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PREVIEWS 2006


Histoire de débuter l’année cinéma 2006 en beauté, rien de tel qu’un avant-goût des réjouissances. Et le festin s’annonce pantagruélique, entre les machines hollywoodiennes prêtes à faire rosir de plaisir le dieu Dollar et les merveilles annoncées du cinéma d’auteur. Etat des lieux non exhaustif, zoom sur quelques morceaux de choix.


LA GROSSE ARTILLERIE

Pas de répit pour le box-office. Après un horizon 2005 relativement étriqué malgré La Revanche des Sith, Harry Potter et la Coupe de feu et La Guerre des mondes, 2006 s’annonce comme un très grand cru. Et pour cause, Superman Returns de Bryan Singer (X-Men) pourrait allègrement, de par le statut mythique du personnage, dépasser les 400 millions de dollars de recettes uniquement sur le sol nord-américain (sortie française le 12 juillet). Superman n’est pas le seul super héros à se présenter sur la ligne de départ. Les X-Men seront de retour le 24 mai pour un troisième volet avec l’honni Brett Ratner aux commandes. Dans la catégorie poids lourds, l’agent secret Ethan Hunt alias Tom Cruise (Mission: Impossible III de J.J. Abrams, 3 mai) défie le nouveau James Bond Daniel Craig (Casino Royale, 17 novembre). Difficile d’émettre un pronostic sur le vainqueur de l’affrontement. En raison des problèmes rencontrés pendant le tournage, le succès de Deux Flics à Miami du génial Michael Mann semble plus incertain. Cette énième adaptation d’une série télé le confirme: Hollywood aime resservir les mêmes plats pour renflouer ses caisses. Deux fleurons du genre: Pirates des Caraïbes: le secret du coffre maudit de Gore Verbinski (2 août) et Poseidon de Wolfgang Petersen, remake du célèbre film catastrophe (12 juin). Mais tout ce beau monde pourrait être dévasté par l’effet Da Vinci Code, l’adaptation du best-seller de Dan Brown par Ron Howard (17 mai). On peut craindre le pire, même si le premier teaser était plutôt alléchant. Enfin, Basic Instinct 2 de Michael Caton-Jones, avec Sharon Stone en alibi de charme, tentera de remettre le thriller érotique au goût du jour.


PLUIE DE STATUETTES

Tradition oblige: aux mois de janvier, février et mars se succèderont les longs métrages candidats aux Oscars. Le 4 janvier, Good Night, and Good Luck, le deuxième film de George Clooney sur le maccarthysme, ouvrira le bal. Suivront Le Secret de Brokeback Mountain, le sublime western gay d’Ang Lee (18 janvier), Munich de Steven Spielberg (25 janvier) sur la traque des terroristes de l’opération "Septembre noir", Le Nouveau Monde du grand Terrence Malick, Walk the Line de James Mangold, biopic sur Johnny Cash (15 février), Mémoires d’une geisha de Rob Marshall, avec Zhang Ziyi, Michelle Yeoh et Gong Li (1er mars) et enfin Truman Capote de Bennett Miller, avec Philip Seymour Hoffman dans la peau de l’écrivain (15 mars). Sans être visionnaire, on peut déjà dessiner les grandes tendances des Oscars 2006. Qui de World Trade Center mis en scène par Oliver Stone ou de Flight 93 de Paul Greengrass séduira le public américain avec sa reconstitution des attentats du 11 septembre? Qui de Nicole Kidman (pour le rôle de la photographe Diane Airbus dans Fur de Steven Shainberg), de Cate Blanchett (qui retrouve son rôle de reine Elizabeth dans The Golden Age de Shekhar Kapur) ou de Kirsten Dunst (Marie-Antoinette évanescente dans le film éponyme de Sofia Coppola), saura concilier glamour et flamme d’actrice pour rafler la statuette la plus prisée du cinéma mondial? Clint Eastwood peut-il être nominé deux fois en tant que meilleur réalisateur pour son diptyque sur la bataille d’Iwo Jima, Flags of Our Fathers / Lamps Before the Wind? Johnny Depp gagnera-t-il enfin l’Oscar qu’il mérite pour l’adaptation du Scaphandre et le papillon, roman autobiographique écrit par l’éditeur Jean-Dominique Bauby de son lit d’hôpital? Réponses en mars 2007.


LE CULTE DES AUTEURS

Les succès des petits films horrifiques comme Saw et sa suite ont donné des idées aux producteurs américains. Maintenant que la culture geek est reconnue, de plus en plus d’auteurs se jettent à l’eau. A tout seigneur, tout honneur, 2006 verra le retour de trois papes du fantastique: John Carpenter avec The 13th Apostle, au pitch proche des Racines du mal de Maurice Dantec (un détective enquêtant sur une série de meurtres découvre un club de serial killer), Tobe Hooper avec Mortuary (5 avril) et Stuart Gordon avec Edmond, très bon film découvert à Deauville. La jeune garde s’y met aussi. Darren Aronofsky (Requiem for a Dream) a signé dans le plus grand secret The Fountain, odyssée futuriste sur l’immortalité, Richard Kelly (Donnie Darko) s’offre un casting improbable (The Rock, Sarah Michelle Gellar, Sean William Scott) pour Southland Tales, alors que Guillermo del Toro est retourné en Espagne pour mettre en scène Le Labyrinthe de Pan (1er novembre). Après le succès de Sin City, deux illustres comics ont été portés sur grand écran: 300 de Frank Miller sur la furieuse bataille des Thermopyles, adapté par Zack Snyder, et l’anarchiste V pour Vendetta d’Alan Moore, transposé par James McTeigue sur un scénario des frères Wachowski. On guettera également la nouvelle adaptation d’un roman de Philip K. Dick, A Scanner Darkly par Richard Linklater (21 juin), le nouveau film de Gregg Araki (Mysterious Skin), intitulé CrEEEps, ainsi que le retour du virtuose coréen Bong Joon-Ho (Memories of Murder) avec The Host. Dans la catégorie film choc, il ne faudra pas négliger The Great Ecstasy of Robert Carmichael de Thomas Clay, annoncé comme quasi insoutenable (15 mars) et Hostel d’Eli Roth, le protégé de Quentin Tarantino (1er mars). Enfin, impossible de ne pas évoquer ici deux projets fort différents mais qui promettent de longs débats: Clerks 2, the Passion of the Clerks, la nouvelle fumisterie irrésistible de Kevin Smith et Apocalypto de Mel Gibson, nouvelle perle mystico-new age du héros de Mad Max, ayant pour sujet la chute de l’empire Maya.


UN PEU D’ANIMATION

Le cinéma d’animation étant devenu une affaire très rentable, tous les producteurs essaient de grignoter une part de gâteau. Nos chères têtes blondes auront le choix l’année prochaine entre une farce gauloise, Asterix et les vikings (12 avril), la Marche de l’empereur façon George Miller avec Happy Feet (29 novembre), le très attendu L’Age de glace 2 (5 avril), le nouveau Pixar, Cars à la bande-annonce plutôt inquiétante (14 juin) ou encore Arthur et les Minimoys produit par Luc Besson (13 décembre), pour ne citer que les plus attendus. Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, le dessin animé n’est pas qu’un art destiné aux enfants. Deux longs métrages de l’immense Isao Takahata (Pompoko - 18 janvier - et Omohide Poroporo) le confirmeront sans peine. On pariera quelques billes sur deux productions françaises prometteuses sur le plan graphique, Renaissance de Christian Volckman (15 mars) et Peur(s) du noir avec la fine fleur de la bande dessinée indépendante (Charles Burns, Lorenzo Mattotti…). L’année 2006 permettra d’apprécier l’avancée du nouveau film de Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville), L’Illusionniste adapté d’un scénario de Jacques Tati, et les premiers pas dans l’animation de Wes Anderson. L’auteur de La Vie aquatique s’attaque en effet à l’adaptation de The Fantastic Mr. Fox, une fable signée Roald Dahl (Fantastique maître Renard en français). Enfin, on attendra avec impatience le nouveau film de Mamoru Oshii, Tachiguishi retsuden, tiré de son propre manga paraît-il complètement déjanté, ainsi que l’adaptation du Sorcier de Terremer, saga d’Ursula K. Le Guin, par Goro Miyazaki, le fils du maître, qui bénéficiera du savoir-faire inégalable du studio Ghibli.


FRENCH TOUCH

Après une année 2005 délicate en terme de box-office, le cinéma français cherchera à reconquérir le cœur des spectateurs. Dans le registre rouleau-compresseur, Les Bronzés, amis pour la vie lancera les hostilités, dès le 1er février, en espérant pour les ex stars du Splendid que seule la bande-annonce est ratée. Le 15 du même mois, Danièle Thompson tentera d’effacer deux bides avec Fauteuils d’orchestre; le couple Cécile de France – Albert Dupontel lui portera-t-il chance? Au printemps, le même Dupontel nous livrera son troisième long métrage, Enfermés dehors (5 avril), le jour de la sortie de Jean-Philippe de Laurent Tuel, avec Fabrice Luchini et Johnny Hallyday. Une semaine auparavant, on aura ri (ou pas) devant La Doublure de Francis Veber, avec Daniel Auteuil et Gad Elmaleh, un succès quasi assuré. Dans le domaine de l’action, on jettera un œil aux chiffres de fréquentation des mythiques Brigades du Tigre filmées par Jérôme Cornuau (19 avril), suivies de près par OSS 117, le James Bond français dans Le Caire, nid d’espions, avec l’incontournable Jean Dujardin en agent secret séducteur et second degré. La fin de l’année donnera le coup d’envoi au Concile de Pierre de Guillaume Nicloux, d’après le roman de Jean-Christophe Grangé, avec Monica Bellucci en tête d’affiche. On s’intéressera au remake de La Colline a des yeux d’Alexandre Aja, l’auteur du controversé Haute Tension (28 juin). Au rayon cinéma d’auteur, 2006 sera grandiose ou ne sera pas. Si Silent Hill, adaptation du célèbre jeu vidéo, écrit par Roger Avary et mis en scène par Christophe Gans, a peu de chance de se retrouver sur la Croisette, on n’en dira pas autant de Flandres, le nouvel opus de Bruno Dumont, de Lady Chatterley, le très attendu second long métrage de Pascale Ferran (Petits Arrangements avec les morts) ou encore Boarding Gate, le nouveau film d’Olivier Assayas. Tous sont pressentis pour la compétition officielle. Et Cannes réaliserait un très joli coup en présentant en sélection Les Disparus de Jacques Audiard avec Daniel Auteuil, The Science of Sleep de Michel Gondry avec Gael Garcia Bernal et Alain Chabat, ou encore La Graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche (L’Esquive). Deux monstres sacrés du cinéma français ferment le cortège, Claude Chabrol avec L’Ivresse du pouvoir (22 février) et Alain Resnais pour Petites Peurs partagées (29 novembre).


LA CROISETTE S’AMUSE

Avant même les premiers effets d’annonce, FilmDeCulte vous livre déjà la sélection cannoise dans ses grands contours. Pas besoin de boule de cristal, une fine analyse des plannings et des films annoncés ces neuf derniers mois suffit. Outre les Français mentionnés ci-dessus, le Festival de Cannes présidé par Wong Kar-Wai (du 17 au 28 mai 2006) devrait accueillir sur son célèbre tapis rouge Nanni Moretti (Le Caïman), sans doute pour l’ouverture - le film sort le même jour en France -, mais aussi son compatriote italien Emmanuel Crialese (The Golden Door sur l’immigration italienne, avec Charlotte Gainsbourg), le perfectionniste hongrois Béla Tarr (L’Homme de Londres), le Japonais Hirokazu Kore-Eda, l’auteur de Nobody Knows (Hana yori mo naho, un film de samouraï), le Serbe Emir Kusturica, président du jury 2005, pour son documentaire consacré à Maradona (24 mai), l’Américain Brian de Palma avec Le Dahlia noir, adaptation du roman noir de James Ellroy qui assurerait au Festival une belle montée des marches (Scarlett Johansson, Josh Harnett, Hilary Swank), le Néerlandais Paul Verhoeven avec Blackbook, une épopée sur la Seconde Guerre mondiale, ou encore le grand retour de David Lynch avec The Inland Empire. On pourrait également retrouver en compétition le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu pour Babel, avec Brad Pitt et Cate Blanchett, l’Américaine Sofia Coppola pour Marie-Antoinette, l’Argentin Daniel Burman (Derecho de familia), le Russe Andrei Zvyagintsev, l’auteur du magnifique Retour (Zapakh kamnya) ou encore Gus Van Sant pour The Time Traverler’s Wife, mais le film ne devrait pas être fini à temps. Un souci de timing identique pour Scoop de Woody Allen, qui met une nouvelle fois Scarlett Johansson à l’honneur. En revanche, les films suivants ne devraient pas faire le voyage: Le Soleil d’Alexander Sokurov (1er février), Tideland de Terry Gilliam, Takeshis’ de Takeshi Kitano, ou encore Wu Ji de Chen Kaige, déjà présentés dans d’autres festivals et Volver de Pedro Almodovar, prévu pour une sortie en avril à moins que…. Une clôture avec Martin Scorsese, Matt Damon et Leonardo DiCaprio pour The Departed aurait un certain cachet. A moins que Thierry Frémaux préfère jouer la carte du jeune prodige américain avec Zodiac de David Fincher, à l’ambiance sans doute proche de Se7en, son meilleur film, ou la surprise Night N. Shymalan avec Lady in the Water, ce qui, à Cannes, au bord de la mer, serait particulièrement de circonstance.





 
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