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DIE HARD, ESPACE D'ACTION


Un acteur de séries télé. Un réalisateur inconnu. En 1988, un modeste film d’action vient chambouler Hollywood. Aux héros bodybuildés qu’incarnaient à l’époque Stallone et Schwarzenegger, John McTiernan oppose un flic en civil, pieds nus et dégarni. En lieu et place de la jungle, un labyrinthe de béton et d’acier. Die Hard (Piège de cristal) vient de réinventer le film d’action en huis clos. Retour sur vingt années d’imitations.


PREMIER DE CORDEE

Depuis sa sortie en 1988, Hong Kong est passé par là et avec lui Hard Boiled, John Woo et, dans leur sillage, Matrix et ses ersatz. Mais pour beaucoup, la référence du cinéma d’action reste ce fameux Piège de cristal. Troisième film de John McTiernan, il aura propulsé Bruce Willis au rang de star mondiale, engendré une flopée de variations sur le même thème, plus ou moins réussies (les deux Speed 1 et 2, Piège en haute mer et Piège à grande vitesse, Ultime Décision, Passager 57, Mort subite, Les Ailes de l’enfer, Rock, la liste est interminable), et par-dessus tout, fait de son réalisateur une valeur sûre et un véritable auteur. Car McTiernan ne s’est pas contenté de réaliser un blockbuster efficace; avec Die Hard, il a produit un film d’une intelligence extrême dans son utilisation de l’espace, qui a ouvert la voie à l’apparition du film d’action moderne. L’histoire, on la connaît: la veille de Noël, des terroristes prennent en otage un gratte-ciel de Los Angeles. Tandis que les malfrats, qui tiennent en respect les employés d’une grande compagnie japonaise, énumèrent leurs revendications, John McClane (Bruce Willis) parvient à s’échapper. Armé seulement d’un 9mm, pieds nus et vêtu juste d’un pantalon et d’un débardeur, il va contrecarrer les plans diaboliques des terroristes.


HUIS CLOS A TIROIRS

Die Hard ou le huis clos en temps réel. Ce format, abondamment repris depuis par l’industrie du cinéma d’action, était à l’époque non pas une nouveauté (n’exagérons rien) mais bel et bien une innovation risquée. Et ces risques ont porté leurs fruits, car rarement un cinéaste aura aussi bien su exploiter un espace restreint. C’est avec ce film que McTiernan va développer ses recherches sur l’espace, entamées avec Predator (1986), son deuxième film, et qu’il va prolonger tout au long de sa carrière. Dans ce dernier, McTiernan décrivait un commando de l’armée américaine aux prises avec un dangereux alien dans une jungle d’Amérique du Sud. Bien que le film se déroule à l’air libre, l’espace y était étouffant, sans issue. Die Hard, de par son huis clos, offre une variation encore plus riche sur ce jeu avec l’espace. Le gratte-ciel qui sert de décor au film ne se contente pas d’emprisonner le héros; il lui offre une multitude d’obstacles à franchir, d’inconvénients à surmonter, mais également d’endroits où se cacher et de failles à exploiter. A partir du moment où McClane fausse compagnie aux terroristes et se réfugie à l’étage supérieur, le jeu du chat et de la souris peut commencer: qui, d’une horde de malfaiteurs surarmés ou d’un flic en civil muni d’un seul Beretta, triomphera? C’est à celui des deux qui saura le mieux exploiter le décor.


La présentation du building (le Nakatomi Plaza) commence avec l’arrivée de McClane sur les lieux de la fête: il découvre un bâtiment esthétique mais aseptisé, où l'on se repère grâce à des écrans d’ordinateurs interactifs. Le trentième étage, où se tient la réception, est un endroit luxueux, riche d’une énorme mezzanine en zig-zag et d’une chute d’eau factice. Lorsque les terroristes font irruption, McClane trouve refuge au trente-deuxième étage qui est, lui, encore en construction. C’est là, dans une jungle de fins piliers métalliques, que va avoir lieu le premier affrontement. Et c’est McClane qui en sort vainqueur grâce à son ingéniosité dans l’utilisation de son espace. Il joue à cache-cache avec son adversaire pour mieux le tromper, l’attire dans un coin grâce au système d’alarme, le lance sur une fausse piste en lui indiquant une cachette trop évidente… Dès ce premier combat, McTiernan donne le "La": peu importe la préparation où la quantité d’armements, ce qui importe c’est comment l’homme va évoluer dans un espace donné. Et, dès lors, les terroristes et McClane vont rivaliser d’imagination pour se neutraliser; si McClane se réfugie dans l’ascenseur, les méchants le bloquent; lorsque les terroristes coupent le téléphone, McClane fait appel au système incendie du building; et quand les malfaiteurs se rendent compte que notre héros est pieds nus, ils brisent toutes les vitres pour l’empêcher d’avancer.



D'UNE JUNGLE L'AUTRE

Plus le film avance, et plus l’espace se diversifie. De l’environnement froid et ordonné du début, le décor évolue vers un lieu hostile et dangereux: des bouches d’aération (dans lesquelles McClane va ramper) aux cages d’ascenseur, des réseaux de canalisations du dernier étage à la jungle de fils électriques du sous-sol, l’espace se multiplie et devient presque un lieu sauvage. Le petit bassin agrémenté d’une cascade et de quelques rochers en plastique qui décore la salle des fêtes paraît bien dérisoire lorsque, à la fin du film, la pièce est inondée de flammes et de débris humains carbonisés. La nature semble reprendre ses droits dans un lieu créé et ordonnancé par l’homme. C’est à travers ce choc qui oppose l’homme civilisé au chaos que Die Hard rejoint Predator. Dans ce dernier, Arnold Schwarzenegger ne parvenait à triompher de l’alien qu’en se fondant dans son environnement. Il réussissait à tromper le Predator en se recouvrant de boue au point de faire baisser sa température corporelle et de rendre inutilisable la vision thermique du monstre. Sur les plans subjectifs de la créature, Arnold et le décor ne faisaient plus qu’un: il ne s’était pas contenté d’utiliser son environnement, il avait littéralement fait corps avec lui. Chez McTiernan, quand les armes ne sont plus d’aucun secours, l’homme n’a d’autre choix que de revenir à l’état de nature.


BELLY OF THE BEAST

Cette thématique amorcée dans Predator trouve son prolongement naturel dans Die Hard, mais avec une certaine ironie, compte tenu du fait que le décor n’est plus une jungle, mais un immeuble de bureaux dernier cri. Dans ce temple du capitalisme, dans cette statue géante érigée vers le ciel à la gloire de l’ère Reagan, McClane redevient une bête sauvage. L’espace qui l’entoure, d’abord aseptisé et automatisé, revêt peu à peu un côté organique. Le Nakatomi Plaza avale McClane et sa femme au début du film, alors qu’ils sont séparés depuis six mois, et les recrachent à la fin, transfigurés et réconciliés après ce séjour infernal dans les boyaux et les artères du bâtiment. Le décor, si sage au début, est devenu au dernier plan un immense champ de bataille où les actions dont voulaient s’emparer les méchants tombent du ciel comme de la neige en ce soir de Noël. Le contraste avec le quartier d’affaires où se trouve le building prête à sourire, mais après les attentats du 11 septembre sur le World Trade Center, Die Hard a acquis une nouvelle jeunesse grâce à sa vision cauchemardesque d’un haut lieu du capitalisme devenu d’un instant à l’autre une zone de chaos où l’instinct de survie passe avant le sang-froid et où la légendaire organisation que symbolisent ces bâtiments n’est plus rien face à la sauvagerie. Dans de telles circonstances, le héros McTiernanien redevient donc un animal: McClane dans Die Hard bien sûr, Arnold dans Predator, mais aussi le héros du Treizième Guerrier, qui doit faire fi de toute rationalité pour affronter une horde cannibale. Ainsi que les héros de Medicine Man, l’anthropologue de Nomads (son premier film), ou bien encore une nouvelle fois John McClane dans Die Hard: With a Vengeance, suite du premier film, où c’est désormais la ville de New York toute entière qui fait office de terrain de jeu.


LES ENFANTS DE DIE HARD

John McTiernan n’a jamais cessé d’explorer la question de l’espace dans ses films: de la jungle de Predator, Medicine Man, Le Treizième Guerrier, aux espaces confinés de Die Hard, L’Affaire Thomas Crown (où, tel McClane, le personnage de Pierce Brosnan joue habilement des éléments du décors), A la poursuite d’Octobre Rouge (l’action entière se déroule dans un sous-marin), ses films proposent presque tous un jeu inédit sur des figures imposées qui permettent à McTiernan de s’extirper des limites étriquées du film d’action pour créer une œuvre autrement plus fascinante que celle du faiseur lambda. Die Hard reste pour le moment le chef-d’œuvre de son auteur. Ce film, qui est en quelque sorte le fruit de l’union du film-catastrophe des années 70 (La Tour infernale, L’Aventure du Poséidon…) et du cinéma de super-héros huilé des années 80 (la trilogie Rambo, les premiers Schwarzenegger, les productions Golan/Globus, etc…), n’est rien d’autre que le prototype du film d’action moderne: son utilisation de l’espace a en effet préfiguré toute une vague de blockbusters plus ou moins copiés sur lui, ainsi que l’avènement du jeu vidéo (on retrouve des avatars de Piège de cristal sur n’importe quelle console à l’heure qu’il est). Au final, Die Hard marque le triomphe d’un cinéma d’action intelligent, où la pauvreté du fond est compensée par une esthétisante intellectualisation des formes.






EN SAVOIR PLUS

Le Nakatomi Plaza qui sert de décor à l’action est en réalité le Fox Plaza, 2121 Avenue of the Stars à Los Angeles, prêté par le studio pour le tournage alors qu’il était encore en construction. On peut y entrer sans problèmes et constater que les ascenseurs, le hall, le rond-point où se gare Al Powell sont encore en l’état. Un lieu de pèlerinage à coup sûr.

QUELQUES LIENS

http://www.diehardmovies.com/diehard1/index.htm
http://www.ozcraft.com/scifidu/die_hard.html
http://www.scoopy.com/diehard-collection.htm




 
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