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A ARMES EGALES
(Ridley Scott, USA, 1977)
Avec Demi Moore, Viggo Mortensen, Anne Bancroft.

Chaque filmographie a son lot d'œuvres mineures, A armes égales est le fin fond de celle de Ridley Scott. Après Tom Cruise au pays des pilotes (Top Gun de Tony Scott), voici Demi Moore au pays des G.I., ou comment recycler la recette déjà usée par son frère en ajoutant un de ses thèmes fondateurs, celui de la femme forte qui se bat dans un monde régi par les hommes. Une nouvelle Ripley? Si seulement... Ici Demi Moore, crâne rasé, n'est qu'une pâle copie de la reine du genre relookée tendance troisième opus. Prévisible dans son intégralité, le film déçoit par une mise en scène totalement dépourvue d'inventivité et un travail photographique fade aux couleurs délavées (Hugh Johnson, également responsable photo sur Lame de fond serait-il l'homme des échecs de Ridley ?). Regorgeant de personnages caricaturaux, de mâles bourrés aux testostérones, de pataugeage dans la boue et de punchlines à la fois goûteuses et douteuses, ce A armes égales reste cependant un bon divertissement, candidat parfait pour un plateau télé en première partie de soirée. Le tout est résumé à merveille dans le mémorable "Suck my dick" lâché par une Demi Moore remontée à son supérieur invivable (Viggo Mortensen encore loin d'être roi).

Julie Anterrieu



GLADIATOR
(Ridley Scott, USA, 2000)
Avec Russel Crowe, Joaquin Phoenix, Connie Nielsen.

Gladiator. Le mot tonne comme un orage. Il annonce les guerres, les batailles et les conquêtes d'un temps chargé de mythes, où Mars conduisait les légions romaines sur la voie des combats. Le film de Ridley Scott annonça le retour en grâce du péplum, un genre totalement tombé dans l'oubli, et évoqué avec nostalgie pour les faveurs kitsch de la sandalette accompagnant harmonieusement la séante jupette. Reprenant les recettes classiques du genre, le film s'adjoint les services des ordinateurs surpuissants de Mill Film Ltd. Désormais, Rome ne sera plus en carton-pâte, mais faite de majestueux pixels. Chez Scott, les personnages deviennent des figures archétypales de tragédies, des hommes herculéens, droits ou fourbes, se disputant une femme de tête, farouche et forte. Jetés au milieu de complots magnifiques, ourdis par des politiciens avides de pouvoir et d'influence, ils se battent pour conserver leur humanité. Qu'importe si la moisson d'Oscars fut exagérée, Gladiator renouvelle les codes d'un certain cinéma d'aventure. Ample et ambitieux, là où l'intrigue est toujours bigger than life et où les destins les plus tragiques se nouent et se dénouent en apportant son lot de frissons au spectateur. Les riches décors sont éclairés dans de somptueux tons mordorés, et le film, brillamment monté par Pietro Scalia (oscarisé pour JFK et La Chute du faucon noir), devient un hymne dramatique touchant et puissant, que la voix de Lisa Gerrard déchire de part en part dans un chant aux accents éternels.

Nicolas Plaire



HANNIBAL
(Ridley Scott, USA, 2001) Avec Anthony Hopkins, Julianne Moore, Giancarlo Giannini, Gary Oldman.

Boulot ingrat que la confection de cet Hannibal qui doit relever le défi posé de l'après-Silence des agneaux. Le bébé est balancé comme une patate chaude de droite à gauche, et atterrit sur les genoux de Sir Ridley. Qui pourtant s'applique, qui fignole son Florence comme la plus léchée des cartes postales. Son Hannibal d'Anthony Hopkins y touille gouttes de sang dans diverses marmites crâniennes avec l'aisance d'une Juliette Binoche caressant son chocolat dans une vieille casserole frenchy, et le basculement de rousses ne perd rien au change. Ainsi, la reine des 90's (Jodie Foster) laisse place à sa majestueuse suivante (Julianne Moore), sortie gagnante d'une roue de la fortune qui a distribué ses clins d'oeil à Gillian Anderson ou Cate Blanchett. Pour Ridley maintenant, place au conte désarticulé. Entre imagerie d'Epinal (l'ombre du monstre se confondant avec la silhouette de l'évanescente endormie) et tension carnivore, Hannibal est le décor d'un nouvel enfant de La Belle et la bête. Elle et lui, ni Grant ni Kerr mais deux personnages parvenus à un certaine intronisation dans le cercle des icônes cinématographiques, à vrai dire principalement grâce à l'oeuvre mère. Il reste pourtant d'Hannibal cette étrangeté d'un film bancal, où rien n'existe (ou presque) au-delà de ses deux figures romanesques. Le décor où se trame l'horreur s'efface afin de les mettre en valeur - quitte à les perdre. Une limite et une force situées quelque part entre inconsistance vertigineuse et pureté archétypale.

Nicolas Bardot



LA CHUTE DU FAUCON NOIR
(Ridley Scott, USA, 2002) Avec Josh Hartnett, Eric Bana, Tom Sizemore.

Surfant sur le précieux héritage de Spielberg et de son soldat Ryan, Ridley Scott s'attaque à la guerre urbaine de manière inédite et frontale. Œuvre d'ores et déjà essentielle du cinéaste, pourtant mésestimée par beaucoup à sa sortie, La Chute du faucon noir est un film somme, mélange paroxystique et réussi de tout ce qui a fait et fait toujours, le cinéma d'oncle Scott. La science inégalée de son découpage, la rigueur et le réalisme des détails techniques, le sentiment apocalyptique, le souffle épique, la violence dépeinte dans le cadre, la rudesse et le cœur des hommes, l'étouffant étau qui se resserre, le casting flamboyant, tout indique avec raison la grande fresque pérennisée du genre. Si certains fanfaronnent que tous les grands cinéastes américains ont réalisé un film de guerre, alors Ridley Scott serait la juste dernière recrue de cette prestigieuse division guerrière (Coppola, Peckinpah, De Palma, Stone, Kubrick, Spielberg, Malick, Cimino...). Plus que la véracité ou l'utilité de cette affirmation, c'est l'angle qu'elle octroie qui s'avère intéressant à l'analyse. Scott est un metteur en scène dans la plus pure tradition américaine, et redore avec ce film son blason de cinéaste majeur.

Peter Dourountzis


 
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