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RIDLEY SCOTT


Il a débuté sa carrière par trois classiques instantanés : Les Duellistes, Alien et Blade Runner. A poursuivi avec un joli conte un rien naïf (Legend), deux films policiers oubliables mais visuellement splendides (Traquée, Black Rain). Il a été considéré comme un has been avec 1492, Lame de fond et GI Jane. Puis est revenu sur le devant de la scène avec Gladiator et La Chute du Faucon noir. Ambigu et touche-à-tout, Ridley Scott est avant tout un cinéaste au talent visuel hallucinant, dessinant peu à peu dans son œuvre quelques thématiques récurrentes. Filmographie complète.


1 - LES DUELLISTES
2 - ALIEN
3 - BLADE RUNNER
4 - LEGEND
5 - TRAQUEE
6 - BLACK RAIN
7 - THELMA ET LOUISE
8 - 1492
9 - LAME DE FOND
10 - A ARMES EGALES
11 - GLADIATOR
12 - HANNIBAL
13 - LA CHUTE DU FAUCON NOIR


LES DUELLISTES
(Ridley Scott - GB - 1977)
Avec Keith Carradine, Harvey Keitel, Albert Finney

Pendant les campagnes napoléoniennes, deux officiers de la Grande Armée (Harvey Keitel et Keith Carradine) se battent en duel pour préserver leur honneur. Cet affrontement va durer prés de quinze ans. Pour son premier film, dont le scénario est tiré d'une nouvelle de Joseph Conrad, Ridley Scott cite le Barry Lyndon de Stanley Kubrick. Ainsi, le jeune réalisateur anglais nous offre une œuvre à la plastique parfaite, visuellement proche des grands tableaux de l'époque, entièrement tournée en décors naturels (notamment en Dordogne). Une imagerie pleinement académique et revendiquée, avec ces scènes au coin du feu sorties d'une peinture de De La Tour, ces chevaux courant dans la brume du petit matin, ces océans de pétales, ces ruines mangées par la végétation... Ridley Scott, tel un démiurge, s'amuse ainsi à recréer la nature comme il le fera plus tard pour Legend. Par sa mise en scène et son sens de l'esthétique, il parvient à nous faire oublier la minceur de l'intrigue. La petite histoire l'emporte sur la grande, la guerre napoléonienne n'apparaît en effet qu'en toile de fond, le récit étant centré sur le conflit absurde de ces deux samouraïs napoléoniens. Malgré des critiques lui reprochant une certaine vacuité, Les Duellistes sera récompensé au Festival de Cannes de 1977, lançant ainsi la carrière de Ridley Scott.

Ghislain Vigouroux



ALIEN
(Ridley Scott, USA, 1979)
Avec Sigourney Weaver, Tom Skerritt, John Hurt.

Alien ou comment révolutionner un précepte de base totalement stupide? Censé être une variation de Jaws dans l'espace, le film, écrit par Dan O'Bannon, un ancien camarade de fac de John Carpenter, est devenu une pierre angulaire du cinéma d'angoisse. Responsable par la suite de dizaines de variations plus ou moins réussies (dont Pitch Black demeure la plus belle réussite à ce jour), le premier Alien se distingue par son économie de moyens au service de l'indicible et sourde peur de l'Etranger. L'homme devient le gibier d'un animal impitoyable qu'il a lui-même enfanté. Chargée de symboles sexuels, la créature imaginée dans les cauchemars du Suisse H.R. Giger est le croisement biomécanique d'un arthropode arachnéen et des instincts de grands prédateurs. Adoptant un cycle de vie parasitaire, l'Alien imago va se faufiler dans les entrailles d'une technologie déliquescente et obsolète, qui finira par refermer son piège sur des humains traqués (qui croient la dominer tout autant que la nature). Le tout est chapoté par une Mère démiurge qui possède une façon bien particulière de s'occuper de ses ouailles. Ridley Scott réinvente les codes de l'angoisse et de l'horreur, profite de la maigreur de son budget pour accroître les zones d'ombres menaçantes et finit par un épilogue sombre et désespéré. Suivront trois suites toutes aussi excellentes et possédant chacune leur identité propre. Alien ou le cauchemar du cinéphile.

Nicolas Plaire



BLADE RUNNER
(Ridley Scott, USA, 1982)
Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young.

Une pupille dilatée où se reflètent les flammes d'une ville éclairée par les néons. Une pyramide de verre et d'acier qui se dresse devant un aéronef. Une caméra virevoltante qui pénètre à l'intérieur de cette nouvelle tour de Babel. Un interrogatoire. Les questions se succèdent avec fièvre... Ainsi s'ouvre Blade Runner, premier film cyberpunk de l'Histoire du cinéma. Après avoir inventé le thriller horrifique spatial avec Alien, le 8e passager, Ridley Scott s'empare du récit d'anticipation, en adaptant un court roman de Philip K. Dick, Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, parabole fantaisiste sur l'avenir de l'humanité confrontée à un problème d'identité ironique. Blade Runner mêle astucieusement éléments des polars d'antan - un flic désabusé dépassé par les événements et amoureux d'une femme fatale - et esthétique futuriste saisissante. L'inspecteur Deckard traque des "répliquants", robots programmés pour éprouver des sentiments et en vient à douter de sa propre condition humaine. Plastiquement sublime, Blade Runner, foudroyant de pessimisme, mérite amplement son statut de film culte et reste à ce jour le meilleur film de Ridley Scott.

Yannick Vély



LEGEND
(Ridley Scott, USA, 1985)
Avec Tom Cruise, Mia Sara, Tim Curry.

Lumière filtrée au travers de grands arbres, pétales en apesanteur portés par la fraîche brise, eau claire ruisselant sur la mousse verte, petite maison perdue au milieu de la forêt d'où s'échappe une merveilleuse odeur de gâteau, tout juste sorti du four; la légende s'ouvre sur un monde enchanteur où règne beauté et harmonie. Mais l'équilibre d'un tel univers est toujours instable. Le seigneur des ténèbres (Tim Curry méconnaissable, incarnation parfaite d'un Satan survitaminé), guète du fond de son antre le jour où l'innocence célébrera sa propre mort, où "le soleil se couchera pour toujours". Forces du mal, quête initiatique, chevalier d'occasion (Tom Cruise, jeune éphèbe des bois à l'esprit libre), princesse en robe blanche (Mia Sara, jeune fleur innocente par qui le désordre arrive), communauté hétéroclite, êtres magiques, musiques féeriques, tous les thèmes fondateurs de l'heroic fantasy sont ici rassemblés. S'appuyant sur un casting de choix, une esthétique fouillée en totale adéquation avec le genre traité et des dialogues d'inspiration poétique, Ridley Scott confirme avec ce cinquième film sa grande capacité à créer des univers uniques.

Julie Anterrieu


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