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LE FILM CATASTROPHE: HELL, UPSIDE DOWN


La terre fulmine et le ciel est colère, les océans sont ire et les dieux mécontents. Les buildings ont les reins fragiles, les vaches embrassent les nuages tandis que les grands-mères mordent la poussière. Le film catastrophe, grande orgie expiatoire, est sans pitié - ou presque. Voyage dans l’un des genres qui incarne le mieux le gigantisme hollywoodien.


MAXIMUS TIMOR

Depuis L’Arrivée d’un train à la Ciotat qui faisait trembler les spectateurs, persuadés qu’ils allaient être écrasés par une locomotive, la peur s’est faite bonne cliente sur la grande toile. Dépassant le cadre strict du film d’horreur, le frisson se niche dans chaque recoin de grand spectacle - et notamment dans les reconstitutions historiques. Grand chic des années 50, le péplum raffole des catastrophes en toge, des éboulis de pierres antiques et de carton pâte, de glaives et sandales enfouies dans le sable. On s’inspire de la Bible (Samson et Dalila en 1951, Les Dix Commandements en 1956), on retrace des pages d’histoire (Pompéi à toutes les sauces) avec, à la clef, d’impressionnantes scènes catastrophes de destruction massive où la peur laisse place à l’excitation et à l’angoisse devant les débris apocalyptiques. La charpente du genre est souvent la même: peinture d’un gigantisme, chorale de personnages divers (souvent des stars), et coups de boutoir dans le château de cartes. Un jeu d’enfant aux proportions colossales, jusqu’à ce qu’une certaine Cléopâtre (1963) ne renverse sa caméra pour faire atterrir la catastrophe au cœur des studios. Le film coûte une somme folle et coule la Fox. Dès lors, le péplum perd peu à peu ses jetons dans le grand casino hollywoodien. Les vraies catastrophes vont naître au détour des seventies.


APOCALYPSE NOW

Coup de feu symbolique du genre en 1970, Airport réunit déjà quelques refrains classiques (cata et gros cast), et décrochera la timbale au box-office - 100 millions de dollars de recettes pour 10 de budget. Le phénomène se répercute jusqu’aux Oscars: Airport décroche dix nominations, dont celle de meilleur long-métrage. Le film catastrophe devient la foire d’empoigne du moment, les projets se multiplient et les noms sont toujours plus prestigieux. En 1972, L’Aventure du Poséidon accueille parmi ses naufragés Gene Hackman (qui vient alors de recevoir l’Oscar pour French Connection), Ernest Borgnine et Shelley Winters, tandis que, parangon du genre, La Tour infernale (1974) arbore fièrement les noms de Steve McQueen, Paul Newman, Faye Dunaway ou Fred Astaire. Les deux films sont des triomphes public (93 millions pour le bateau, 116 pour le building), et recevront chacun huit nominations aux Oscars. La recette est déclinable à l’infini, des tremblements de terre (le film éponyme avec Ava Gardner et Charlton Heston) aux dirigeables enflammés (L’Odyssée du Hindeburg, 1975), en passant par les trains attaqués par des virus (Le Pont de Cassandra, 1977), jusqu’aux parodies comme Y a-t-il un pilote dans l’avion?, qui cloue le tombeau d’un genre rendu désuet en 1980. Le film des ZAZ flirte avec la mise en abyme, à travers la présence au casting de Leslie Nielsen, qui jouait le très sérieux commandant de bord du Poséidon, ou de Maureen McGovern en sœur sourire, qui officiait comme chanteuse de La Tour infernale. Mais le genre s’est essoufflé bien avant ces ricanements: dès Tremblement de terre, les budgets ont explosé pour des recettes beaucoup plus faibles.


GOD BLESS AMERICA

Au début des années 70, l’eau du film d’horreur se trouble dans le sang du Vietnam et dans les plaies d’un pays retourné. Le film catastrophe, pour sa part, se positionne sur un créneau légèrement décalé. A première vue, le genre semble faire état d’un colosse aux pieds d’argile, voir ces multiples histoires où le gigantisme et le désir de jouer à Dieu mènent de pauvres mortels au chaos le plus complet. La morale est parfois tambourinée en conclusion, voir Paul Newman parlant de la fameuse Tour comme d’un "monument dédié à la connerie humaine". Pourtant, l’Amérique peinte dans ces multiples films se révèle plus ambiguë. L’apogée du film catastrophe se situe entre 1970 et 1974, soit à la fin des Trente Glorieuses. Le pays est certes ébranlé par le contexte historique, mais il arrive aussi à ce point culminant, en équilibre sur le volcan, où chacun se sent invincible, après ces trois décennies dorées. Il y a la catastrophe, mais il y a ceux qui survivent. Le genre montre que malgré le désastre, ces Américains-là vont s’en sortir. Les figures sont très choisies: pompiers dans La Tour infernale, prêtre dans L’Aventure du Poséidon, ce dernier ouvrant le film par un discours sur un Dieu qui aime "les âmes courageuses". La faiblesse déguisée n’est là que pour suggérer cette invulnérabilité du lendemain, qui finit toujours par se montrer. Il en découle un aspect très moralisateur, ne serait-ce que par quelques détails, voir la scène dans Tremblement de terre où le patron éjecte sa secrétaire de l’ascenseur, puni quelques secondes plus tard lorsque celui-ci s’écrase au sol. Une morale assez versatile en définitive car, au-delà de n’importe quel sous-texte, ce qui cimente un bon film catastrophe, c’est son degré infini de sadisme.


CA VA FAIRE MAL

Avec le film catastrophe, le public est invité à profiter de la fin du monde au premier rang des salles de cinéma. Tremblement de terre l’a bien compris – le film est même projeté dans des cinémas qui tremblent en même temps que ce qui se passe à l’écran, et les secousses débutent d’ailleurs dans la salle de projection qu’occupe une Victoria Principal lookée comme Pam Grier dans Coffy. Les grands moments de sadisme émaillent et nourrissent le genre, on retiendra la scène des amoureux de La Tour infernale, d’abord pour lui (Robert Wagner traversant une grande pièce, prenant feu au ralenti, puis tombant dans le vide), puis pour elle (sa fiancée suffocante, brisant une vitre avec une chaise et prenant feu immédiatement, avant de passer également par-dessus le balcon). Une pensée également pour Jennifer Jones, toute laque dehors, jetée d’un ascenseur comme une malpropre, et qui rebondira dans sa funeste chute sur un morceau du building, avant de s’écraser finalement au sol. Dans ce registre, Tremblement de terre tourne pratiquement au vidéo gag mortel, où tout le monde se prend son morceau de placos sur le coin de la figure pendant que les naïades habillées en fushia courent partout en hurlant. Palme d’or à la scène où une mère vient secourir sa fille tombée au sol, avant de recevoir des bris de verre en plein visage, provoquant les hurlements de son enfant désormais orpheline, spectatrice impuissante de la mort de maman. La démesure n’a plus de limite, voir les scènes de La Tour infernale où les plus grands buildings environnants sont perçus de façon totalement disproportionnée comme trois fois plus petits que la nouvelle Tour de Babel. Le sadisme a sa recette et n’en change pas, il faut appuyer la fourchette dans une main alors affairée à agiter ses doigts fêtards. Le Poséidon se renverse juste après le compte à rebours du Nouvel An, et la Tour infernale crépite lors de sa fastueuse inauguration. Signe distinctif de la grande classe: une chanson signée Maureen McGovern se doit de valider la catastrophe. L’inénarrable Morning After du Poséidon ou sa parodie involontaire We May Never Love Like This Again de la Tour anticipent le drame et parlent déjà du lendemain.


THERE’S GOT TO BE A MORNING AFTER

Après tant d’aventures puis de parodies, les cendres du film catastrophe ont du attendre longtemps avant de faire réapparaître un soupçon de feu chaud. Au milieu des années 90, Independence Day brasse science-fiction et bonne vieille destruction massive d’antan, explosant l’ambiguïté du discours patriotique d’hier à travers l’allocution involontairement rigolarde du président Pullman. La pure catastrophe reviendra avec des films comme Twister et ses impressionnantes tornades, ou la bataille des volcans entre le sympathique Pic de Dante et le grotesque Volcano. Mais depuis l’âge d’or, les temps ont changé. Hier les stars se bousculaient à l’affiche, aujourd’hui ce sont des acteurs de télévision (Helen Hunt, Will Smith et dans une moindre mesure Pierce Brosnan, déjà propulsé par les Bond), les seconds couteaux (Bill Paxton, Bill Pullman) ou les demi has been (Sylvester Stallone) qui occupent les rôles principaux. Le sadisme a laissé place à une pudeur hypocrite, les morts meurent mais loin de la caméra. Il reste bien quelques exceptions, comme la mort de la grand-mère consumée par les acides du Pic de Dante, rappelant que nos chères mamies sont souvent maltraitées (voir la pauvre Shelley Winters en nageuse cardiaque), bien plus que les chiens qui ont, eux, toujours la vie sauve. Le film catastrophe semble avoir trouvé son représentant ultime avec le magnifique Titanic, où James Cameron transcende les conventions assoiffées de sang pour signer un véritable chef d’œuvre. Dernier galon des drapeaux triomphants, Armageddon renoue quelque peu avec la tradition du casting étoilé, des valeurs de bravoure et de la mise en valeur du sacrifice – Bruce Willis en écho moderne à la figure christique du prêtre Gene Hackman dans L’Aventure du Poséidon. Encore une fois, le genre semble s’essouffler, et ce malgré l’effet compilation qui semble être la dernière tentative à la mode, voir le très mou Fusion, l’un des bides de l’année dernière. Aujourd’hui, Roland Emmerich tente à nouveau le pari et paraphrase la Maureen McGovern d’hier en parlant du Jour d’après. En matière de catastrophe, il est vrai que l’homme est un spécialiste.






 
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