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LA REPRESENTATION DES DANSEURS DANS LE CINEMA OCCIDENTAL


Classiques, sexy, jazzy, objets de rêve mâtinés d’une touche de dédain ou de mystère, les danseurs ont toujours tenu une grande place dans le cinéma occidental. Simple quota exotique ou noyau principal d’une intrigue, ils touchent tout le prisme filmique sous les formes les plus variées. Retour sur ce métier, cette passion, vue à travers les yeux des cinéastes.


L’AMOUR DU MOUVEMENT

Lorsque le cinéma naît à la fin du XIXe siècle, il s’applique à filmer tout ce qui peut produire du mouvement. Au milieu des athlètes et des boxeurs, les danseurs s’imposent comme les plus à même de se prêter à cet exercice en proposant des compositions de mouvements plus variées que celles des autres sportifs. En 1894, un tiers des films produits mettent en scène des danseurs, dont notamment Annabelle - ses danses serpentines ont été considérées comme les premiers blockbusters américains - Armand D’Ari, Carmencita, les sœurs Ewer et les danseuses des Gaietés Londoniennes. Ces courts métrages sont exclusivement des films expérimentaux destinés à étudier les possibilités de rendu du mouvement à la caméra. Avec le développement du septième art et des fictions, ces recherches filmiques vont peu à peu disparaître.L’expérimental se crée des trames narratives pour produire des œuvres à la croisée du documentaire, de la captation de spectacle et de ce que l’on appelle aujourd’hui des vidéodanses. Parmi elles, les plus connues restent Can Can (1898), La Sirène des tropiques (1927, avec Joséphine Baker) et les réalisations d’Isadora Duncan ou de Loïe Fuller. Avec l’avènement du sonore et du parlant, le changement radical qu’impose l’introduction de la musique au cinéma permet aux danseurs de prendre une part intégrante au récit. Une nouvelle forme de représentation de la danse et de ses actants est née. D’un film à l’autre, c’est un état des lieux que nous propose le cinéma, traçant une certaine histoire de la danse, tout en donnant à voir l’évolution du statut du danseur aussi bien à l’intérieur de son art que dans l’œil du spectateur.


I. CODES ET DEBORDEMENTS
1. Les stigmates du classique
2. Life is a cabaret
3. Body Double
4. Autodidactes standardisés

II. FANTASME MASCULIN
1. La mise en scène du corps
2. Sexy Beast
3. Tu me fais tourner la tête

III. LES TRACES DE LA MODERNITE
1. A la périphérie
2. De l’émancipation du danseur classique



I. CODES ET DEBORDEMENTS

Les films en costumes font état d’une première danse baroque, initiatrice de la danse classique créée par Louis XIV (Le Roi danse, 2000), école des premiers danseurs professionnels. Se faisant le pendant de cette institution très codée, les danseurs de cabarets, musicals et revues, étaient le quota exotique des soirées mondaines et les distractions populaires de la fin du XIXe, première moitié du XXe siècle. Grâce principalement aux comédies musicales hollywoodiennes, ils seront les seuls à être représentés au cinéma aux côtés des danseuses classiques et ce, jusque dans les années 50. Changement du paysage chorégraphique. Les expérimentations en danse moderne dans les années 60 et les influences hispaniques et ethniques se répercutent à l’écran à partir des années 70. Deux nouvelles formes de danseurs émergent: les uns, sortis des night-clubs et autres ballrooms, les autres, proposant des chorégraphies étiquetées sous le nom de modern jazz. Ce sont ces quatre grandes catégories de danse et leurs dérivés qui se retrouvent actuellement encore sur nos écrans à travers les corps de danseurs acharnés qui laissent souvent leur vie en suspend au dépend de leur passion dévorante. Petit tour d’horizon des codes, stigmatisations, préjugés et a priori qui accompagnent les danseurs et les principaux styles de danse présentés au cinéma.


1. Les stigmates du classique

De par son héritage historique et les nombreux codes qui lui sont attribués, le milieu de la danse classique est le plus couramment représenté au cinéma, et de fait le plus stigmatisé. De Bashfull Ballerina (1937) à Danse ta vie (2000) en passant par des films aussi variés que Chaussons rouges (1948), Jeux d’été (1950), Ballet Shoes (1975), Suspiria (1977), La Boum 1 et 2 (1980-82), Les Poupées russes (2005), les stéréotypes s’étalent de long en large sur le grand écran. Dans un univers régi par un maître de ballet intransigeant et élitiste, la ballerine est présentée comme fluette (souvent anorexique ou boulimique) dans son tutu plateau ou romantique, les pieds ensanglantés par des pointes cisaillant la chair, soumise à un entraînement rigoureusement codifié. De plus, la danse classique étant souvent présentée comme un élément incontournable et parfaitement normal de la vie d’une fillette (Mina Tannenbaum, 21 grammes), le danseur masculin se voit vite évincé de ce milieu. Hormis les films mettant en scène des grands noms de la danse comme Mikhail Baryshnikov, sortis principalement dans les années 80 (Dancers, Soleil de nuit), le danseur a bien souvent du mal à s’imposer et se retrouve la plupart du temps cantonné au rôle du gay de service (De-Lovely). Des clichés taillés au couteau qui semblent être faits pour conforter un public peu expérimenté dans une vision de la danse classique où la légendaire souplesse de ses interprètes féminines n’a d’égal que leurs impulsions maladives et où la masculinité, voire la virilité, est sans cesse remise en question.


C’est autour de cette dernière thématique que Stephen Daldry va construire Billy Elliot et proposer ainsi une nouvelle approche de la question. Le héros, Billy, est un jeune garçon qui se découvre une passion pour la danse alors que ses aînés préfèreraient le voir boxer. Au travers des remarques désobligeantes du père, du frère et des camarades du danseur en herbe, ce sont les idées reçues ridicules qui sclérosent le milieu de la danse classique que vise le réalisateur. Faisant fi des a priori qui l’entourent, laissant parler ses sentiments, Billy se lance à corps perdu dans cet art qui le touche tant. Le film joue sur les clichés, les tord, les prend à contre-pied et se clôt de façon emblématique sur le saut du cygne de Swan Lake, l’adaptation masculine du fameux Lac des Cygnes, symbole suprême de la ballerine. Dans le même élan, les productions du XXIe siècle (notamment Danse ta vie, sorti également en 2000, et Company, 2004) redonneront la part belle aux danseurs classiques masculins qui partagent désormais le premier plan avec les héroïnes, n’hésitant pas à les draguer entre deux représentations scéniques. Ainsi, certains réalisateurs s’appliquent de plus en plus à déconstruire intelligemment l’image habituelle des danseurs et de la danse classique, peignant des tableaux de personnalités dédiées à leur art, mais sachant se diversifier, prendre du recul et se nourrir de leur passion (voir la partie consacrée à ce sujet intitulée "De l’émancipation du danseur classique").


- 1/5 -


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