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MANN'S MAN


Dans les films de Michael Mann, chaque personnage possède trois caractéristiques communes. La première: ce sont des solitaires. La seconde: ils acceptent un marché, parfois à contrecœur, pensant qu'il leur apportera ce dont ils manquent. Enfin, ils réalisent que ce marché est dangereux car ils ne contrôlent plus rien, alors que la chose la plus importante pour eux est le contrôle de soi, de son propre destin.


HUNTED

Dans leur infinie solitude, les personnages possèdent un leitmotiv inébranlable: courir pour Murphy, vivre une vie de famille pour Frank, retrouver le tueur en série pour Graham, reprendre sa liberté pour Hawkeye, faire un dernier braquage avant la retraite pour McCauley, arrêter les criminels pour Hanna, faire éclater la vérité pour Bergman, sauver sa vie pour Wigand, devenir le meilleur pour Ali, et finir son contrat pour Vincent. Pour tous, le choix se résume à chasser ou être chassé. Michael Mann base donc la plupart de ses scénarios sur une idée maîtresse: son personnage principal doit faire un choix décisif qui déterminera la suite de son existence. Son cinéma n'a de cesse de marier l'action à la réflexion en générant des situations cornéliennes, où chaque personnage se retrouve confronté à faire des choix et à en assumer pleinement les conséquences. Gérald Duchaussoy observe: "Point de salut dans ses films. Il ne s'agit pas de reculer pour mieux sauter, d'être de nature optimiste ou pessimiste, mais bien d'accepter de détruire la vie qu'on a patiemment construite, sans fatalisme, mais avec panache".


ALONE IN THE DARK

"La vie est une comédie pour ceux qui pensent, et une tragédie pour ceux qui ressentent". Cet aphorisme cercle parfaitement le caractère existentialiste des personnages de Mann. Ils ressentent au lieu de penser, et ce conflit les mène inévitablement à leur perte. Car ce qu'ils ressentent est toujours en opposition directe avec ce qu'ils pensent. Ils sont sensibles, rêveurs, idéalistes, mais leur activité les ramène toujours dans la violence de la vie. Qu'ils soient policier ou braqueur, témoin ou journaliste, tueur à gages ou chauffeur de taxi, la vie les rattrape et les sanctionne pour leurs rêves. A la fin de leur histoire, ils finissent seuls, et souvent en martyre. Ils ne sont jamais détruits car ils ont conscience de leur solitude. C'est d'ailleurs pour cela que dans les films de Mann, le pire crime n'est pas le vol ou le meurtre, mais la trahison de soi, de son idéal. Frank, son héros du Solitaire, est le plus démonstratif de tous les personnages de Mann, peut-être parce qu'il est l'un des tout premiers. Son rêve, Frank le matérialise sur une carte postale composée à partir de coupures de journaux et de photographies de magazines. Un ensemble brouillon et naïf, représentant un idéal modeste et fondamental (on y retrouve une maison et une voiture, la figure d'un père spirituel, un enfant, une famille, une photo d'identité et enfin une image de mort, son carpe diem). Dernièrement, dans Collateral, c'est Max qui accroche à son pare-soleil une carte postale des Maldives, qui lui permet de s'échapper quand il en a besoin, et qui maintient en permanence son rêve à portée du regard.


SIGN HERE

Michael Mann précise: "Aujourd'hui, le héros ironique est à la mode, je pense aux personnages de Tarantino par exemple, tandis que les héros existentiels sont démodés, je pense bien sûr à mes personnages". C'est cette caractéristique existentialiste de leur personnalité qui pousse les personnages à passer de périlleux marchés, et à préférer rompre plutôt que de plier, pour les conserver indemnes, comme s'il s'agissait de leur propre âme. Leur honneur prend essence dans les codes désuets auxquels ils continuent de croire, et que plus personne ne respecte. Tel Faust face à Méphistophélès, ils s'engagent à corps perdu dans ce pacte, incarnant ainsi leur volonté d'exister envers et contre tout. Ce diable tentateur, souvent à l'image trompeuse d'un père bienveillant (qu'il le soit réellement ou non) se retrouve en Leo (Robert Prosky dans Le Solitaire), Jack Crawford (Dennis Farina dans Le Sixième Sens), Nate (Jon Voight dans Heat), Mike Wallace (Christopher Plummer dans Révélations) ou encore Don King et Malcom X (respectivement Mykelti Williamson et Mario Van Peebles dans Ali). Tous les schémas existent alors : Comme un homme libre traite celui d'un bad guy qui passe un marché avec des good guys, Le Solitaire, L.A. Takedown et Heat celui d'un bad guy avec d'autres bad guys, La Forteresse noire et Ali celui d'un good guy avec des bad guys, Le Sixième Sens, Le Dernier des Mohicans et Révélations celui d'un good guy avec d'autres good guys, et enfin Collateral celui d'un bad guy concluant un marché impossible à refuser pour un good guy. Dans tous les cas, c'est ce pacte avec le diable, tendre ou mauvais, qui fait s'écrouler le château de cartes de leur vie, et qui fige à jamais leur destin immuable.


ONE AND ONLY MAN

Une issue fataliste qui découle après un chemin de croix inévitable, où le héros a continué d'avancer coûte que coûte, parfois à raison, souvent à tort, courant à sa propre perte, avançant vers un néant final vertigineux, pour rarement y trouver la rédemption, du moins pas aussi souvent que dans les films de Scorsese. Et dans la tempête de leur vie, tout disparaît, y compris les femmes. Du Frank du Solitaire au Mohammed Ali de Ali, en passant par le Jeffrey Wigand de Révélations, les Neil McCauley et Vincent Hanna de Heat, ou encore Will Graham du Sixième Sens, tous se trouvent devant l'évidence qu'il faut avancer seul vers son destin, se détacher de ses biens, de sa maison, de ses proches, de ses enfants, et même de sa propre compagne, pourtant autrefois synonyme de paix et d'achèvement. Une conduite suicidaire, murée dans le silence ou la réplique rare, épreuve sine qua non du héros macho et endurci, qui traverse un désert de solitude pour trouver son reflet au bout du parcours, et s'apercevoir qu'il est devenu ce qu'il s'était juré de ne jamais devenir.



 
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