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LES COMÉDIES ET PROVERBES D'ÉRIC ROHMER


Oeuvre essentielle ressortie dans un beau coffret chez Opening, les Comédies et Proverbes présentent un panorama presque complet du talent polymorphe d'Eric Rohmer. Tour à tour troubles, comiques, froids, émouvants, sensuels, pudiques, ces six films, qui fonctionnent au premier degré comme au vingtième, représentent un plaisir de spectateur incommensurable d'une fraîcheur inégalée depuis dans le cinéma français. Eric Rohmer, sous les apparences de petits comédies modestes, assène quelques vérités profondes sur les affres de notre société, et livre un discours prodigieux et complet sur les choses de l'amour. Ce coffret, qui contient en outre des interviews rares de l'auteur, devient ainsi un achat indispensable pour un produit unique.


LA FEMME DE L'AVIATEUR
"On ne saurait penser à rien".
(France - 1981)
Avec Philippe Marlaud, Marie Rivière

Eric Rohmer revient aux préceptes fondateurs et économiques de la Nouvelle Vague, après divers échecs aussi malheureux qu'ambitieux - notamment celui de son magnifique Perceval le Galois, dans lequel il inventait une imagerie poétique aux chansons de troubadours. Sujet minimaliste, éclairages et décors naturels, équipe réduite et mobile, caméra souvent portée à l'épaule, et surtout budget calculé en fonctions des recettes que le film est susceptible d'engranger. Malgré l'humour persistant et ironique du cinéaste, le style se fait plus âpre, acide, et le regard porté sur les personnages renvoie parfois à celui porté sur la jeune collectionneuse du film éponyme. Badinage, voire marivaudage... Le cinéaste montre surtout les aléas de l'amour dans un monde moderne, qui laisse bien peu de place aux amoureux. La Femme de l'aviateur est par ailleurs le premier chapitre d'une nouvelle série de six films: les Comédies et proverbes. Une date pour un film artistiquement mineur (fort loin de la réussite de Pauline à la plage, par exemple) mais qui permit au cinéaste de se remettre commercialement en selle. Il n'a depuis plus jamais été désavoué par son public reconquis de fidèles.

Anthony Sitruk



LE BEAU MARIAGE
"Quel esprit ne bat la campagne, qui ne fait château en Espagne".
(France - 1982)
Avec Béatrice Romand, André Dussollier, Arielle Dombasle.

Le deuxième épisode des Comédies et proverbes se présente comme le plus anodin, peut-être même le moins réussi. Une longue promenade à travers les sentiments et contradictions d'une jeune femme insupportable (Béatrice Romand étant sans doute la plus irritante des héroïnes rohmériennes) qui désire absolument se marier afin d'intégrer un monde qui n'est pas le sien. A travers son destin, c'est la confrontation de deux classes que décrit Rohmer. Monde ouvrier contre haute bourgeoisie. Sabine ne veut pas se marier avec l'homme qu'elle aime, elle veut simplement adopter les coutumes de sa cousine, faire un "beau mariage" et épouser un homme "beau, jeune, riche... et libre". Une parenthèse probablement moins intéressante dans l'œuvre de Rohmer, mais non dénuée de charme, et qui remporta à Venise le prix d'interprétation féminine.

Anthony Sitruk



PAULINE A LA PLAGE
"Qui trop parloit, il se mesfait".
(France - 1983)
Avec Amanda Langlet, Arielle Dombasle, Pascal Greggory.

Ours d'or à Berlin, cet opus est sans aucun doute le meilleur des six comédies et proverbes entamées avec La Femme de l'aviateur. Alors qu'il se présente sous la forme d'un long chassé-croisé entre les différents personnages adultes (Pierre veut coucher avec Marion, qui couche avec Henry, qui couche avec Rosette...), le film est en réalité, comme peut l'indiquer son titre, un roman d'apprentissage pour la jeune Pauline, observatrice, tentatrice, puis actrice. D'abord extérieure dans les premières discussions amoureuses, elle écoute, puis intègre le champ, vampirisant l'histoire, laissant tournoyer les adultes autour d'elle. Pauline à la plage se veut avant tout un portrait du monde adulte, avec ce que cela comporte de mensonges et d'hypocrisie, dans lequel les protagonistes sont passés au crible par une caméra qui les fixe, ne les quitte pas, alors qu'ils sont assaillis de questions. Pour la première fois dans cette série, Rohmer joue véritablement sur le hors champ, source des doutes et des remises en questions. Mis à l'épreuve par de véritables interrogatoires, les personnages ne peuvent se dépêtrer d'un jeu qui finit par les dépasser, un jeu dans lequel on s'écoute beaucoup parler, et que seule la jeune fille, avec sa fausse naïveté, saura percer. Le monde des adultes est cruel. C'est la véritable leçon que Pauline pourra retenir de ses vacances en bord de plage.

Anthony Sitruk



LES NUITS DE LA PLEINE LUNE
"Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd la raison".
(France - 1984)
Avec Pascale Ogier, Tcheky Karyo, Fabrice Luchini.

Les Nuits de la pleine lune, c'est avant tout le film de Pascale Ogier, celui grâce auquel l'Histoire du cinéma se souviendra d'elle. Décédée à 26 ans des suites d'une attaque cérébrale, quelques mois seulement après avoir interprété le rôle de Louise, elle laisse un vide dans un cinéma d'auteur différent, exigeant, mais parfois ludique, et qui peut sans doute laisser par ses partis pris radicaux le spectateur sur le bas côté. Et radical, ce film l'est. Sans doute plus que tous les autres segments de la série. Interprétation décalée, mise en scène froide, histoire inconfortable (l'amour qui est une fois de plus discuté devient ici un instrument de bataille, et non plus d'apprentissage), personnages irritants... Le film s'accepte ou se rejette intégralement, pleinement. C'est sans doute, mis à part ses fantaisies historiques, le film le plus abrupte, le plus opaque de Rohmer. Ce qui ne l'a pas empêché de rencontrer son public et de recevoir pour son actrice le prix d'interprétation féminine au Festival de Venise. Il s'agit, quoiqu'il en soit, d'une œuvre troublante qui s'impose comme un contrepoint nécessaire à la bonne humeur générale du reste de la série.

Anthony Sitruk



LE RAYON VERT
"Ah! Que le temps vienne où les coeurs s'éprennent".
(France - 1986)
Avec Marie Rivière, Vincent Gauthier, Rosette.

Lion d'or à la Mostra de Venise 1986, Le Rayon Vert d'Eric Rohmer est surtout connu pour avoir été le premier long-métrage à être diffusé sur Canal+ avant son exploitation en salles, créant un mini scandale dans le milieu du cinéma français. Une affaire qui a occulté le joli succès public rencontré par le film, l'un des plus attachants de son auteur. Le cinéaste nancéen met en scène Delphine, jeune fille indécise et solitaire qui rêve du prince charmant sans oser aborder le moindre garçon. L'été arrive et la parisienne se doit de quitter la capitale pour vivre le grand amour qui lui est promis. D'échecs sentimentaux en volte-face du destin, elle erre de ville en ville, de plage en plage, sans connaître le doux frisson de la séduction. Egalement co-scénariste du film, Marie Rivière est magnifique dans le rôle principal, petit bout de femme exigeante et donc, forcément malheureuse. Loin de la préciosité agaçante de son cinéma, Eric Rohmer signait ici une oeuvre plein de pudeur et de poésie qui n'a rien perdu de sa modernité.

Yannick Vély


L'AMI DE MON AMIE
"Les amis de mes amis sont mes amis".
(France - 1987)
Avec Emmanuelle Chaulet, Sophie Renoir, Anne-Laure Meury.

Quiconque considère Rohmer comme un metteur en scène modeste et rudimentaire se doit de voir cette petite fable, dans laquelle le décor d'une ville nouvelle, superbement cadrée et photographiée, correspond à l'artificialité des sentiments. Sentiments variables et incertains, pour lesquels les personnages ont une légère incompréhension, dans un film qui témoigne d'une véritable liberté narrative. On y change d'amant comme de chemise, sans véritablement s'occuper des états d'âme de sa meilleure amie. Est-ce véritablement de l'amour? Cela a finalement peu d'importance, mais Rohmer prend malgré tout un malin plaisir à souligner l'errance des personnages, dans un film un rien trop bavard mais au final tellement délicat et plaisant. Une œuvre mineure, discrète en regard des réussites que constituent Pauline à la plage et Le Rayon vert, mais un joli portrait magnifié par un sens certain du décor. Rohmer n'a depuis jamais véritablement retrouvé la grâce et la légèreté qu'il avait dans la mise en scène de ce film - sauf sans doute dans le joliment éclairé Conte d'été.

Anthony Sitruk




 
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