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LE POST-CINÉMA


Le 22 mai 2002, Demonlover d'Olivier Assayas subit les foudres de la critique cannoise. On reproche au cinéaste français d'avoir négligé son scénario, d'embrouiller volontairement les pistes pour masquer l'absence de réflexion. Le réalisateur des Destinées sentimentales ajoute pourtant sa pierre à l'édifice d'un nouveau courant cinématographique. Il signe brillamment son entrée dans un cercle de cinéastes abandonnant toute mécanique narrative pour créer un art d'épure et d'essence, cherchant à provoquer l'extase du spectateur. Un post-cinéma comme il existe un post-rock, un cinéma né après le règne du récit structuré et résumé par une formule lapidaire: "Pour réussir un film, il faut avant tout une bonne histoire". Pour retrouver l'origine de ce cinéma contemplatif et sensitif, on peut citer des œuvres comme Vertigo d'Alfred Hitchcock, des cinéastes avant-gardistes comme Michelangelo Antonioni, Pietr Paolo Pasolini ou Andreï Tarkovski, voire même le cinéma muet expressionniste des années 20. Néanmoins, ils ne constituent pas un courant, simplement de magnifiques professions de foi en la toute-puissance du cinéma.


La naissance moderne du post-cinéma est plus facile à dater. En Asie, continent de l'expérimentation filmique, deux cinéastes taiwanais bouleversent les codes usuels: Tsai Ming-Liang avec Vive l'amour et Hou Hsiao-Hsien avec Goodbye, South Goodbye. Tsai et Hou s'affranchissent des règles du récit pour capter, à l'aide de plans-séquences lumineux et millimétrés, l'ultra moderne solitude. Tous deux établissent un manifeste esthétique et thématique: l'essence avant l'efficacité, les personnages avant l'histoire, l'image avant le scénario. Wong Kar-Waï, disciple d'Antonioni, déstructurait déjà à loisir ses intrigues dans Nos années sauvages et Les Cendres du temps, mais n'atteignait pas le degré d'abstraction de la trilogie du maître taiwanais Hou Hsiao-Hsien (Goodbye, South Goodbye, Les Fleurs de Shanghai et Millenium Mambo). Reconnues par les plus grands cinéastes, de Martin Scorsese à David Lynch, ces œuvres provoquent toujours l'incompréhension d'une même frange critique, obsédée par un scénario bien compartimenté. Fusion d'images et de sons, le film devient alors une expérience sensorielle, presque tactile, difficilement analysable.


Depuis une décennie, les séances d'hypnose cinématographique se multiplient et ouvrent des passerelles entre les continents autour d'un nouveau langage filmique: dilater le temps pour saisir une vérité, un spleen. Au Japon, Kiyoshi Kurosawa (License to Live), son ancien assistant Shinji Aoyama (Eureka), Hirokazu Kore-Eda (Distance), Naomi Kawase (Suzaku) et Nobuhiro Suwa (H-Story) se retrouvent au sein d'un même collectif, une Nouvelle Vague japonaise, qui se débarrasse des derniers oripeaux de trame narrative pour impressionner la pellicule d'instants, de fragments de vie, de doutes, de personnages souvent solitaires, perdus dans une jungle citadine de plus en plus inhumaine. Les éléments dramatiques sont esquissés et relégués à l'arrière-plan. Dans Eureka, Shinji Aoyama se désintéresse du climax policier pour accompagner le travail du deuil. Dans H-Story, Nobuhiro Suwa rejette l'idée d'une fiction linéaire sur Hiroshima. Pour l'essentiel de ces films, on retrouve le même producteur, Sento Takenori, initiateur de J-Works, un programme de cinq films destinés au marché mondial.


Cette approche sensuelle et intuitive débordent des frontières asiatiques et contaminent des cinéastes qui expérimentent toujours de nouvelles formes. L'Américain Gus Van Sant (Gerry), le Mexicain Carlos Reygadas (Japon), les Français Jean-Pierre Limousin (Tokyo Eyes), Claire Denis (Vendredi soir) et Olivier Assayas (Demonlover) participent à ce nouveau mouvement cinématographique et signe des ouvres proches du cinéma expérimental. Rien n'est fortuit: Shinji Aoyama participe à Demonlover, Agnès Godard et Béatrice Dalle travaillent sur Trouble Every Day de Claire Denis et H-Story de Nobuhiro Suwa. Le lien avec le post-rock s'impose de lui-même. Né dans les années 90 à Chicago, ce courant musical initié par des personnalités comme John McEntire et Jim O'Rourke se définit comme un retour à une forme plus libre qui brise le schéma couplet-refrain et conteste l'industrialisation de la musique. Le collectif prime sur le musicien.


A Montréal (Label Constellation, Godspeed You Black Emperor!), Glasgow (Mogwaï) et bien sûr Chicago (Tortoise) se développent des communautés d'artistes politiquement engagées contre le capitalisme, et qui souhaitent échapper à toute récupération mercantile. Bien sûr, le post-rock est en partie une étiquette journalistique regroupant des inspirations très différentes. On retrouve pourtant dans le post-cinéma cette volonté de s'affranchir des règles établies, ce désir de retrouver une liberté artistique totale, hors de tout format obligatoire. Olivier Assayas collabore avec Sonic Youth, utilise un morceau de Silver Mount Zion, émanation de Godspeed You Black Emperor! dans Demonlover, Shinji Aoyama signe une œuvre de 3h50, Eureka, dont le titre évoque une chanson de Jim O'Rourke. Parallèle fascinant: cette semaine sort conjointement le nouvel album de Godspeed You Black Emperor! et Demonlover.





 
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