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LE REALISME MAGIQUE DE SHYAMALAN


"Sixième sens évoque mon enfance et le fait d’avoir toujours peur: ne va pas dehors, il fait trop sombre, ne va pas ici, ne va pas là. Tout m’effrayait, j’étais un gamin très timide. La peur de ce qu’il y avait dans l’autre pièce, ou au bout du couloir". Une angoisse comme clef de l’œuvre d’un jeune cinéaste obsédé par les liens invisibles entre réel et extraordinaire, et qui s’impose, en quatre grands films, comme un maître de l’illusion dans la droite lignée d’Hitchcock ou de Tourneur. Exploration du réalisme magique selon M.Night Shyamalan en quelques points.


AU ROYAUME DES AVEUGLES

Dans un monde pragmatique, généralement situé du côté de Philadelphie, le héros chez Shyamalan peine à percevoir le surnaturel. Cookbook classique du fantastique, l’extraordinaire naît du familier, toujours caché dans le cœur du personnage principal. L’un ne sait pas qu’il est un fantôme, l’autre qu’il est un super héros. La petite famille accumule les signes sans se rendre compte de leur dessein salvateur, l’aveugle déambule dans un monde de mensonges, porté par une lumière intérieure. La découverte du fantastique chez Shyamalan est d’abord une découverte de soi-même et de ses limites repoussées vers des cimes inconnues, catharsis (La Jeune Fille de l’eau) ou transcendance (Le Village) qui donne une autre stature au héros. "Ce qui me plaisait, c’était que quelqu’un découvre qu’il est extraordinaire", commente le réalisateur à propos d’Incassable. Chez Shyamalan, on cherche sa place, on se perd dans les limbes des morts ou dans des bois hantés, pour trouver une réponse à cette quête de soi, percer le sens de la vie dans un monde inquiet. Les miroirs et reflets s’accumulent car l’existence est double, brouillée par l’hésitation fantastique. Dans ces brumes mystiques, la foi est une arme indispensable.


KEEP THE FAITH

Exemple le plus évident, Signes raconte comment un pasteur qui a perdu la foi après la mort de son épouse finit par la retrouver, des ET sur Terre rétablissant malgré eux un dialogue avec Dieu. Mais la foi possède un sens plus large qui ne se limite pas à ses attributs religieux. A l’image de cette ombre de croix retirée du mur au début de Signes, la foi, même enfouie, guide des personnages en plein doute. On écoute beaucoup chez Shyamalan (Malcolm et Cole dans Sixième sens, Cleveland et Story dans La Jeune Fille de l’eau, Ivy dans Le Village), on raconte minutieusement des histoires insensées de fantômes, de super héros, de nymphes ou de monstres des bois, et la fonction même des personnages est d’être à l’attention des autres (psy, agent de sécurité, prêtre, ex docteur et gardien d’immeuble ou oreille attentive du fou du village). Les personnages doivent avoir foi en eux pour avancer à l’aveuglette, dépasser leurs peurs, et foi en un récit pour accepter les mystères de l’existence. Dans Le Village, le récit ancestral est corrompu par le mensonge, mais la foi, une confiance comme un désir d’élévation, porte malgré tout son héroïne. La Jeune Fille de l’eau se fait d’ailleurs œuvre réflexive d’un cinéma nourri par une foi en ses figures surnaturelles et ses histoires, n’hésitant pas à faire preuve d’un sens précis du grotesque. La croyance peut bien se nicher dans l’improbable: il ne s’agit là que d’une nouvelle épreuve de foi à surpasser.


I CANNOT SEE HIS COLOR

L’identité incertaine, leurs croyances en bandoulières, les personnages de Shyamalan doivent apprendre à analyser les signes qui se présentent à eux. Le frisson chez le réalisateur naît essentiellement du mystère et de la suggestion, sur le travail du cadre et l’environnement sonore. Shyamalan disperse d’autres indices d’un surnaturel s’insinuant peu à peu dans le réel, parmi eux l’utilisation de la couleur. Sixième sens s’appuie sur une symbolique rigoureuse autour du rouge, marque de la transgression du monde des vivants par celui des morts ou expression d’une émotion vive au contact de l’autre monde. La femme qui a empoisonné son enfant est en rouge, Cole, qui suit un ballon rouge, est habillé de la même couleur lorsqu’il est enfermé dans le donjon, le bouton de porte du sous-sol est rouge - les détails sont nombreux. Incassable, qui raconte la naissance d’un héros de comics, suit la progression surnaturelle du personnage à travers un cheminement chromatique: tenue verte en opposition au violet de son rival, couleurs qui deviennent de plus en plus vives à mesure que David Dunn découvre ses pouvoirs. Dans Le Village, la couleur devient règle ambiguë: le rouge est sensé attirer les monstres, le jaune d’or fait office de protection. Un grigri mental qui symbolise un réseau narratif parallèle avec ses propres codes. Le cinéma de Shyamalan marche par suggestion, et l’irruption du fantastique par association, caverne de Platon ou énigme dont on découvre le sens par indices.


LA MAISON ASSASSINEE

Le goût de Shyamalan pour l’horreur vient en partie d’un de ses souvenirs enfantins. Un retour à la maison tout à fait banal, après un passage au supermarché, avec sa famille. Au volant de la voiture, son père s’aperçoit que la porte d’entrée est entrouverte. Peur blanche dans l’assemblée, même si, finalement, c’est un simple paillasson qui s’est coincé dans l’ouverture là où le paternel imaginait déjà, comme il l’a confié à son fiston, qu’un fou furieux l’attendait assis sur le bord lit. "Cela rappelle la scène de Vincent [dans Sixième sens]: tu rentres chez toi et un inconnu t’attend". L’agression la plus déstabilisante a lieu à la maison, petit monde renfermé qui cristallise la tension des personnages. Malgré les images de l’extérieur, la maison de Signes, idéal américain à la Norman Rockwell vu d’une vitre cassée, semble parfois seule au monde (et Shyamalan d’évoquer Les Oiseaux, où Bodega Bay est comme coupée du reste de l’univers), comme le village d’Ivy Walker, ou même cette propriété de La Jeune Fille de l’eau dont on ne sort jamais. L’enfermement est parfois conséquence du règne ambigu de la peur, comme dans Le Village, où l’isolement est une tentative désespérée de survivre. Protection illusoire, même chez soi, même protégé des bois ou dans une cave gagnée par la pénombre, le héros chez Shyamalan ne peut échapper à son destin. Le motif de la claustrophobie indique l’épreuve à surpasser et l’isolement, en apparence rassurant, à l’image de ses personnages qui refoulent leur propre état, n’est jamais une solution.


LE TEMPS DE L’INNOCENCE

"Je voulais parler d’innocence, une innocence qui se mêle à un manque de connaissance de faune des bois", commente le réalisateur à propos du Village. Le sentiment peut s’appliquer à ses autres œuvres, marquées par leurs figures enfantines et un univers onirique au premier degré, relisant les grands mythes avec adoration. L’enfance chez Shyamalan est malmenée car consciente des dangers extérieurs, des fantômes qui l’entourent, des envahisseurs derrière la porte. Une jeunesse innocente confrontée à l’horreur, terrain vierge pour une mécanique de vertige surnaturel. Cette pureté blessée que l’on retrouve dans des personnages plus adultes, jetés hors de leur cocon douillet. Le rapport entre Ivy et Noah dans Le Village, ou la nymphe de La Jeune Fille de l’eau, femme-enfant à peine vêtue, effrayée par des bêtes fabuleuses, marchent sur une même idée avec laquelle Shyamalan joue lorsque Cleveland, dans le même film, imite le gamin venu pour écouter un conte. L’équilibrisme est périlleux, et le cinéaste est habitué aux ricanements de mésintelligence. Mais chacune des pièces du puzzle Shyamalan, de quête de soi en crise de foi, dans un monde étouffant et symboliste, participent à un fantastique d’une pureté virginale, aux enjeux humains et spirituels. "On me demande souvent si la culture indienne a influencé le film [sur Sixième sens]. (…) Peut-être que l’idée que le corps ne représente pas la limite de la vie, que l’esprit perdure, sont des choses que j’accepte à cause de toutes ces cérémonies indiennes à propos de fantômes et d’esprits contre lesquels il faut protéger la maison. De tous mes scénarios découle ainsi une certaine spiritualité".





 
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