TRAQUEE
(Ridley Scott, USA, 1987)
Avec Tom Berenger, Mimi Rogers, Lorraine Bracco.
Bodyguard avant l'heure,
Traquée est un polar vieilli par les coiffures de Mimi Rogers et Lorraine
Bracco, le sourire autrefois attendrissant de Berenger, et les costumes aujourd'hui bien ringards de ces petits
bourgeois 80's habités d'un balai dans le fessier. Un ensemble bien kitsch pour un film policier jadis efficace.
Comme les choses ont bien changé. Les coiffures de nos actrices actuelles sont plus subtiles que la coupe choucroute
de Mimi, et Tom Berenger enchaîne les navets d'action, accumulant au passage cernes et cicatrices sous le regard.
Les deux comédiens, quand on s'en souvient encore, ne font plus fantasmer personne, et la triste alchimie de
Traquée s'est estompée avec le temps. Si le film avait été une perle scénaristique, peut-être qu'il en
émergerait une aura particulière, mais ce n'est pas le cas. Le pitch taille dans le gras de la série télé: une
femme est témoin d'un meurtre, et se voit attribué un garde du corps séduisant, mais marié... Tout à chacun peut
déjà visualiser le film sans se tromper. Reste pourtant une interprétation honorable de l'ensemble du casting, un
découpage envoûtant de maître Scott, et une photo sublime, rappelant les ombrages de la Tyrell Corporation de
Blade Runner.
Peter Dourountzis
BLACK RAIN
(Ridley Scott, USA, 1989)
Avec Michael Douglas, Andy Garcia, Yusaku Matsuda.
Pluie noire de New York à Osaka. Ridley Scott continue d'explorer les genres, les ambiances, les sensations.
Polar sombre outre Pacifique, il place ici son récit dans le milieu de la mafia japonaise et de ses règles
inébranlables. Un nouveau monde, des hommes exilés dans un univers qu'ils doivent apprivoiser, le tout ressemblant
à s'y méprendre à un
Blade Runner conjugué au présent, la patte du cinéaste bien visible. Se laissant
imprégner par la noirceur qui les entoure, les personnages ne cessent de lutter, transformant ce qui n'est au départ
que le sens du devoir en vendetta personnelle. Des heures à attendre sous la pluie, se scrutant, apprenant à se
connaître, le film est construit comme une incessante partie de cache-cache entre Michael Douglas et les yakuzas qui
lui font face. Reconnu principalement pour son travail sonore (première collaboration musicale entre Scott et le plus
que talentueux Hans Zimmer: ce qui lui vaudra une nomination à l'Oscar) et son casting de luxe parfaitement adapté,
Black Rain se place néanmoins comme une œuvre mineure dans la carrière du réalisateur. On lui reproche bien
souvent son manque de réalisme, son sujet un peu trop convenu et quelques déceptions scénaristiques, comme la mort
prématurée de l'un des deux héros. Semi échec critique à l'arrivée, mais surtout échec public.
Julie Anterrieu
THELMA ET LOUISE
(Ridley Scott, USA, 1991)
Avec Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel.
Plus qu'un road movie à travers les USA,
Thelma & Louise est un voyage vers la liberté. D'une simple envie
de prendre l'air dans les montagnes, la petite escapade se transforme en désir de briser les chaînes qui les
retiennent. Se libérer d'un lourd passé que Louise ne révèlera jamais, d'un avenir fade et triste que représentent
ces petits vieux qu'elles ne cessent de croiser, mais surtout de ces "mâles" qui sont autant d'obstacles dans leur
vie et qui les ont poussées dans cet engrenage irréversible. Des hommes caricaturés à l'extrême par un Ridley Scott
qui se fait juge arbitre en déclarant par l'intermédiaire de Al: "
Je te rendrai personnellement responsable d'une
partie de ce qui va leur tomber dessus". Les cheveux au vent dans une Thunderbird décapotable, la quête de la
liberté se traduit par l'envie de braver les interdits, de repousser leurs propres limites. Un pistolet pris en
cachette, une cigarette échangée, une flasque d'alcool volée, un braquage, un camion qui flambe, autant de gestes
libérateurs qui les mènent jusqu'au point de non retour. Cette idée de liberté transpire également dans toutes les
images du film, elle habite son atmosphère. Plus la voiture avance, plus elle s'enfonce sur les routes désertes et
poussiéreuses du grand ouest américain. Tout un univers rythmé par la musique country chaloupée de Hans Zimmer.
L'envie de liberté est trop puissante et la marche arrière impossible, c'est l'heure du grand saut.
Julie Anterrieu
1492
(Ridley Scott, USA, 1992)
Avec Gérard Depardieu, Armand Assante, Sigourney Weaver.
Un des opus sous-estimés de Scott. Réalisé hors du moule hollywoodien, le film est une coproduction qui n'échappe
malheureusement pas à certaines maladresses (la multitude d'accents en fait partie) mais d'où surnagent de très
beaux moments. Scott, en artiste explorateur, recrée avec précision l'Espagne de l'Inquisition, l'ambiance à la
cour, la vie à bord de la Santa Maria et la découverte des îles. Un soin du détail irrigue le film et les scènes
de voyage, portées par la musique de Vangelis, atteignant par moment le sublime. La deuxième partie, qui montre la
fin du rêve, est un récit très émouvant de la construction de l'Amérique dans le sang. Le titre anglais du film
résume tout:
Conquest of Paradise. Derrière le rêve d'un homme, les atrocités. Derrière un idéal de
civilisation, une invasion barbare. A la fin, il ne reste plus que Colomb, vieux, et son fils qui va rédiger sa
biographie.
"Je me souviens...". Et la brume se lève une dernière fois sur les rivages du Nouveau Monde.
Liam Engle
LAME DE FOND
(Ridley Scott, USA, 1996)
Avec Jeff Bridges, John Savage, Caroline Goodall.
Titre témoin de la difficile situation de Scott, encore quatre années après le naufrage de son clinquant
1492,
pour se remettre à flot dans les eaux tumultueuses d'Hollywood. Dans le creux de la vague, économiquement et
artistiquement parlant, le réalisateur passe ici sa frustration et sa colère sur une pleine embarquée d'adolescents,
prisonniers d'un océan aliéné. La rage de Scott se manifeste par les éléments de l'air et de l'eau, provocant des
remous et soufflant dans les voiles. Les mêmes obstacles qui avaient freiné Colomb, il se les impose une seconde
fois, comme une punition.
Lame de fond est aussi le terrain propice à la conjuration des deux égarements
récurrents du cinéaste. D'un côté son image léchée, publicitaire, esthétique et flatteuse, et de l'autre un scénario
prétexte, archi-convenu, voir même ridicule par endroits. Le tout enrobé dans un résultat moins horrible qu'il n'y
paraît, mais avec son lot de moments émouvants et/ou gluants et ses séquences d'action bridées en studio. Après
Depardieu et avant Demi Moore, Jeff Bridges est le comédien has been du lot. Il y a des hauts et des bas dans une
carrière, nous sommes ici au plus bas.
Peter Dourountzis