes changeant à chaque instant l’ambiance du plan et s'accompagnent d'un rapprochement des deux jeunes gens.
Le directeur de la photographie George Folsey témoigne:
"C’est incroyable ce que nous avons fait pour cette scène: chaque fois que Judy éteignait une lampe, nous devions faire un effet de lumière dans la continuité (nous les suivions d’une pièce à l’autre en nous glissant sous les portes). Il y avait tellement de déplacements que mes gars se mettaient dans des positions impossibles pour que les rails ne soient pas dans le champ. De plus, celui qui tirait la caméra en arrière se trouvait dans la trajectoire de la grue: il fallut lui donner un coup de pied aux fesses pour qu’il débarrasse le plancher avant de se faire heurter. En outre nous avions un grand nombre de changements de lumière. Comme on tournait en continuité, impossible de déplacer notre matériel, nous nous trouvâmes à court de filtres, à court de volets pour des projecteurs et nous dûmes utiliser des stores vénitiens. Nous en avions réquisitionné un tas aux accessoires et nous les avions suspendus devant les projecteurs, et au signal mes assistants les fermaient avec soin pour faire disparaître la lumière. Mais il fallait alors un autre éclairage pour compenser la perte du climat et de l’intensité. Je peux dire que je n’ai probablement rien fait de plus difficile."