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GÉNÉRATION STARFIX
ou l'influence des particules starfixiennes sur le paysage cinématographique français



Il y a vingt et un ans, Christophe Gans, Nicolas Boukhrief et d'autres créèrent le mensuel Starfix, un journal de cinéma qui défendait aussi bien le film de genre que le film d'auteur. En cette année 1983, un an avant la mort de Truffaut, s'amorce pour le cinéma français une période de crise, dont on commence à peine à sortir. Les cinéastes français ronronnent, les entrées baissent, le public se précipite de plus en plus vers les succès d'outre-Atlantique, les grosses machines françaises se plantent, Belmondo et Delon fatiguent, De Funès meurt, et on attend toujours une nouvelle Nouvelle vague. Il y a bien quelque chose de pourri dans le royaume du ciné franchouillard. On est alors revenu à la sclérose de la fin des années cinquante, ne subsistent que quelques grands de l'"Art et Essai" (Resnais, Rohmer, Pialat,...) et l'arrivée du quatuor Annaud-Besson-Beineix-Carax, qui aura une influence certaine sur la vague starfixienne, entretient l'espoir.


MORNE PLAINE

C'est dans ce contexte qu'est apparu le mythique Starfix. Evidemment, les journalistes starfixiens s'intéressaient plus au cinéma américain et asiatique qu'à nos chers auteurs français, faisant ainsi connaître au public les noms de Tsui Hark, David Cronenberg, Sam Raimi, Abel Ferrara, John MacTiernan, John Woo et tant d'autres. Ils n'avaient alors que très peu d'occasions de parler en termes élogieux de nos cinéastes. De plus, le cinéma de genre français était quasi moribond, limité aux films policiers, et ne se renouvelait pas. En effet, nos réalisateurs passèrent totalement à côté de la nouvelle vague fantastique anglo-saxonne, amorcée au milieu des seventies. Ainsi, les grands studios américains donnèrent à Spielberg, Lucas, Carpenter and co des budgets de série A pour leurs histoires de SF, tandis que nos cinéastes, qui s'essayèrent au genre fantastique, eurent droit à des moyens de série Z, à quelques exceptions près (Nemo, Terminus). Comment alors prétendre tenir la distance face à Star Wars et autres Indiana Jones? Il fallut attendre le milieu des années 90, avec l'arrivée d'une nouvelle génération de cinéastes, dont les anciens journalistes et lecteurs de Starfix, pour inverser la tendance.


PASSAGE A L'ACTE

Boukhrief, Gans et leurs amis défendaient l'émergence d'une nouvelle cinématographie française, en rupture avec les générations précédentes, influencée par le cinéma américain et asiatique, tournant le dos aux conventions de la Nouvelle vague, développant un langage purement visuel, utilisant les dernières innovations en matière d'effets spéciaux, et s'inspirant d'autres médias (pub, BD, jeux vidéo). Comme les journalistes des Cahiers du cinéma au milieu des années 90, après la disparition du mensuel, ils franchirent le pas, en devenant réalisateur, scénariste ou producteur. La première à passer derrière la caméra est Martine Dugowson avec Mina Tannenbaum en 1994, un film d'auteur légèrement autobiographique contant une histoire d'amitié entre deux filles (Elsa Zylberstein et Romane Bohringer). Cette oeuvre, qui reçut de bonnes critiques, passa un peu inaperçue, comme ses deux opus suivants, moins réussis, Portaits chinois et Les Fantômes de Louba. On était loin de la ligne starfixienne, mais la même année Christophe Gans passa à l'acte en tournant l'un des sketches de Necronomicon, produit par Brian Yuzna, puis enchaînant avec l'adaptation du manga Crying Freeman, soit deux authentiques films de genre. Ces deux premières oeuvres furent tournées à l'étranger, et n'eurent pas autant de répercussion sur la production française que son film suivant, Le Pacte des loups. Avec ce conte historique au sujet et budget monstrueux, patchwork entre Angélique, Marquise des anges, Sleepy Hollow, John Woo et le western spaghetti, Gans prouve que l'on peut en France réaliser et produire des films d'entertainment pouvant rivaliser avec les blockbusters yankees. Le Pacte des loups devint "le pactole des loups", en totalisant plus de cinq millions d'entrées au box-office français. Il fit jurisprudence, et depuis, toutes les grandes sociétés (de Besson à Alain Sarde, en passant par Pathé) se sont lancées dans la production de films de genre ambitieux, avec plus ou moins de bonheur. Le mouvement fut ainsi définitivement lancé.


ESCOUADE

Les films de Nicolas Boukhrief eurent moins d'impact, que ce soit Va Mourir ou Le Plaisir et ses petits tracas, mais Le Convoyeur, comédie policière très noire dans le style de William Lustig, avec Dupontel et Berléand, va certainement changer la donne. Son oeuvre jusqu'à la sortie de son dernier film est plus obscure et plus souterraine, mais n'en est pas moins importante. En effet, Boukhrief est aussi scénariste (pour Kassovitz et Zilbermann), responsable de Canal + Ecriture, et cofondateur avec Richard Granpierre de la société Eskwad, deux entités qui eurent un rôle déterminant dans l'éclosion de nouveaux cinéastes, parmi lesquels Jan Kounen, Albert Dupontel et Gaspard Noé. En 1994, Nicolas Boukhrief et Richard Granpierre deviennent responsables de Canal + Ecriture, filiale de Canal + ayant pour but l'aide au développement de scénarios différents. Ce dispositif permit ainsi de financer l'écriture de Train de vie, Dobermann et Bernie, ce dernier étant coproduit par Kassovitz. En 1997, un peu frustrés de ne financer que les scénarios, Boukhrief et Grandpierre décidèrent de fonder Eskwad, avec l'aide de Canal. Cette société a depuis produit Le Pacte des loups, mais aussi le deuxième film de Dupontel, Le Créateur, et Irréversible de Noé. Bref, une famille de cinéastes starfixiens se dessine, où l'on retrouve Boukhrief, Gans, Dupontel, Kasovitz, Noé et Kounen, n'hésitant pas à s'entraider pour l'écriture ou le montage financier de leurs projets respectifs. Depuis, Boukhrief a quitté Eskwad, ce qui n'empêche pas cette dernière, toujours dirigée par Richard Granpierre, de produire Le Convoyeur et, avec le soutien de Christophe Gans, Saint Ange, un thriller fantastique réalisé par Pascal Laugier, auteur du making-of du Pacte des loups.


BEE MOVIES

En 1997, François Cognard, autre ex-journaliste de Starfix, prit le relais de Boukhrief à la tête de Canal + Ecriture. Il va avec la société Fidélité, de Marc Missonnier et Olivier Delbosc (producteurs de tous les Ozon), lancer la collection des Bee Movies, des séries B fantastiques et gores pour des budgets minuscules, en espérant découvrir plein de petits Sam Raimi. Malheureusement, l'échec financier et artistique est jusqu'à présent patent, avec en summum du ridicule le navet kung-fofolle de Julien Magnat, Bloody Mallory. On est là plus proche des pires séries Z que du bijou Evil Dead. Le bilan des Bee Movies était jusqu'à présent négatif, mais avec le dernier opus de la série, Maléfique, la tendance s'inverse. Ce film est une réussite, et Eric Valette prouve définitivement que l'on peut rivaliser avec les autres nations (en particulier les Etats-Unis et l'Espagne) sur le terrain des films fantastiques gores. Depuis, Eric Valette prépare deux projets très différents, un western sombre, Dark Guns, et l'adaptation du roman politique de Denis Robert La Boîte noire, pour Fidélité Productions. Par leurs actions diverses, les anciens de Starfix ont contribué à l'émergence d'une nouvelle vague de cinéastes et à la renaissance du cinéma de genre. Quant aux deux figures de proue de la matrice Starfix, Nicolas Boukhrief et Christophe Gans, ils vont continuer à approfondir leur sillon singulier dans le cinéma français: le premier s'attaque à une comédie et à un film d'horreur, le second hésite entre l'adaptation du jeu vidéo Silent Hill et un remake de Non coupable (sorti en 1946 avec Michel Simon).





 
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