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DISNEY,
L’AGE D’OR EN 2D
La sortie de Chicken
Little,
premier long métrage d’animation de Disney
entièrement
réalisé en images de synthèse, marque un tournant
dans
l’histoire du studio. Tiraillé entre vieilles
ficelles (Frère des ours, La Ferme se
rebelle) et soif de renouveau (Atlantide,
l’empire perdu, La Planète au trésor,
Lilo & Stitch), le tout-puissant royaume
n’a
pas résisté aux sirènes de la 3D, à l’instar du
concurrent DreamWorks (Shrek,
Madagascar) et du petit prodige Pixar. De plus en
plus
contesté, échaudé par les succès fulgurants de
ses
voisins et en sacrée perte d’imagination, Disney
tourne le dos à près de soixante-dix ans d’animation
traditionnelle en 2D et ferme son plus vieux
département. Neveu de Walt, Roy Disney a été
démis de
ses fonctions au sein du conseil
d’administration. En
2005, c’est au tour de l’emblématique PDG Michael
Eisner de tirer sa révérence et de laisser le
fauteuil
à son numéro 2, Robert Iger. Mais Pixar semble
prêt à
prolonger son contrat de partenariat et
Chicken
Little s’est hissé aux premières places du
box-office, en engrangeant plus de 119 millions
de
dollars (pour un budget estimé à 60 millions). On
l’oublie souvent, mais Disney le fer de lance a
longtemps régné sans partage sur le monde de
l’animation, et suscité d’innombrables vocations
(dont
celle d’Osamu Tezuka au Japon).
Découpée en trois thèmes récurrents (le conte, le
roman culte, la fable animalière), une
rétrospective
sur ce fameux âge d’or s’imposait. Titres
incontournables et coups de cœur de la rédaction.
1- IL ETAIT UNE FOIS
BLANCHE NEIGE ET LES
SEPT
NAINS
Snow White and the Seven Dwarfs
(Walt Disney – Etats-Unis – 1937)
1937, date phare.
Les
studios Disney marquent de leur sceau l’Histoire
du
cinéma mondial en réalisant le premier long
métrage
animé:
Blanche Neige et les sept nains,
adapté
du célèbre conte des frères Grimm. S’il se place
comme
le réel pionnier d’un nouveau genre
cinématographique
(et se verra de fait récompensé d’un Oscar
honorifique
en 1939), le film va également servir de base à
la
recette Disney qui séduira le public pendant près
de
trente ans. Adapter en chants et en couleurs un
conte,
une légende, un univers féerique, que petits et
grands
connaissent par cœur. Se basant sur l’idée que
chacun
maîtrise la trame principale de l’œuvre initiale,
Disney se permet d’en changer des scènes, des
personnages, afin d’y incorporer des éléments plus
contemporains. Il en édulcore les fins tragiques
pour
proposer des mariages princiers flamboyants,
donne des
noms aux personnages secondaires, et s’approprie
pleinement ces histoires qui prennent alors un
nouvel
éclairage aux yeux du public. Ainsi dans
Blanche
Neige, exit les multiples tentatives de la
belle-mère sorcière qui étouffait la jeune fille
avec
des corsets trop serrés, seule subsiste la scène
de la
pomme empoisonnée. De même, ce ne sera plus une
simple
secousse qui réveillera Blanche Neige de son
funeste
sommeil mais le baiser d’un prince charmant. Et
ils
vécurent heureux et eurent beaucoup
d’enfants.
Julie Anterrieu
CENDRILLON
Cinderella
(Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske
–
Etats-Unis – 1950)
Sorti en 1950 après
huit
années d’interruption dues à la Seconde Guerre
Mondiale,
Cendrillon marquait le retour
tant
attendu des longs métrages Disney. Pour ce
sixième
film, les studios ressortent leur formule magique
en
adaptant le plus célèbre des contes de fées.
Issue de
la culture populaire, l’histoire de Cendrillon
existe
sous près de 350 versions différentes, dont les
plus
célèbres sont celles de Charles Perrault et des
frères
Grimm. Disposant ainsi d’un terreau hautement
fertile,
Disney va piocher à droite à gauche pour
renouveler le
récit, l’assimiler, au point d’en faire la
version la
plus connue du public. Sous l’influence de Mary
Blair,
le dessin animé s’habille de couleurs pastels,
d’ombres envoûtantes, de scintillements
féeriques,
envoyant directement aux oubliettes la morosité
de
Perrault et le sanguinolent des frères Grimm. Des
trois bals que donne le prince en son palais, il
n’en
reste plus qu’un, le plus important, le dernier,
laissant ainsi le temps aux deux premiers tiers
du
film de développer les personnages secondaires et
les
scènes comiques. Chez Disney, les bonnes fées
ressemblent à des super mamies aimantes, les
souris et
les petits oiseaux arborent fièrement des gilets
colorés et narguent avec grâce le chat Lucifer,
pourtant capable de se confondre avec des marches
d’escalier.
Julie Anterrieu
LA BELLE AU BOIS
DORMANT
Sleeping Beauty
(Clyde Geronimi – Etats-Unis – 1959)
Les princesses
somnolentes ont la cote. Après Blanche Neige et
son
teint de nacre, voici Aurore, son épaisse
chevelure
blonde et ses traits calqués sur Audrey Hepburn.
Doté
d’un superbe graphisme anguleux, tout en pointes
et en
lignes symétriques,
La Belle au bois
dormant
affiche une vertigineuse ambition. Avec un budget
avoisinant les 6 millions de dollars, le film est
alors le plus cher du studio Disney et le plus
cher
tout court de l’Histoire de l’animation. La
pellicule
70mm, les emprunts à Tchaïkovski, au folklore
russe, à
l’art médiéval, les décors encore peints à la
main,
l’étude pointilleuse du mouvement corporel: la
fine
équipe veut frapper un grand coup. Le conte de
Charles
Perrault subit quelques retouches. Les 7 fées (13
chez
les frères Grimm) sont réduites au nombre de
trois
(Flora, Pâquerette et Pimprenelle), le Prince n’a
plus
seulement des ronces à écarter mais un dragon à
abattre. La version de Disney s’arrête au baiser
salvateur, alors que le conte de Perrault va plus
loin. Aurore est en réalité le prénom donné à
l’un des
enfants du couple bienheureux (le second
s’appelle
Jour). Les dernières péripéties les voient
confrontés
à un épineux problème culinaire avec une
reine-mère
ogresse. Conçu parallèlement à la mise en
chantier du
parc Disneyland,
La Belle au bois dormant
coulera malheureusement à pic au box-office. La
silhouette de la divine Maléfique influera sans
doute
sur celle de Jafar pour
Aladdin.
Danielle Chou
MERLIN
L’ENCHANTEUR
The Sword in the Stone
(Wolfgang Reitherman – Etats-Unis – 1963)
Il arrive parfois
qu’une
seule scène suffise à
graver un film dans l’Histoire du cinéma. Si
Merlin
l’enchanteur, premier long métrage des
studios
Disney attribué à un seul réalisateur, l’illustre
Wolfgang Reitherman (
Le Livre de la
jungle,
Bernard et Bianca…) n’est pas, à
proprement
parler, un chef-d’œuvre de l’animation, le combat
de
sorciers, génial morceau de bravoure, préfigure
sans
doute la
Harry Potter mania actuelle et
annonce
le morphing, quarante ans avant l’heure. En une
séquence de quelques minutes, Merlin et Madame
Mime se
transforment à volonté. Une prodigieuse idée met
fin à
cette lutte homérique. Alors que la méchante
sorcière
s’est changée en dragon, l’enchanteur se
métamorphose
en bactérie et contamine peu à peu l’organisme de
son
ennemie. Une belle leçon de science appliquée, du
plus
grand au plus petit organisme
vivant… Inégal, le film relate une version très
personnelle de la formation d’Arthur, alias
Moustique,
futur Roi d’Angleterre à l’époque des chevaliers
de la
table ronde. Le scénario avance par digressions
plus
ou moins efficaces et le ton professoral de
Merlin
peut agacer. Cependant, outre la baston de magots
déjà
décrite,
Merlin
l’enchanteur possède de sérieux atouts pour
charmer la jeunesse comme le hibou Archimède ou
les
nombreux interludes musicaux complètement
déjantés.
Yannick Vély
TARAM ET LE CHAUDRON
MAGIQUE
The Black Cauldron
(Ted Berman, Richard Rich – Etats-Unis – 1985)
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S’il faut désigner
un
mouton noir dans la filmographie des studios
Disney,
le nom de Taram et le chaudron magique est
tout
trouvé. Bénéficiant de cinq ans de préparation, doté
d’un
budget record pour un dessin animé (25 millions
de
dollars), Taram, adapté des Chroniques
de
Prydain de Lloyd Alexander, est né dans un
contexte de crise, après le départ de Don Bluth,
dans
une période où les recettes sont en baisse.
Disney
cherche un nouveau public, les ados, qu’il pense
séduire avec un film d’heroïc fantasy, sans
chanson
(une première), et d’une noirceur telle qu’il a
dû
subir une classification PG aux Etats-Unis. La
direction, en pleine contradiction, refuse le
travail
d’un certain Tim Burton, jugé
trop
sombre. Après un premier visionnage, les mots de
Roy
Disney sont sans équivoque: "On a un vrai
problème". La production fut chaotique et
l’échec
critique et public cinglant. Il reste pourtant
aujourd’hui un film qui, s’il souffre d’une
narration
totalement bordélique et d’une technique un peu
vieillie, jouit de quelques fulgurances visuelles
(l’apparition du méchant) ainsi que d’une
atmosphère
crépusculaire, d’un imaginaire plus riche et plus
ambitieux que la plupart du reste de la
filmographie
maison, faisant de Taram un objet aussi
mal-aimé que culte.
Nicolas Bardot
LA PETITE
SIRENE
The Little Mermaid
(Ron Clements, John Musker – Etats-Unis – 1989)
Symbole du Danemark,
qui
expose fièrement sa statue à Copenhague, la
petite
sirène d'Andersen a été réhabilitée par Disney.
D'un
conte triste à la fin quelque peu fumeuse, la
maison
aux grandes oreilles a tiré une histoire dont la
trame
reste fidèle à l'original certes, mais où la
comédie
et la magie allègent la tension dramatique.
Ainsi,
plus de langue coupée par la méchante sorcière,
mais
une voix dorée capturée dans un coquillage,
permettant
plus tard sa restitution à sa propriétaire, la
princesse Ariel - ici, les personnages ont enfin
un
nom. Reprenant les ingrédients du succès,
Clements et Musker
affublent Ariel de deux
sidekicks l'accompagnant
dans
ses aventures: Polochon le poisson et Sébastien
le
homard - celui-ci n'hésitant pas à pousser la
chansonnette au clair de lune pour aider la belle
à
conquérir le Prince Eric (le film gagnera même
l'Oscar
de la meilleure musique et de la meilleure
chanson).
Passionnée par les fourchettes et autres
ustensiles
typiquement humains, la jolie rousse est prête à
tous
les sacrifices pour épouser celui qu'elle aime
et,
tandis qu'Andersen la faisait mourir - Eric lui
préférant une autre femme -, Disney ravit ses
spectateurs en offrant à la sirène la fin qu'elle
mérite: son mariage avec le
Prince.
Marlène Weil-Masson
LA BELLE ET LA
BETE
Beauty and the Beast
(Gary Trousdale, Kirk Wise – Etats-Unis – 1991)
Requinqué par le
triomphe
de
La Petite Sirène, Disney décide enfin
de se
lancer dans un projet que le studio tente de
monter
depuis les années 30:
La Belle et la bête,
adapté du
conte français de Mlle Leprince de Beaumont
datant de
1757. Mais on trouve des versions de ce récit
dans de
nombreuses cultures, grecques, indiennes,
chinoises ou
africaines, et ce à travers les siècles. La
petite
souris s’attaque ainsi à une histoire d’amour
intemporelle, avec comme seule crainte de
"
faire
moins bien que la version de Cocteau". Si la
noirceur du conte a été atténuée, il en reste les
ambiances de romantisme gothique, qui font l’une
des
réussites de cette adaptation, comptant comme l’un
des
derniers vrais succès artistiques de Disney en
matière
de romanesque à l’ancienne et au total premier
degré.
Mélangeant inspirations picturales (du réalisme
de
Bambi aux peintures de Fragonard) et
styles
musicaux (de l’opérette à Broadway), tranchant
avec
quelques petites habitudes disneyennes (l’intro
dite
du "livre qui s’ouvre" laisse place à des
vitraux,
l’héroïne a le goût pour… la lecture),
La Belle
et
la bête cultive un profond mystère jusque
dans son
final au souffle passionné. Récompense méritée,
le
film fut le premier (et unique) dessin animé
nommé à
l’Oscar du meilleur film.
Nicolas Bardot
ALADDIN
(Ron Clements, John Musker – Etats-Unis – 1992)
Aladdin est
un
film charnière. En choisissant d’adapter (très
librement) un conte des
Mille et une
nuits,
Disney entreprend un retour au souffle d’antan.
Le
choix du tandem de scénaristes Ted Elliott et
Terry
Rossio y est pour beaucoup. Devenu depuis
spécialiste
du film d’aventures (la trilogie
Pirates des
Caraïbes), le duo signe un monstre du
calibrage
parfait. Du récit comprenant destin, romance et
traîtrise jusqu’à son climax apocalyptique, en
passant
par le moindre
sidekick comique animalier (Abu,
Iago,
Raja), le scénario est un modèle du genre, ce que
tout
blockbuster devrait être, remettant au goût du
jour
une histoire du passé. L’actualisation est rendue
encore plus harmonieuse par la performance tout
en
improvisations délirantes de Robin Williams.
Donnant
lieu à de l’humour anachronique là aussi utilisé
avec
une précision et une pertinence sans égales, le
personnage du Génie ne tombe jamais dans le gag
facile
ou le clin d’œil gratuit. A la barre, on retrouve
Ron
Clements et John Musker, animateurs pour la
maison de
la souris depuis, respectivement, 1977 et 1981.
Apportant leur indéniable savoir-faire, les deux
vétérans se permettent de semer dans l’animation
les
prémices d’une nouvelle ère. Inaugurée sur leur
précédent film, l’utilisation d’images de
synthèse
prend ici une nouvelle dimension, avec notamment
une
Caverne aux Merveilles et un tsunami de lave qui
tiennent encore le coup aujourd’hui.
Aladdin,
c’est le retour à de l’aventure grand large, la
collaboration de grands esprits et un aperçu du
chef-d’œuvre à venir avec
Le Roi
Lion…
Robert Hospyan
MULAN
(Barry Cook, Tony Bancroft – Etats-Unis – 1998)
La Chine est un
marché au
potentiel phénoménal et cela fait longtemps que
les
Américains l’ont compris. Lorsque Miramax
s’attire les
foudres du gouvernement chinois avec
Kundun, le
biopic du Dalaï Lama de Martin Scorsese, Disney
voit
en
Mulan l’occasion de se racheter. En
appliquant à la culture chinoise sa recette
ancestrale
(choisir un conte ou une légende populaire propre
à un
univers), la firme de Mickey se renouvelle en
sortant
de ses vieilles valeurs occidentales. C’est
toutefois
sans trahir son héritage qu’elle s’empare de
l’histoire de
Mulan: on y retrouve les
thèmes
habituels du courage face à l’adversité, de la
fausse
rébellion face aux traditions, de la persévérance
ou
bien de l’amour triomphant. Rien n’est épargné,
du
bellâtre fadasse mais brave jusqu’aux
inénarrables
sidekicks comiques (ici démultipliés, entre le
dragon
Mushu et les compagnons d’armes maladroits de
Mulan),
sans oublier les animaux mignons qui oeuvrent à
de
minis intrigues parallèles, comme le grillon ou
le
cheval de l’héroïne. Malgré tout, la sauce prend.
L’issue est sans surprise et pourtant, grâce à
une
mise en scène inspirée, des dessins forts réussis
et
la participation hilarante d’Eddie Murphy,
Mulan se tient au-dessus du panier. Certes
sans
aller jusqu’à taquiner les meilleures productions
maison, mais il remplit à merveille son rôle de
divertissement haut de gamme aux teintes
orientales.
Nicolas Plaire
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