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PIER PAOLO PASOLINI


Il aurait eu 80 ans cette année, si le destin ne l'avait pas fauché à coups de poignard un après midi de novembre 1975. Cela fait plus de vingt ans que Pasolini nous manque, et que nous devons nous contenter d'une filmographie certes foisonnante, comportant son lot de chefs d'œuvres, mais si courte finalement en regard du talent exprimé. Ecrivain, poète, cinéaste, photographe, politique, il ne laisse derrière lui que quelques films, et un trou immense dans le cœur de nombreux cinéphiles. Nanni Moretti lui rend hommage, sur sa vespa, dans le premier segment de son Journal intime. Tentons de faire de même en sélectionnant quatre de ses plus beaux films, à l'occasion d'une rétrospective parisienne proposant la quasi intégralité de son oeuvre.


L'EVANGILE SELON SAINT MATTIEU
(Il Vangelo secondo Matteo - Italie - 1964)
Avec Enrique Irazoqui, Margherita Caruso, Mario Socrate.

Le regard lourd et accusateur de Pierre vers Marie, vierge enceinte de l'enfant qui changera la face de l'Humanité, les mots poétiques et prophétiques de l'ange asexué Gabriel. L'Evangile, selon Saint Pier, se traduit avant tout par des regards et des paroles. Les paroles du Christ à ses disciples surtout, les paroles du fils de Dieu, du fils de l'Homme, filmées par un homme qui ne croit pas en Dieu. Pour Pasolini l'athée, Pasolini le poète, au delà de tout miracle - d'ailleurs mis en scène dans des séquences totalement dénuées d'emphase -, Jésus est avant tout un homme qui subit autant qu'il choisit un destin hors du commun, un homme à la rhétorique acerbe, un leader politique de gauche. Un saint dans lequel le poète peut se projeter. Sous l'œil de sa caméra, le Christ devient un charismatique défenseur des pauvres, un partisan de l'égalité, un artisan de la révolution. Ultime pied de nez de ce cinéaste communiste qui découvre une époque et la retranscrit dans une adaptation d'une fidélité absolue malgré un budget réduit. Adaptation dont le point culminant reste bien entendu l'enchaînement de prêches de Jésus sur la montagne, dans lequel la grandeur du personnage et de son double cinéaste et martyr s'abandonne dans sa pleine démesure.

Anthony Sitruk



DES OISEAUX PETITS ET GRANDS
(Uccellacci e uccellini - Italie, 1966)
Avec Totò, Ninetto Davoli, Femi Benussi.

"L'absurde Toto, l'humain Toto, le fou Toto, le doux Toto...". C'est par ces mots en chanté que commence cette fantaisie qui constitue le dixième film du poète marxiste. Emmenée par les compagnons de toujours, Toto et Ninetto, cette parabole adopte un ton différent des films précédents du cinéaste et préfigure déjà, à travers le parcours d'un père et de son fils agacés par les commentaires d'un corbeau, l'humour et l'artificielle légèreté de sa future Trilogie de la vie. L'oiseau bavard est-il celui de la fable? Pas tout à fait, mais son ramage se révèle tout aussi considérable. Car ce corbeau est avant tout un intellectuel de gauche dont la parole se veut bien entendu un écho à l'engagement sociologique du cinéaste. Profondément politique, le film se veut une synthèse d'une discussion entre Mao et M. Edward Snow. "Où va l'Humanité?" demande l'un. "Boh..." répond l'autre. Petit essai théorique, Des Oiseaux petits et grands est également un délice cinématographique, dans lequel le moindre détail a son importance (le nom des rues, les panneaux d'indication), scindé en son milieu par une petite fable politique dans laquelle deux moines tentent de parler aux oiseaux et de les initier à l'amour de Dieu. Las, ils se rendent compte que certaines espèces attaquent les autres, persuadées que leur foi les rend supérieurs. Saint-François d'Assise conclut: "Cette inégalité entre classes, entre nations, n'est-elle pas la plus grave des menaces contre la paix?"

Anthony Sitruk



THÉORÈME
(Teorema - Italie, 1968)
Avec Terence Stamp, Silvana Mangano, Massimo Girotti, Laura Betti.

Dans les années 60, l'acteur britannique Terence Stamp incarnait avec fulgurance ce charme démoniaque, et cette beauté sauvage, qui se lisent encore sur son visage. En le projetant au sein d'une famille riche, ce sont toutes les valeurs désuètes de la bourgeoisie italienne que Pasolini fait volet en éclats. La grâce trouble de cet étranger, émissaire divin, qui fait vaciller tour à tour chaque membre de la famille dans le péché, enrobe de mystère la nature profonde de chaque individu. Il les révèle à eux-mêmes, et les égare d'autant plus. Cette triste famille, enfermée consciemment dans des valeurs religieuses et morales, prend alors conscience de l'essence même de l'existence. L'amour et la passion dévorent leurs corps et leurs cœurs, et les rejette dans une culpabilité profonde dont ils ne peuvent s'absoudre. Ecrasés sous le poids d'une authenticité trop lourde à assumer, ils erreront vers d'autres horizons, sans jamais retrouver le bonheur de cet instant charnel partagé avec cet étrange visiteur. Rien ne viendra égaler ce moment, ni la mort, ni l'art, ni la luxure, ni même la religion. Rien ne se substitue à l'amour fugitif et dévorant. Pasolini livre ici une fable religieuse inclassable, parabole ouverte sur le pouvoir du sexe. Une œuvre jugée baroque, car offerte aux interprétations les plus diverses. Mais à l'image de Terence Stamp jouant l'ange annonciateur de vérités, Théorème annonce déjà les films à venir du cinéaste.

Peter Dourountzis



SALO OU LES 120 JOURNÉES DE SODOME
(Salò o le 120 giornate di Sodoma - Italie, 1975)
Avec Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto Quintavalle, Aldo Valletti.

"Comment pouvais-tu penser que nous voulions te tuer? Ignores-tu que nous voudrions te tuer mille fois, jusqu'aux limites de l'éternité, si l'éternité pouvait avoir des limites?". Initiation à la violence, la plus immonde et la plus humaine qui soit. En transposant les écrits de Sade au printemps 1944, en pleine Italie fasciste, Pasolini offre au film une résonance singulière, essentielle, vitale, et éclaire de ses projecteurs les ombrages les plus terrifiants de ce siècle. Si une image vaut tous les discours du monde, les deux heures de Salo dépassent le quota de cauchemars d'une vie entière. Pasolini, irréprochable, présente une galerie de beaux visages, de jeunes visages, dont les regards meurtris, bafoués, salis, n'avaient encore jamais croisé les nôtres. Si le cinéma ne peut changer tout à fait le monde, il peut néanmoins, preuve en est, le regarder en face. La violence de la fiction nous plonge dans le vertige de l'Histoire, celle qui n'est pas écrite dans les livres, mais dans notre chair. La majesté humaine se fissure au contact de la honte, et laisse s'échapper des vérités barbares. Le fascisme détruit la dualité de l'existence, renvoie les idéaux de bien et mal, qui n'ont jamais existé, en enfer. L'Homme s'y dévoile tel qu'il est, une entité indicible, fusion de sadisme et de bonté. Pasolini révèle une jouissance dans l'horreur, et filme l'horreur de cette jouissance.

Peter Dourountzis






L'EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, LE DVD:

2003 est incontestablement l'année Carlotta films. Outre les magnifiques éditions de la trilogie Paul Morrissey, de Salo ou les 120 journées de Sodome, de La Première folie des Monty Python, etc. l'éditeur se permet en plus de sortir une édition indispensable du chef d'œuvre de Pasolini: L'Evangile selon Saint Matthieu. Passons rapidement sur la présentation splendide du coffret, d'une sobriété exemplaire, ainsi que sur le petit livret proposé contenant quelques très belles photos du film, et attardons nous sur les trois documentaires inédits proposés en bonus.

Les deux premiers, sous la forme d'interviews, sont complémentaires. Pasolini, un religieux sans foi est un entretien de dix minutes avec l'historien du cinéma Hervé Joubert-Laurencin. Revenant sur la position du cinéaste par rapport à l'Eglise, sur sa jeunesse partagée entre la religion et l'athéisme, l'intervenant livre en outre quelques clés sur la mise en scène du film. Contrastant violemment avec la réalisation épurée de ses précédents films, celle de L'Evangile constitue un "magma" (selon l'expression même du cinéaste) dans lequel Pasolini se permet toutes les libertés, les changements de focales, des zooms, les incroyables gros plans…

Pasolini face à l'Eglise est un entretien de quinze minutes avec le prêtre Virgilio Fantuzzy, qui évoque sa rencontre avec le réalisateur italien quelque temps après la sortie du film. Il y parle de la position et de la réception de l'Eglise par rapport au film, de la recherche de capitaux auprès des banques pour financer le film et de l'aide d'une association religieuse. Là aussi, il s'agit d'un document exceptionnel qui ouvre précieusement le film à diverses interprétations.

Enfin, le dernier document (Un Christ à Cadaquès, 22 minutes) est historique puisqu'il s'agit d'une interview d'Enrique Irazoqui, vieux monsieur de plus de soixante ans qui, dans les années 60, interpréta le Christ dans le film de Pasolini. Jeune étudiant anti-franquiste venu rencontrer le cinéaste pour le rallier à sa cause, il se vit persuadé et engagé sur le champs par l'équipe du film qui recherchait un acteur depuis plus de deux ans. Quarante ans plus tard, il évoque son refus initial, puis les méthodes de tournage, l'improvisation, l'accueil du film dans les divers festivals ainsi que dans l'Espagne franquiste, etc.




 
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