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LE CODE COULEUR DE MANN


Michael Mann utilise ses décors pour refléter les sentiments des personnages - lieux dépouillés, lignes symétriques, géométrie prononcée, modernisme urbain - non seulement par à leur architecture, mais aussi à l'aide d'une large palette de couleurs. Seront ainsi étudiées le bleu, le vert, le rouge, le gris et le blanc; leur utilisation, leur signification et leur incidence sur l'inconscient collectif. Une analyse s'appuyant principalement sur Le Solitaire, Le Dernier des Mohicans, Révélations, Heat et Collateral, même si celle-ci se vérifie sur l'ensemble de l'œuvre du cinéaste.


LE BLEU

Le bleu représente la couleur du personnage principal et l'espace qu'il occupe. Outre le bleu océanique - étudié dans l'article sur l'esthétique -, ce bleu renvoie parfois à ce romantisme dont parle Dante Spinotti, et évoque un sentiment de bien-être et de sécurité. Il ne peut rien arriver de mal en présence de cet azur. Dans Le Solitaire, Frank est souvent habillé de bleu, il conduit une voiture bleue, il complimente Jessie sur son ensemble bleu avant de l'inviter à sortir pour dîner, et il est assis en face d'une clôture bleutée quand il lit une lettre intime. Dans Le Dernier des Mohicans, lorsque Cora et sa sœur sont attaquées par les Hurons, elles sont entourées d'un bleu protecteur. Aucun mal ne leur sera fait. Le Sixième Sens ouvre sur le bleu roi du ciel de Floride. Will Graham et sa femme sont enveloppés d'un continuel bleu nuit dans leur domicile familial. Même le tueur, lorsqu'il évolue dans son univers, est environné de bleu.


Dans Heat, le bleu protège littéralement Neil McCauley: lorsqu'il téléphone à Eady, c'est sur un fond bleu, son appartement est baigné d'une lumière bleue surréaliste, et c'est à la tombée d'une nuit bleutée qu'il persuade Eady de s'envoler avec lui. Dans Révélations, le bleu est présent mais plus souvent remplacé par un jaune chaleureux, qui accompagne Jeffrey Wigand et Lowell Bergman, chacun dans l'univers respectif de leur salon ou de leur bureau à la maison, éclairés par des lampes ambrées. Ceci dit, Wigand porte pendant la plus grande partie du film une chemise bleue, symbole de son identité, au même titre que les autres personnages de Mann.


Dans Collateral, lorsque Vincent envoie Max à sa place récupérer la liste du contrat à son commanditaire, il est protégé d'une lumière bleue dans le night club: malgré le danger, les hommes armés tout autour de lui et son inexpérience, la photographie indique qu'il s'en sortira indemne. Lorsqu'un peu plus tard, dans la boîte de nuit "The Fever", le règlement de compte entre différents partis (police, garde du corps de la cible et commanditaires du meurtre) tourne au massacre, provocant la pagaille la plus totale, Vincent sauve la vie de Max et le regarde fixement dans les yeux, l'arme au poing. Max pense à cet instant que Vincent n'a plus besoin de lui, et qu'il peut le liquider, mais il est entouré d'une lumière bleue protectrice, plan unique révélant l'azur dans cet endroit aux néons verts appuyés. Enfin, dans les derniers plans du film, Max s'extrait du métro aux reflets rouges pour retrouver un bleu salvateur.


LE VERT

Le vert devient la couleur du danger et de la mort. Dans Le Solitaire, les rues sont toutes éclairées de vert, Frank apprend les mauvaises nouvelles dans un bar appelé The Green Mill (Le moulin vert), et les fenêtres de l'endroit sont baignées de lumière verte. Lorsque Frank parle de son enfance douloureuse, il évoque les "quatre murs verts" du centre d'adoption. Barry porte une veste de satin vert, tandis que Frank est encore vêtu de bleu: Barry sera tué avec cette même veste, alors que Frank survivra. Lorsque Okla meurt à l'hôpital, Frank observe avec tristesse l'encéphalogramme plat, tracé d'une ligne verte. Les lampes de la maison de Léo ont un abat-jour vert et renvoient une lumière verdâtre, l'aquarium et certains meubles sont également verts. Lorsque Frank pense avoir son téléphone sur écoute, il ouvre le boîtier et trouve un microphone vert... La voiture des policiers corrompus qui arrêtent Frank est verte. Et enfin, la confrontation finale entre Frank et les hommes de Léo a lieu sur une grande pelouse verdoyante.


Dans Le Sixième Sens, le vert est omniprésent dans la progression de Will Graham, et résonne comme une suite d'avertissements. Lorsqu'il accepte de mener l'enquête, il est auréolé d'un fond vert. Lorsqu'un ami policier lui conseille une dernière fois de ne pas se charger de l'enquête, le mur face à eux est vert, blanc et gris. Même lorsqu'il rêve, loin de chez lui, il imagine sa femme sur un fond vert (c'est tellement vrai que Mann exagère même le symbole jusqu'à faire la mise au point sur le vert et non sur la femme, alors complètement floue). Lorsque le FBI tente de piéger le tueur, Graham sert d'appât, et les snipers le surveillent au travers d'un viseur vert. Durant la même scène, l'immeuble derrière Graham est complètement éclairé de vert! Lorsque le tueur séquestre le journaliste chez lui, l'éclairage est vert (et la peinture derrière lui est rouge). Lorsque le tueur est en présence de la femme qu'il aime, que ce soit chez lui ou chez elle, l'univers est inondé de vert. Enfin, lors du duel final, lorsque Graham est à la merci du tueur, il est allongé sur le sol du côté vert de la pièce.


Dans Heat, le vert est la couleur du camion poids lourd que les braqueurs utilisent pour percuter le fourgon blindé. Waingro, le psychopathe de l'équipe, apparaît pour la première fois en sortant d'un bâtiment peint en vert, habillé d'un pull vert, un blouson vert à la main. Lorsque Vincent Hanna réconforte la mère d'une jeune prostituée décédée, une lumière verte vient éclairer leur visage. Lorsque McCauley vient voir Brennan en cuisine pour lui proposer de participer au braquage, la lumière est verdâtre, comme prémonitoire. Dans le sous-sol de l'hôtel où est descendu Waingro, McCauley circule dans de larges couloirs verts et blancs pour éviter de se faire repérer. A l'hôpital, Vincent Hanna et sa femme sont inquiets pour leur fille, et attendent sur un grand canapé vert. Lorsque Hanna tue avec beaucoup de sang-froid Michael Cheritto, celui-ci s'écroule au milieu d'un jardin vert, et la petite fille qu'il tient dans ses bras est toute habillée de bleu (sécurité, aucun mal ne lui sera fait).


Dans Révélations, le vert vient également prévenir Wigand et Bergman d'un danger. Lorsque Wigand s'entraîne au golf tard le soir, un homme le surveille, la pelouse et la lumière des projecteurs sont vertes, alors qu'il porte sa chemise bleue... Lorsque Wigand et Bergman se font des confidences interdites dans la voiture, le pare-brise les illumine de vert. Lorsqu'en pleine nuit, Wigand pense avoir affaire à un intrus dans sa propriété, il sort l'arme à la main pour se perdre dans le vert de son jardin, et lorsque enfin il est rassuré, la lumière et l'environnement deviennent soudainement bleutés... Lorsqu'il est enfermé dans sa chambre d'hôtel où il déprime, Wigand imagine, sur les murs, ses enfants sur l'immensité verte d'une pelouse. Lorsque Bergman, à la tombée de la nuit, tente de convaincre Wigand au téléphone, derrière lui s'opposent, à égalité de cadre, le bleu du ciel et le vert de la mer. Lorsqu'il parvient enfin à le convaincre, le bleu l'emporte sur le vert (la sécurité l'emporte sur les angoisses), et le ciel bleu occupe les deux tiers de l'image. Enfin, Lorsque Wigand doit faire le choix de témoigner ou non, il fait les cent pas sur une pelouse verte, en regardant l'espace bleu de l'océan.


Dans Collateral, le vert est omniprésent. L'intérieur du taxi est sans cesse inondé d'un vert pâle et colore le visage des protagonistes. Lorsque Vincent propose à Max 600 dollars pour le conduire toute la nuit, les billets accentuent encore plus l'aquarelle émeraude du plan. La ruelle où le corps du premier meurtre échoue est plongée dans un vert lugubre, avec en arrière-plan un rouge inconstant. De même que la ruelle où Max attend désespérément que le deuxième meurtre ait lieu, les mains attachées au volant, tentant en vain de s'échapper. Même à l'extérieur du taxi, le visage de Vincent reste illuminé de vert, avec souvent en toile de fond un rouge inquiétant. Paroxysme de cette couleur: la boîte "The Fever" est ensoleillée d'une multitude de verts: néons, flashs, reflets d'écrans géants.


LE ROUGE

Le rouge est l'autre couleur complémentaire du danger et de la mort. Il faut savoir que depuis l'aube du Technicolor, et même au travers de la peinture des siècles avant ça, la juxtaposition du vert et du rouge suggérait par essence la tragédie. Dans Le Solitaire, après que Frank ait accepté d'adopter un enfant que lui a confié le dangereux Léo, il retrouve sa femme dans un restaurant vide, aux banquettes rouge vif (les fenêtres sont même illuminées de vert): c'est la dernière fois que la famille sera réunie. Dans Le Sixième Sens, la note que le psychopathe Lecter envoie au tueur en série, dans le but de lui commanditer un meurtre, est analysée dans une lumière rouge éclatante.


Dans Le Dernier des Mohicans, la tâche est facilitée par le sujet, puisque les opposants au héros sont anglais et portent l'uniforme rouge, alors que ses alliés, les Français, sont vêtus de bleu. Chaque fois que le sang est versé, ce sont les Anglais et les Hurons, leurs alliés, qui en sont les responsables: même la flamme incandescente des armes à feu témoigne d'un rouge éclatant. Dans Heat, lorsque Vincent Hanna surveille pour la première fois le gang de McCauley, il est allongé sur un toit et caché derrière une grande enseigne de néon rouge (accentué par un éclairage vert derrière eux). Lorsque c'est au tour de Vincent Hanna d'être piégé par McCauley, ils sont, lui et ses hommes, au milieu de grandes bennes métalliques rouges. En sortant de la banque, deux policiers se cachent derrière un camion rouge, lorsque Chris les aperçoit et ouvre le feu. Lorsque Hanna rentre chez lui, épuisé, il trouve sa fille suicidée, dans la baignoire remplie de sang (rouge évidemment). Enfin, lors du duel final entre Hanna et McCauley, les deux hommes se dissimulent derrière de gros blocs de béton, rouges et blancs.


Dans Révélations, la chambre de la fille asthmatique de Wigand est rouge pâle et ses meubles rouges vifs. Le bureau du PDG de la Brown & Williamson, dans lequel Wigand se voit piégé par un chantage, est éclairé de rouge et le mobilier est construit dans un bois rouge. Enfin, la femme de Wigand reçoit une menace de mort sur internet: le message est écrit sur un fond rouge vif. Dans Collateral, le club où a lieu le troisième meurtre est plongé dans rouge enfumé, qui auréole les visages de Vincent et de sa victime à chaque instant. Le rouge est présent en continu durant toute la nuit, à l'extérieur du taxi. Mais le moment le plus intense reste dans la scène finale de la poursuite dans le métro, où une fois ce dernier à l'arrêt, Vincent attend patiemment que sa proie sorte l'arme à la main, enveloppé par un rouge sanguin, alors que Max préfère ne pas courir le risque et rester dans le blanc aveuglant de la rame. Il sait que s'il sort, il meurt instantanément.


LE GRIS ET LE BLANC

Le gris et le blanc sont les couleurs de la société, de l'autorité et de la conformité. Dans Le Solitaire, le blanc est la couleur de la police: les agents de police corrompus portent un uniforme gris, comme si Mann nous faisait comprendre qu'ils forment, littéralement, la combinaison parfaite du noir et du blanc (flics et gangsters en même temps). Même la peinture des murs, à l'intérieur du commissariat, est d'un gris verdâtre. Le reste de la ville est également peint en gris: des immeubles hi-tech aux nombreux ponts en fer, en passant par les cabines téléphoniques dont se sert Frank. Dans Le Sixième Sens, l'hôpital psychiatrique où est enfermé Lecter est une autre construction hi-tech complètement blanche. L'extérieur, comme l'intérieur, est couvert d'un blanc clinique qui rend Graham mal à l'aise, presque claustrophobique, et l'oblige à s'enfuir en courant. L'intérieur de la maison des victimes, des Américains fortunés de Floride que Mann ne prend pas la peine de personnifier, est également d'un blanc parfait (néanmoins souillé sur le lieu du crime, la chambre à coucher, par le rouge du sang).


Dans Heat, Neil McCauley n'a rien chez lui de personnel, aucun meuble, et l'ensemble de son appartement est blanc. La seule chose à laquelle il tienne est ce bleu de l'océan. La banque que McCauley et son gang braquent à la fin du film est entièrement à l'image de la société: les sols sont gris, les murs sont marbrés de gris et les plafonds sont blancs. La chambre d'hôtel où la fille d'Hanna se suicide est d'un blanc éclatant, impersonnel. Enfin, lorsque McCauley est sur le chemin de l'aéroport, en compagnie de la femme qu'il aime, il pénètre dans un tunnel qui illumine la voiture d'un blanc éclatant: il se retire du métier et s'apprête à disparaître dans la masse, à devenir un simple quidam asservi à la société. Dans Révélations, lorsque Wigand doit prendre sa décision, le regard rivé sur l'océan, le gris du ciel nuageux vient se heurter au bleu réconfortant de l'eau. Mann semble dire que si la société a beau tenter de tout peindre uniformément en blanc, des personnages comme Frank, Vincent Hanna, Neil McCauley, Jeffrey Wigand, Will Graham, Hawkeye ou Ali se battront au péril de leur vie pour imposer leur couleur, leur bleu, leur rêve. Dans Ali, lorsque ce dernier est à la recherche de son identité en Afrique, joggant parmi la foule qui l'acclame, il est vêtu d'un ensemble sport blanc.


Dans Collateral, c'est le personnage de Vincent qui se voit attribuer la couleur grise: ses cheveux premièrement, mais aussi et surtout son costume. Vincent recherche l'anonymat, la discrétion. En évitant de lui attribuer l'une de ses couleurs de prédilection, Mann semble évoquer le caractère atypique de ce personnage, tueur froid et apathique, sociopathe non identitaire, qui n'a d'existence que dans le fait de supprimer celle des autres. Sans dévoiler la fin du film, le dernier plan où l'on aperçoit Vincent est sur ce point paroxystique de cette neutralité identitaire, où le personnage s'enfonce dans l'anonymat le plus total, plus destructeur encore que l'indifférence, plus salvateur que l'oubli. Le néant, la neutralité, le blanc.


Malgré sa collaboration avec une demi-douzaine de chefs opérateurs différents, Mann a créé un code couleur original et personnel, et a su l'imposer dans tous ses films, de manière assidue et homogène, donnant corps à ce que l'on peut appeler l'univers Mann. Son plus fidèle collaborateur, Dante Spinotti, avec l'aide duquel il a photographié quatre films (Le Sixième Sens, Le Dernier des Mohicans, Heat et Révélations), est spécialisé dans les couleurs chaudes (le bleu, le vert, le jaune et le rouge), qu'il accentue à l'aide de filtres (en témoignent également ses autres films comme L.A. Confidential ou Nell). Alex Thomson (La Forteresse noire) est lui aussi un partisan des mêmes couleurs chaudes, mais les traite le plus souvent par le contraste (voir son travail sur L'Année du dragon, Excalibur ou Alien 3), tout comme Emmanuel Lubezki (Ali, Y Tu Mamá También ou Sleepy Hollow). Collateral voit l'arrivée de Dion Beebe (Chicago, Holy Smoke), adepte du même parti pris esthétique. Mais cette fois, en conséquence de l'utilisation de la HD Cam, ce sont les multiples néons de Los Angeles, dont les éclats jaunes, verts et bleus se reflètent un peu partout dans les buildings glacés, qui font office de projecteurs.


Accentuées ou contrastées, les couleurs sont omniprésentes et participent résolument à l'esthétique que Mann insuffle à ses films. Seuls les éléments les plus significatifs ont été considérés pour cette étude. Une étude qui, si elle peut paraître trop orientée, ou trop poussée, témoigne néanmoins de la logique de composition de plan du cinéaste au travers de tous ses films, ce qui est tout de même très significatif d'une manière singulière de concevoir le cinéma.



 
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