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ROBERT GUEDIGUIAN


Idéaliste, naïf, désabusé, pas dupe. La formule journaliste semble aisée et pourtant, difficile de la démentir: Robert Guédiguian ressemble à ce qu'il filme. Utopiste social, communiste de cœur, marxiste du rêve égalitaire davantage que du parti unique et de la dictature prolétarienne, le cinéaste de l'Estaque a fait de son art cinématographique une véritable doctrine. Retour sur une filmographie autophage et bigarrée. Surtout rouge, à vrai dire.


DERNIER ETE

(1980 - 1h30)
Avec Gérard Meylan, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Moreno

Début de carrière, après la participation au scénario du Fernand de René Féret, et déjà film de bande. D'emblée, Guédiguian plante sa caméra à l'Estaque, son petit théâtre mouvant, et fait défiler devant elle des visages appelés à devenir familiers. C'est également la première collaboration avec Frank Le Wita, qui croisera à nouveau sa route pour Rouge Midi, et qui sera surtout à l'origine du projet Le Promeneur du Champ de Mars. Dans la lignée du cinéma-vérité, Guédiguian capte ici une certaine réalité phocéenne avec force détails, personnages plus ou moins secondaires et micro-intrigues plus ou moins nécessaires. A l'arrivée, un premier film certes boiteux, parce que trop lent et souffrant de carences dramatiques gênantes. N'empêche, par ses ruptures de ton, ses aspirations documentaires, Dernier Eté joue un rôle important dans le parcours de Guédiguian: à la fois annonciateur du système à venir (sous-texte politique très clairement lisible, sens du pittoresque, utilisation de la musique populaire...), mais aussi lieu d'une recherche esthétique faisant du pied au néoréalisme, qui n'aura plus vraiment d'exemple par la suite (sauf peut-être, dans un certain sens, avec La Ville est tranquille - qu'on estimera cependant plus volontiers relever du naturalisme).


ROUGE MIDI

(1983 - 1h50)
Avec Gérard Meylan, Ariane Ascaride, Raul Gimenez

Motivé par le bon accueil critique de son premier film (Prix Georges Sadoul 1981 et une sélection aux Perspectives du Cinéma français de Cannes la même année), Guédiguian s'emballe un peu. Ce sera Rouge Midi, une grande saga familiale et historique, aux yeux beaucoup trop gros, quand le ventre financier n'y est pas. Partagé entre "pagnolades" boulistes et appétences naturalistes, le film échoue à véritablement enserrer son spectateur dans sa toile généalogique. En effet, misant trop sur un montage pourtant fort relâché, Guédiguian se refuse à donner des repères chronologiques clairs et perd l'attention en chemin. Dommage, car lorsque celle-ci se raccroche tant bien que mal à des détails vestimentaires ou à l'évolution des niveaux de grisaille capillaire, elle perçoit par bribes la belle ambition du cinéaste: couvrir, sur quatre générations, cinquante-cinq ans d'histoire ouvrière, d'utopies déçues, de migrations douloureuses (le film s'ouvre, sans concession, sur une famille arménienne fraîchement débarquée à l'Estaque, et jamais sous-titrée) et de turpitudes amoureuses et filiales. Trop gourmand, Guédiguian frôle donc l'indigestion mais assume toutefois cette boulimie jusqu'au bout, sans jamais rien céder au confort sur les presque deux heures que durent le film. Un choix radical, qui ne lui amènera évidemment pas la reconnaissance populaire, mais lui assurera une seconde sélection aux Perspectives du cinéma français de Cannes, en 1984 cette fois.


KI LO SA?

(1985 - 1h30 - Inédit)
Avec Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin

Plantage commercial absolu, jamais vraiment sorti en salles, Ki Lo Sa? occupe une place à part dans la filmographie de Robert Guédiguian. Fable hors du temps aux audacieuses ambitions formelles, évoquant par instants la geste rohmerienne période Pauline à la plage, Ki Lo Sa? est un film malaisé qui mérite néanmoins réhabilitation. Pas du tout soporifique comme on eut pu le craindre, le métrage marque davantage le pas de cette grisante période que furent les débuts trop impatients du cinéaste. Comparable, par ses allures d'étape dans la continuité d'une œuvre, sa quiétude et la richesse de ses dialogues, à ce morceau de sagesse posée qu'est Le Promeneur du Champ de Mars, le film promène ses personnages à l'hypnotique langueur ensoleillée en un domaine fantasmatique, cerné par une étrange ronde d'enfants. Esthétiquement abouti, d'une placidité réfléchie, Ki Lo Sa? donne la part belle à une troupe d'acteurs éblouissante de justesse, et offre notamment au jeune Darroussin l'un de ses plus beaux rôles. Si Guédiguian s'égare un peu, parfois, en laissant ses personnages s'échapper de son agreste citadelle hors du monde, il n'en signe pas moins là l'une de ses œuvres les plus fascinantes et, surtout, les plus cryptées. On s'avancera peut-être un peu en supposant que c'est de cette difficulté d'accès que naîtra par la suite cette fameuse propension à un trop grand didactisme qui lui sera souvent reproché. N'empêche que l'hypothèse se tient.


DIEU VOMIT LES TIEDES

(1990 - 1h40)
Avec Ariane Ascaride, Pierre Banderet, Jean-Pierre Darroussin

Outre un titre génial, Guédiguian tient avec Dieu vomit les tièdes l'occasion de se relever de l'échec de Ki Lo Sa?. Ce dernier, trop crypté, n'avait pas su trouver son public? Qu'à cela ne tienne, Guédiguian en signe un remake officieux, et dont l'abord se veut beaucoup plus évident. Les quatre larrons du précédent opus changent donc de nom, mais c'est la même chanson, en décodé: "Nous, fils de pauvres, jurons de nous battre jusqu'à la mort et quoiqu'il arrive, pour que vienne un jour où tout le monde sera riche, sans être capitaliste. Si l'un de nous trahissait ce serment, les autres ne lui parleraient jamais plus..." Limpide déclaration, acte fondateur de la doctrine de cinéma Guédiguian, affirmation politique et solidaire jamais détrompée et, bien sûr, source d'agacement extrême pour qui confond pédagogie frondeuse et démagogie populiste. La critique suit en tout cas, captivée par la structure de drame antique (voir le sublime final sur Pergolese), le témoignage social et la juste prise de température d'une époque. C'est sur la voie de ce film, qui confirme la validité des corps de cinéma d'Ascaride, Meylan, Banderet et Darroussin, que les œuvres suivantes de Guédiguian creuseront leur sillon.


L'ARGENT FAIT LE BONHEUR

(1993 - 1h30 - Télévision)
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Pierre Banderet

Brouillon télévisuel et ludique au majestueux Mon père est ingénieur, L'Argent fait le bonheur est un représentant emblématique de la fameuse doctrine Guédiguian. Fable sociale maligne, nourrie à la pédagogie politique et la morale immoralité solidaire ("Ne soyons pas mendiants. Soyons voleurs!", c'est le slogan, façon Livrozet light, du film), le cinquième film de Guédiguian est également le plus ouvertement populaire - chose jamais péjorative chez le cinéaste - et par-là même le plus accessible. Partant d'une idée assez génialement limpide (deux bandes rivales décident de séparer physiquement la cité par une épaisse ligne de peinture), Guédiguian et son co-scénariste Jean-Louis Milesi brodent, onze ans avant de remettre ça avec Mon père est ingénieur, un conte humaniste où s'entremêlent allégrement valeurs chrétiennes et utopies communistes. Ascaride y campe avec dynamisme une sorte d'ancêtre, pas encore vaincue par la déception, à la Natacha de 2004; Darroussin endosse la défroque d'un prête-dealer de HLM, cueillant des bouquets de seringues usagées à même le sol; et des mômes en guenilles défilent en chantant l'Ancien Combattant de Zao. Quant à la morale? Aussi inattendue et audacieuse à entendre sur le petit écran que le titre est politiquement incorrect, c'est au curé qu'on la doit: "Je voudrais détourner les fourgons blindés bourrés de fric et venir déverser toute cette oseille ici". Tout est dit. Commandé par Antenne 2, le film n'y sera jamais diffusé. Il faudra attendre qu'Arte le rachète pour le sortir de l'ombre. Suite logique: le film sort en salles et fait son petit bonhomme de chemin par les festivals (Montréal, Namur, Montpellier et Prix Michel Kûhn aux Rencontres Européennes de Reims).


A LA VIE, A LA MORT

(1995 - 1h40)
Avec Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jacques Boudet

Faux débat: quel est le film le plus sombre de Robert Guédiguian? La Ville est tranquille répondront les uns. Ki Lo Sa?, assurément, lanceront les connaisseurs. Quelques originaux, enfin, tenteront un timide A la vie, à la mort - ponctuant même leur intervention d'un "Hélas!" de rigueur. Et pour cause: à force de se faire le peintre de la misère du monde, Guédiguian finit un jour par trop charger la mule, qui ploie sous le surpoids. Soient des galériens des faubourgs phocéens, inexorablement voués à une interminable descente aux enfers, se serrant néanmoins tant bien que mal les coudes dans l'adversité. La misère suinte ici à tous les étages: économique, bien sûr, humaine, sans doute, mais également, et c'est alors assez neuf chez Guédiguian (Ki Lo Sa? mis à part), sexuelle. Tant et si bien que l'empathie menace régulièrement de virer au pathos et le portrait d'une société en crise, à la caricature trop facile. De doctrine, la formule Guédiguian est au bord de basculer dans l'endoctrinement grossier et, si l'on évite la foirade totale, c'est avant tout par la grâce du petit théâtre, dont la familiarité sauve les meubles. D'autant qu'Ascaride, Meylan et les autres voient leur petit monde complété par l'excellent Jacques Gamblin, formidable de justesse et de talent, au point d'en éclipser presque les habituels de l'Estaque. Le beau geste sacrificiel ultime de son personnage finit d'ailleurs de faire de lui le seul véritable éclat d'un film par trop balourd. Malgré tout, le film fonctionne, trouve son public sur la longueur, via un bouche-à-oreille positif (le récent documentaire J'aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma, par la bouche du responsable du réseau de cinémas indépendants Utopia, nous en touche d'ailleurs un mot) et annonce en quelque sorte la déferlante Marius et Jeanette.


MARIUS ET JEANNETTE

(1997 - 1h42)
Avec Gérard Meylan, Ariane Ascaride, Pascale Roberts

Secret pour personne, la success story Marius et Jeannette est certainement la plus belle chose qui pouvait arriver au cinéma de Robert Guédiguian. En effet, si la reconnaissance publique de l'auteur va grandissante depuis Dieu vomit les tièdes, un tel élan populaire, véritablement inattendu, malgré les signes annonciateurs d'A la vie, à la mort, offre une visibilité optimale, rêvée, à Guédiguian, pour exposer sa doctrine. On se réjouira, d'ailleurs, que la réussite (complète, puisque le film connaîtra aussi les joies d'une sélection à Cannes, dans la section Un Certain Regard) arrive avec ce film et non le précédent. Autrement plus subtil qu'en 1995, Guédiguian sort de l'impasse misérabiliste dans laquelle semblait l'avoir amené A la vie, à la mort et se paie, comme en 1985 et avant 2003, le luxe d'un film-bilan. De ce retour sur lui-même, Guédiguian semble tirer un constat, sans doute déjà formulé, mais jamais aussi clairement: ce ne sont pas les personnages de ses films qui changent, mais bien les lieux en lesquels ils évoluent. Pour preuve: si Meylan et Ascaride sont pareils à eux-mêmes, ou presque, depuis dix-sept ans, l'Estaque semble toujours autre. Marius et Jeannette sera donc l'occasion de faire le point. Coïncidence (double, si l'on prend le futur Promeneur du Champ de Mars en compte), la France aussi en est là: les deux septennats de François Mitterrand ont pris fin deux ans auparavant et l'homme de Jarnac est mort l'année précédente. Les promesses d'antan se réévaluent donc à l'échelle du présent; on fait le tri. Marius et Jeannette choisit le camp d'un optimisme raisonnable - solidaire mais avisé. C'est aussi la première vraie, belle et touchante histoire d'amour du cinéma de Guédiguian depuis Ki Lo Sa?, domaine en lequel le cinéaste se révèle sensible et juste.


A LA PLACE DU CŒUR

(1998 - 1h53)
Avec Ariane Ascaride, Christine Brucher, Jean-Pierre Darroussin

De façon assez inattendue, peut-être dépassé par l'ampleur du phénomène, Guédiguian ne parvient pas à rebondir immédiatement sur le succès de Marius et Jeanette. A la place du cœur est le film de cette incertitude. Pas complètement loupé, non; seulement maladroit, comme mal contrôlé. Beaucoup trop long, d'abord et surtout: pour y faire tenir cette jolie petite fable prônant la tolérance inspirée d'un roman de James Baldwin, l'heure et demie eut été bien suffisante. Le scénario, ensuite: si l'on excepte une étonnante escapade bosniaque, l'histoire endosse parfois des lourdeurs programmatiques de téléfilm, là où, pourtant, l'on sait l'audace dont Guédiguian est justement capable en matière de petite lucarne (L'Argent fait le bonheur). Le casting, enfin: si la bande à Robert est, comme toujours, impeccable (notamment Ascaride, dont l'équipée solo en Bosnie tire le film par le haut), les petits nouveaux Alexandre Ogou et Laure Raoust, pas assez costauds face à l'importance de leurs rôles, ne tiennent que modestement la route. Tout n'est pourtant pas à jeter dans cette bluette, certes mineure, mais pas honteuse pour autant. En premier lieu, un intérêt réaffirmé en une dimension romantique du drame, le sentiment noble vaillant seul la peine de prendre tous les risques - même la lutte des classes passe après. Puis, la bonne tenue esthétique de l'ensemble, ainsi qu'une jolie scène de bichromie nue, permettent de faire passer la pilule, et ce malgré la relative hostilité de la presse. L'échec public est en tout cas cinglant.


A L'ATTAQUE!

(1999 - 1h30)
Avec Ariane Ascaride, Jacques Boudet, Christine Brucher

Pas du tout dupe des reproches régulièrement faits à l'encontre de son cinéma, mal remis des critiques cinglantes adressées à son A la place du cœur, Guédiguian décide d'en faire à sa tête, au risque de se mettre la presse à dos. A l'Attaque! mettra donc en scène deux scénaristes en panne d'idées, impeccablement incarnés par le duo Denis Podalydès-Jacques Pieiller (ce dernier, habituellement relégué aux seconds rôles impressionnants, y déploie tout son art et marque durablement la rétine de sa silhouette anguleuse - hélas trop rare sur nos écrans), tentant de mettre en place une fable sociale... à la Guédiguian! Noyés sous les poncifs et malgré leur bonne volonté, les compères jongleront entre le politiquement trop correct, le populisme, le vulgos et la page blanche. Moralité: pas facile de manier le drame social - il n'y a pas de recette et ceux qui croient le contraire n'ont qu'à s'y essayer. Evidemment, qui se sent visé (le trio Libé-Cahiers-Télérama en tête) prend la mouche: "Jusque-là, le cinéma de Robert Guédiguian semblait en construction; sa réussite, parfois attachante, paraissait fragile. Rien n'autorisait [...] son auteur à se croire parvenu à une telle maîtrise de son art qu'il devenait urgent de le déconstruire", écrira, non sans une certaine suffisance d'outragé, Jean-Marc Lalanne dans Libération. Plus inattendu, la défense de Guédiguian viendra en revanche de l'aile plus branchée Chronic'Art/Inrockuptibles, jusqu'ici assez éloignée de la doctrine de cinéma Guédiguian. Le public, quant à lui, amusé par le mélange de conte humain façon Marius et Jeanette, de comédie musicale et de comédie tout court, ne boudera pas son plaisir.


LA VILLE EST TRANQUILLE

(2000 - 2h13)
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Pierre Banderet

Après l'escapade ludico-vacharde l'Attaque!, Guédiguian achève de claquer définitivement le museau à ses détracteurs. La Ville est tranquille est la perle sombre qui irradie d'anthracite la filmographie d'un cinéaste mûr. Sec, naturaliste, effrayant de pertinence et de perspicacité sociale, le film résonne comme un coup de fusil au cœur de la nuit. Extrémiste et brûlant, La Ville est tranquille dérange, secoue et s'impose comme l'absolue antithèse d'A la place du cœur. A la gentille banalité de Laure Raoust succède la fougue radicale d'une Julie-Marie Parmentier littéralement habitée par son rôle de junkie pathétique. A la prévisibilité d'un scénario pétri de bons sentiments, répond la violence sans détour d'une France rance peu éloignée de celle du Carne de Gaspar Noé. Et à la mollesse d'une oeuvrette trop longue s'opposent deux heures treize remplies jusqu'à la gueule, viscérales et presque trop courtes. Surprise, encore, la presse, largement emballée, retourne étonnamment sa veste: ce sont cette fois-ci Chronic'Art et Repérages qui grincent des dents, pour les mêmes raisons que les détracteurs du précédent! On y perdrait son latin, si l'on n'était habitué aux revirements de la critique... Le public, quant à lui, grisé ou fâché d'être désorienté, continue pourtant de suivre.


MARIE-JO ET SES DEUX AMOURS

(2001 - 2h04)
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan

A nouveau en odeur de sainteté, Robert Guédiguian en revient à un thème, cher à ses yeux, mais jamais simple à manier: l'amour. Et se prend à oser les grands mots: la passion, la romance, la femme. La Femme Ascaride en l'occurrence, qu'il connaît mieux que tout autre cinéaste, pour l'avoir toujours filmée, en tous lieux, toutes situations, sous tous angles. Une Jeannette avec et sans Marius, aussi avec un autre, qui a ses envies, ses rêves, ses béguins, ses doutes, sa sexualité. Certainement son film le plus éloigné du champ politique, Marie-Jo et ses deux amours donne l'occasion à Guédiguian de s'essayer à l'intime, au risque, pris en toute connaissance de cause, du fleur bleue. Le film y marche un peu, beaucoup, à la folie, s'en contrefiche, et fait de sa belle simplicité le riche combustible d'un rugissant moteur dramatique. Aussi splendidement solennel que celui de Dieu vomit les tièdes, l'aqueux final achève de faire de Marie-Jo... l'un des films les plus personnels - et les plus aimables - d'une filmographie sans cesse renouvelée. Les éminences de Cannes 2002 ne s'y trompent pas, qui le hissent en sélection officielle.


MON PERE EST INGENIEUR

(2003 - 1h48)
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan

Après La ville est tranquille, mais sur un mode divergent et moins unanime, Mon père est ingénieur est très certainement le deuxième chef-d'œuvre de Robert Guédiguian. Synthèse miraculeuse des obsessions de l'auteur, syncrétisme ultime de cette fameuse doctrine de cinéma, le film en impose d'humilité, de simplicité, d'évidence et de beauté. Dernière étape avant la passagère fugue hors l'Estaque du Promeneur du Champ de Mars, le métrage divise, questionne, dérange, éblouit, mais jamais ne laisse indifférent. C'est déjà l'essentiel.


LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS

(2004 - 1h57)
Avec Michel Bouquet, Jalil Lespert, Philippe Fretun

Chose promise (par Mon père est ingénieur), chose due: Guédiguian quitte l'Estaque, le temps d'un biopic de luxe, autour d'un mythe politique que l'on nommera, faute de mieux, Mitterrand. C'est en fait Michel Bouquet, monstre sacré, qui dévore l'écran à pleines dents (un "J'ai faim!" trépignant ayant valeur de note d'intention du film). Le film a ses détracteurs, qui le jugent amidonné et bavard, mais aussi ses supporters fervents, au rang desquels, surprise, l'on trouve Louis Skorecki. L'iconoclaste critique de Libération y va en effet de ses louanges, voyant en Le Promeneur du Champ de Mars "le dernier film classique américain" (sic!) et même "le film le plus important de ces dix dernières années", "à mi-chemin de La Dernière Fanfare (Ford), dont c'est le remake détourné, et de La Bête humaine (Renoir), dont il a le naturalisme possédé." Rien que ça. "Faut avoir un sacré inconscient et un sacré talent pour oser ça."


ON ARRÊTE OU ON CONTINUE?

Alors que son beau Voyage en Arménie (l'occasion de revenir sur un champ juste caressé par l'inégale fresque Rouge Midi) arrive tout juste en salles, on ne sait pas où Guédiguian posera, à l'avenir, sa caméra. Un retour à l'Estaque paraît certes envisageable, même si complexe à mettre en œuvre, à moins de risquer de briser la fascinante cohérence qu'une filmographie allant crescendo. On en profitera donc pour appeler de nos vœux — qui valent ce qu'ils valent — la reprise d'un projet avorté: Paroles d'Evangile. Résumé sous la plume d'Eric Derobert de la revue Positif: "De la nostalgie, on eut sauté à la science-fiction d'un village livré à la loi de la jungle, dans un contexte consécutif à quelque catastrophe de nature non précisée. Les quatre acteurs fétiches de Robert Guédiguian n'eurent plus fait bloc; ils auraient vu leurs personnages éparpillés aux quatre coins du film, dans des rapports de force où chacun eut joué sa peau en fonction de ses capacités à la violence, au commerce et au pouvoir — sous l'œil désapprobateur d'un vieux marginal accroché à une foi incertaine". Ainsi présenté, on imagine un Temps du loup (Haneke) mâtiné des valeurs chères à l'auteur — une Ville est tranquille d'anticipation, en quelque sorte. Et, de fait, on ne demande, sincèrement, qu'à voir.

Guillaume Massart







 
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