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LE CHRIST DECHAINE LES PASSIONS


Avant même sa sortie, le troisième film de Mel Gibson, un projet des plus atypiques, a fait du bruit. Son choix de tourner en latin et en araméen, deux langues mortes, d'employer principalement des inconnus et de viser à un réalisme extrême a tout de suite placé le film dans un no man's land commercial d'où peu de gens, malgré la présence de Gibson sur l'affiche, ont voulu le sortir. Si La Passion du Christ a eu du mal à trouver un distributeur aux USA, ce n'est pas, comme en France, à cause du contexte politico-religieux. L'ambition audacieuse du film dérange, elle intrigue, fait peur. C'est finalement (comme chez nous) un distributeur indépendant, Newmarket Films, qui va choisir de recueillir le bébé qui se fait déjà entendre.


DIVIN MAIS DANGEREUX

Dès le 11 août, la Anti defamation league fait savoir que le film pourrait engendrer de fortes réactions antisémites vu la responsabilité que Gibson semble imputer aux Juifs dans la mort de Jésus. De nombreux responsables religieux sont invités à visionner le film afin de calmer les ardeurs. Mais rien n'y fait. La polémique enfle peu à peu. Les commentaires fusent. La rumeur naît : le Pape aurait vu le film et applaudit sa fidélité aux textes saints. Démenti du Vatican. Certains remarquent que Gibson se réclame d'une branche du Catholicisme qui réfute les décrets émanant du concile Vatican II dans les années 60. Sous la pression, et devant les manifestations d'indignations qui naissent avant même la sortie, Gibson coupe une réplique concernant le sang du Christ censé rester sur les Juifs et leurs descendants.

Harry Knowles et ses amis du site Ain't-It-Cool-News ont la chance de voir une copie de travail de La Passion. Peu politisés, aux goûts souvent douteux (Daredevil est, selon eux, une réussite), ils se mettent à crier au chef-d'œuvre. Avant même d'exister aux yeux du monde, La Passion est assourdissant. Sa violence extrême, loin de rebuter les gens, passe pour un signe d'incorruptibilité et attise les curieux. Après avoir longtemps tergiversé sur les quartiers où il valait mieux ne pas sortir le film (certaines zones à forte population juive, notamment), Newmarket choisit finalement d'augmenter le nombre de copies prévues. Le fameux 24 hour news cycle, gourmand pour de telles polémiques faciles à saisir, monte le film en épingle, amplifiant le moindre épi-phénomène entourant la sortie. Chauffé à blanc, le public américain se rue dans les salles dès le premier mercredi, transformant instantanément La Passion du Christ en un recordman du box-office. Gibson, qui a eu le courage d'investir 30M$ de sa propre fortune pour financer le film, gagne son pari. Les grands studios qui ont refusé le film se mordent les doigts et Icon, la boîte de Gibson, sort des mugs aux couleurs de La Passion et des portes-clés en forme de clou. Au final, Gibson pourrait toucher à titre personnel plus de 300M$ sur les bénéfices de son film, tous domaines confondus.


L'AXE DU BIEN

Malgré l'utilisation de langues mortes, l'absence de stars et la violence extrême du film, le succès extraordinaire n'est en rien surprenant : La Passion, film frontal, brutal s'il en est, touche directement au cœur une Amérique encore groggy du 11 septembre, abreuvée de discours sur le Bien et le Mal, prête à embrasser une œuvre qui, sous ses aspects dérangeants, fait en réalité office de catharsis moelleuse. Tiraillé entre sa glorification de la foi et son aspect volontairement réaliste, cru, comme-si-vous-y-étiez (et donc ouvert aux interprétations), le film de Gibson résume les ambiguïtés et, surtout, la recherche d'identité de l'Amérique d'aujourd'hui. A l'heure du conflit au Proche-Orient, du bourbier irakien et de la course à la présidence ; à l'heure d'une constante perte de repères, où les Arabes américains, traditionnellement républicains, se mettent à pencher vers les Démocrates et les Juifs vers Bush, les Etats-Unis se cherchent. Un dessin de presse d'un journal américain, récemment reproduit dans Télérama, montre Bush à la tribune proclamer que l'Irak ne deviendra pas une théocratie. Et ses ouailles de s'exclamer en chœur " Amen ".


L'EVANGILE SELON SAINT MEL

La Passion, film soi-disant transcendé par la foi, est l'œuvre d'un esprit littéral, buté, qui ne semble concevoir l'extase religieuse comme autre chose qu'un combat. L'ambitieux pari artistique du film, sa " frontalité " même, cache une volonté d'ériger l'émotion-choc en valeur-refuge, au delà de toute complexité, de tout contraste, de toute nuance de gris. Le Bien. Le Mal. Le désir humaniste de La Passion du Christ, la passion même de son réalisateur, sans nul doute sincère, finit par se fondre dans son propos monolithique et sa vision du monde dénuée de lumière, dénuée de grâce. Cette vision, c'est au tour de la France de la découvrir. Marin Karmitz refuse de distribuer le film, Yasser Arafat en dit le plus grand bien, et un pasteur brésilien est mort durant une projection le 22 mars. Et derrière la polémique, la controverse, les esclandres, toujours ces mots d'Ernest Renan, qui n'ont jamais été aussi vrais : Jesus, " cette sublime personne qui, chaque jour, préside encore au destin du monde. "





 
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