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LA MISE EN SCENE DE SHYAMALAN
Attention, ce textes contient d'importantes révélations sur les films du cinéaste.
Nouvelle coqueluche du cinéma américain, M. Night Shyamalan cristallise dans son cinéma les puissantes
influences de ses maîtres Hitchcock et Spielberg. Peu de cinéastes auront su allier à la fois virtuosité
de la mise en scène et simplicité chronique. L'homme parvient à réaliser de façon simple et limpide, et dans
le même temps à donner une grande profondeur à ses images. Et à travers l'apparente simplicité du langage
visuel que le réalisateur développe, il tisse plusieurs trames subtiles de thèmes récurrents. Rarement
réalisateur aura été plus à même de fasciner, voir même d'hypnotiser, avec ses cadres soigneusement composés
où le placement de chaque objet, chaque perspective aura été pensé à l'avance. Rarement des plans en apparence
simples auront été autant porteurs de symboles, d'informations et de paraboles sur la condition du héros. Avec
par exemple l'extraordinaire plan d'un David Dunn sortant de la piscine face aux enfants qu'il vient de sauver,
apparaissant en géant, le cadre ne laissant voir que ses jambes. Plan simple, mais remarquable leçon de mise en
scène, maîtrisé via toutes ces composantes, ses distances focales, la disposition de chaque personnage, etc.
Shyamalan aime montrer sa virtuosité, exposer une scène de séduction habilement en un plan séquence en adoptant
le point de vue d'une enfant dans un train, espionnant depuis le rang de devant. Constructions habiles d'intrigues
où il y a toujours bien plus à voir que ce qu'une première vision pourrait laisser penser. Dans son cas, la caméra
agit comme une espèce de personnage, sésame invitant le spectateur à mieux entrer dans le film.
L'enfant chez Shyamalan, comme chez son maître Steven Spielberg, prend une place importante dans l'intrigue.
Souvent mature, intelligent, rejeté parfois, il a pour fonction de guider l'adulte en crise intérieure et de le
révéler à sa nature et à son destin. Il révèle ainsi au personnage de Bruce Willis sa condition de mort dans Le
Sixième Sens, il aide le père Hess dans Signes à retrouver sa foi perdue. L'enfant est souvent atypique,
jamais présenté sous un jour mièvre ou naïf, avec sa propre force qu'il parviendra à communiquer au monde des
adultes. Alors que l'adulte lui-même ne trouvera son salut que dans l'acceptation du point de vue de l'enfant.
Shyamalan en profite aussi pour montrer les problèmes d'incommunicabilité, les oppositions.
Shyamalan apprécie aussi tout particulièrement montrer des reflets de ses personnages. Symboles de l'apparence
trompeuse, la réflexion sur des objets tels que des miroirs, des poignées de portes, des écrans de téléviseurs,
le reflet déforme, brise la ligne continue, et va même jusqu'à devenir un élément destructeur quand celui-ci est
liquide. L'eau est la faiblesse de David Dunn ainsi que celle des extraterrestres de Signes. Le reflet est
le révélateur du coté trompeur de nos sens, nos yeux peuvent nous empêcher de voir, nous pouvons aussi bien choisir
d'ignore de voir, tel Malcom Crowe qui refuse de voir sa condition de fantôme. Le reflet ne fait qu'accentuer le
décalage avec la réalité, comme si il ajoutait un filtre supplémentaire à nos propres œillères.
Il y a du Kubrick dans la mise en scène de Shyamalan, via une certaine froideur, jouant volontiers avec les tons
bleutés, avec les lignes de fuites, les axes de symétries. Combien d'escaliers se trouvent dans ses films, symboles
d'un passage à un autre niveau (de conscience et/ou d'existence)? Le ballon qui s'envole dans l'escalier en colimaçon
du Sixième Sens, l'escalier menant à la cave de Signes, donnant sur une fenêtre où la lumière est
filtrée via des rideaux découpés en formes d'étoiles, de planètes. Les escaliers mènent vers un autre lieu et sont
souvent des passages obligés et à sens unique.
Ainsi, indubitablement, M. Night Shyamalan est un des plus grands jeunes réalisateurs hollywoodiens. Ses trois
derniers films sont trois œuvres irréprochables, maîtrisées et fortes. Trois films à la fois différents et entrant
dans une optique cohérente et logique. Trois films populaires, mais gorgés de thèmes subtils les transportant loin
de la 'simple' œuvre divertissante.