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L'INQUIETANTE ANIMALITE DANS LA FELINE








Après le règne, durant les années 30, des monstres de la compagnie Universal comme Dracula ou Frankenstein, l’entreprise de La Féline (Cat People) établit une date dans le genre horrifique. L’association du cinéaste français Jacques Tourneur et du producteur Val Lewton va déboucher sur trois films en deux ans: La Féline (1942), Vaudou (I Walked with a Zombie) et L’Homme léopard (The Leopard Man), tous les deux tournés en 1943.


Ces trois longs métrages ont pour principe de se baser sur une horreur totalement suggestive, en rupture avec les modèles antérieurs. La Féline est également l’un des pionniers dans la représentation de la sexualité féminine à travers des éléments fantastiques – ici, l’animalité refoulée par le personnage d’Irena Dubrovna, interprété par la Française Simone Simon. Irena est une dessinatrice de mode qui vit aux Etats-Unis mais qui est originaire de Serbie. Elle rencontre le séduisant architecte Oliver Reed (Kent Smith) avec lequel elle va rapidement se marier. Le coup de foudre idyllique a pourtant ses ombres. Le mariage n’est pas consommé (ne serait-ce que d’un baiser), et Irena est de plus en plus préoccupée par des tourments qui pèsent sur elle depuis toujours: elle serait la descendante d’une lignée de sorcières possédées par l’esprit félin, se transformant à l’occasion en panthères tueuses. En plus d’apporter une pierre nouvelle au genre à travers une mise en scène alors particulière de l’horreur, Jacques Tourneur guette également, à travers l’animalité de Dubrovna, les remous d’une sexualité féminine et, de manière plus générale, tout un pan caché de l’altérité déracinée, un des thèmes qui sous-tend la "Trilogie Lewton".


LA BETE MONSTRUEUSE

Tourné pour un budget modeste (134.000 $), assez rapidement (moins d’un mois), La Féline semble bénéficier particulièrement de ses limites. En effet, l’horreur mise en scène par Tourneur joue avant tout sur la suggestion, le hors champ, les ombres autour du cadre. L’animalité d’Irena Dubrovna, la féline du titre, est avant tout devinée grâce à des indices dispersés au cours du film, et la mise en scène des séquences d’angoisse ou d’attaque de la panthère s’appuie largement sur l’imagination du spectateur, la gestion de l’espace plus que les apparitions du monstre lui-même. Tourneur annonce ainsi le travail qu’il opérera sur L’Homme léopard et ses trois meurtres comme autant de sommets de suggestion, à l’image de la mort de la jeune Teresa. La petite est terrorisée par le noir, et mourra à la porte de chez elle, attaquée par un léopard, pendant que le réalisateur ne laisse comme trace visible de sa mort à l’écran qu’un filet de sang qui glisse sur le plancher. Mais dans L’Homme léopard, il n’est guère question de présence fantastique (simplement un tueur et un animal échappé), ainsi les plaies ouvertes se vident d’un sang réel. Dans La Féline, le danger est un halo surnaturel, une ombre permanente qui entoure les personnages. L’animal monstrueux est ainsi à peine représentable, et à peine représenté – c’est plutôt la légende de la bête, et la crainte ressentie par les victimes qui attirent l’œil de Tourneur.


1 – L'imagerie du mythe

La malédiction d’Irena Dubrovna est avant tout un conte avec ses sorcières et ses chevaliers, ses contrées lointaines et ses enfants perdus, l’histoire d’un village rongé par les messes noires et du Roi Jean qui vint rétablir la sérénité pendant que les esprits malins se sont enfuis dans les montagnes. Le film est pour sa part encadré par deux citations aux accents solennels, la première signée du Dr Louis Judd, le psychiatre que va consulter Irena plus tard dans le film ("De même que le brouillard persiste dans les vallées, de même le péché ancien persiste dans les profondeurs, les pressions de la conscience du monde"), la seconde est extraite des "Holy Sonnets" du poète anglais John Donne ("Mais le noir péché a disparu dans la nuit sans fin, le monde où je vis est en deux parties, et les deux parties doivent mourir"). La légende, les troubles de l’inconscient et l’élégie amoureuse imprègnent ainsi rapidement l’histoire pour ne plus la lâcher.


Si le mythe est ce qu’il est, c’est en partie parce que sa légende est nourrie par des œuvres d’art qui relatent ses hauts faits. Ainsi, l’histoire de La Féline est également racontée par les icônes qui parsèment le récit. Celui-ci s’ouvre sur une tapisserie qui représente une panthère, installant le motif principal du film dès le premier plan. Le second plan présente la citation du Dr Judd, avec en fond visuel la statue d’un chevalier brandissant une épée sur laquelle est plantée la dépouille d’un chat. Les deux objets seront réutilisés à plusieurs reprises dans le film et en constituent, en quelque sorte, une des clefs. On retrouve la statue dans l’appartement d’Irena, et la vision de celle-ci par Oliver l’amène à poser la question de son origine. Irena relate alors l’histoire de son village serbe ravagé par l’esprit malin des félins et la façon dont le Roi Jean est venu au secours de ses habitants. La statuette est le seul vestige tangible de ces temps aussi troubles que légendaires qu’Irena porte encore lourdement sur le cœur. L’image de la panthère est, elle, une sorte de refrain au film, un raccourci poétique en forme de projection. Lors de la scène d’ouverture, Irena est en train de dessiner une panthère, prenant modèle sur celle du zoo. Et malgré ce modèle (un félin marchant dans sa cage), l’animal représenté est transpercé d’un glaive, comme le chat du Roi Jean sur la statuette. L’image de la panthère est celle de la défiance d’Irena en même temps qu’une effigie du désir inextricable, d’une attraction que la jeune femme ne peut réprouver.


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