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X-FILES: L'AMERIQUE PROFONDE ET SES DEMONS


Dans le panthéon des séries télé, on trouve nombre d'œuvres cultes. De Chapeau melon et bottes de cuir à 24 en passant par Six Feet Under, Friends ou L'Agence tous risques. Dans cet ensemble hétéroclite, attardons-nous sur l'une d'entre elles: The X-Files, traduite bien maladroitement dans un premier temps par Aux frontières du réel, avant que cette appellation soit fort heureusement abandonnée. Cette série aux allures paranormales se pare d'atours qui peuvent paraître au premier abord somme toute classiques. Deux agents du FBI, Fox Mulder (David Duchovny) et Dana Scully (Gillian Anderson), mènent des enquêtes ayant trait au paranormal. Seulement, à l'image de la formule de la série, "la vérité est ailleurs" et les choses sont plus complexes qu'elles n'y paraissent. En effet, Mulder, tout passionné du surnaturel qu'il est, mène une croisade dont les aboutissants le conduiront sur les traces de sa sœur disparue, dont il a assisté, enfant, à l'enlèvement. Mulder est persuadé de l'existence d'un complot planétaire incluant plusieurs races d'aliens et dont le but ultime est la colonisation de la Terre. Incarnant son exact contraire, Scully est la scientifique cartésienne et catholique, préférant appliquer à la lettre les règles du manuel plutôt que de provoquer ses supérieurs. Toutefois, elle-même sera impliquée personnellement dans le sombre complot lors de son enlèvement mystérieux. Autour de ces personnages gravitent des tueurs et des traîtres impitoyables, freaks déjantés, informateurs mystérieux, patrons ambigus mais dévoués, tous participent à la création d'une ambiance particulière.


UNE SERIE VENUE D'AILLEURS

A l'instar d'autres créateurs de séries devenues cultes par chance, il est fort à parier que Chris Carter, lors de la diffusion du pilote le 10 octobre 1993 sur la chaîne Fox, n'avait pas prévu un tel succès. Le complot mondial qui représente le squelette de la série n'était probablement pas aussi développé et complexe lors de ces premiers épisodes. Et pourtant, dès le début, nombre de thèmes sont présents, enclenchant une véritable folie du paranormal aux Etats-Unis et drainant depuis près de dix ans, nombre de variations autour d'un même thème (notamment avec la série Roswell, produite par un ancien d'X-Files, David Nutter.). La série répond à un grand nombre de codes et de gimmicks qui seront bientôt repris par les fans s'autoproclamant les x-philes (on retrouve une parodie de Mulder dans le personnage joué par Jeffrey Combs dans le Fantômes contre fantômes de Peter Jackson). Au départ, la série ne connaît pas un immense succès, les deux protagonistes principaux ne répondent pas réellement aux critères de l'époque (plutôt imposés par la navrante série aux allures de nanars Alerte à Malibu). David Duchovny parvient à s'imposer relativement facilement auprès de la Fox, mais Gillian Anderson, ne correspondant pas au binôme "blonde + forte poitrine" éveille certaines réticences. Carter parvient toutefois à imposer son actrice. Mais la seconde saison connaît un revirement inattendu qui va cristalliser un public fidèle: Gillian Anderson est enceinte et doit donc quitter la série pour un temps. De ce coup du sort, Chris Carter va en faire un coup de génie. Il va utiliser son actrice le plus possible tout en prenant soin de la filmer dans des scènes et avec des cadres ne révélant pas sa condition. Puis lors d'un mythique et excellent double épisode (Duane Barry, 2-05 et 2-06), le personnage de Dana Scully se fait enlever pour environ cinq épisodes. La mythologie propre à X-Files vient de commencer.


Les épisodes des neuf saisons suivront tous la même structure: une alternance entre histoires propres à la mythologie et investigations "classiques" autour d'un meurtre atypique. Les épisodes mythologiques sont situés en général en début et en fin de saison, se terminant par un cliffhanger résolu au début de la saison suivante, avec en plus certains épisodes de milieu de saison, en général séparés en deux. Les histoires classiques n'ont en général aucun lien entre eux, à l'exception de quelques références à la quête de Mulder parsemées ça et là. Et si les épisodes des deux premières saisons souffrent parfois d'un budget limité, de scénaristes n'ayant pas encore pris leurs marques, les quatre saisons suivantes se distingueront par leur qualité exceptionnelle. Le soin apporté aux saisons quatre, cinq et six transforme la série en produit de luxe télévisuel, chaque épisode devenant un vrai petit film de science-fiction. Tout irait pour le mieux si à la fin de la très moyenne septième saison, ce n'était au tour de Mulder de se faire enlever par des extraterrestres. Révélant ainsi la volonté de David Duchovny de quitter son personnage de Mulder qui ne l'intéressait plus et dont l'image était des plus collantes. Il reviendra de temps à autre pour plusieurs épisodes des saisons huit et neuf, dont les deux derniers épisodes de la série. Le nouveau partenaire de Scully ne sera autre que l'agent spécial John Doggett (joué par Robert Patrick, le T-1000 de Terminator 2), ancien militaire, homme étrange et sceptique, il représente le point de départ d'un nouvel esprit X-Files, privé de son personnage le plus représentatif, différent, mais non moins de qualité.


LA MYHTOLOGIE

L'une des plus grandes forces de cette série est d'avoir su créer un univers singulier, particulièrement complexe, où les petits hommes verts côtoient les paradoxes temporels ou les pseudos-miracles des fous de Dieu qui sillonnent l'Amérique. A travers ces aventures distrayantes et amusantes, il est possible d'y voir un portrait et une profonde critique du Nouveau Continent. La mythologie et l'univers X-Files ne parlent en fin de compte que des événements majeurs qui ont marqué l'histoire américaine ces cinquante-cinq dernières années. De Roswell en 1947 à Waco en passant par l'assassinat de Kennedy et la chasse aux communistes, la paranoïa américaine, sa peur d'elle-même prennent corps dans les complots impliquant les hommes de l'ombre de l'administration américaine. Des protagonistes cachés, influents, dangereux et sans peur, qui passent leur temps à décider tant des résultats des Oscars que de la manière pour eux d'échapper à la future colonisation de la Terre par des extraterrestres. En outre, X-Files est une série "sociale": nombre d'épisodes mettent en scène les minorités, les exclus du rêve américain, ainsi que leurs cultures aux accents sulfureux de chamanisme ou de vaudou. On retrouvera ainsi, pêle-mêle, des immigrés haïtiens, polonais, mexicains, japonais ou chinois. Mulder et Scully devront se frotter aux sectes végétariennes, cannibales, anti-gouvernementales. Ainsi qu'au diable et autres démons, hommes maîtrisant l'électricité ou le feu, vampires nomades, monstres de laboratoire, poupées maudites, virus enfermés dans les glaces... Grossièrement, ils auront à affronter tout ce que l'Amérique profonde compte de marginaux, de schizophrènes forcenés, hallucinés, d'illuminés ou de victimes de leurs propres pouvoirs.


La recherche proprement humaine d'une vie par-delà les frontières du ciel se solde elle-même en une histoire d'une complexité rare, distillée au cours des 202 épisodes (plus un film) de la série. En effet, il est impossible de résumer le complot qui se trame autour des extraterrestres tant celui-ci implique nombre de niveaux, de courants et d'intrigues enchevêtrées. Toutefois, on sait qu'il concerne une race extraterrestre ayant créé l'homme et voulant récupérer la Terre. Seulement, une partie dissidente de ces aliens cherche, par des moyens extrêmes tels que le meurtre, à stopper cette colonisation. De leur côté, les humains ayant eu vent de cette colonisation cherchent à trouver un moyen de se préserver des maléfices des extraterrestres en tentant de créer des hybrides humains/aliens et un vaccin contre cette hybridation forcée.


QUELQUES EPISODES MARQUANTS

La série comptant 202 épisodes, certains sont plus marquant que d'autres. Notamment ceux où apparaissent quelques guest-stars tels que Jodie Foster, prêtant sa voix dans l'épisode de la saison quatre Never Again. D'autres guests sont tout à fait remarquables, par exemple Giovanni Ribisi et Jack Black jouant ensemble dans un excellent épisode de la saison trois, Coup de foudre. Les apparitions de Veronica Cartwright (venue du premier Alien) dans un petit rôle récurrent, de Bruce Campbell (Ash dans Evil Dead) ou bien Roy Thinnes (le fameux David Vincent de la série Les Envahisseurs) jouant un alien guérisseur dans trois épisodes de la série, prouvent la volonté de crédibilité de la série en invitant des acteurs représentatifs de l'univers du fantastique. La participation de Stephen King dans l'écriture d'un épisode somme toute trop classique, mais efficace, continue de montrer à quel point la série possédait un fort pouvoir d'attraction. William Gibson, le père du mouvement cyberpunk, se fendra lui-même de deux scénarii d'épisodes. On notera aussi le rôle de vampire de Luke Wilson dans l'un des épisodes parodiques et savoureux (Le Shérif a les dents longues), celui de Tea Leoni (mariée à David Duchovny) ou le court caméo de Jerry Springer dans ce qui est probablement le meilleur et le plus hilarant des épisodes, Un Prométhée post-moderne. Il est intéressant de relever les rôles récurrents de Mimi Rogers, Laurie Holden et John Neville (le baron de Munchausen dans le film du même nom de Terry Gilliam). Le film, lui-même un épisode extra large avec plus de moyens, met en scène Martin Landau de la série télévisée Mission: Impossible. David Duchovny et Gillian Anderson feront eux-mêmes une guest en prêtant la voix de leurs personnages Mulder et Scully dans un épisode des Simpsons.


ET APRES?

X-Files apparaît comme un excellent tremplin vers de nouveaux horizons artistiques. Notamment pour les producteurs, réalisateurs et scénaristes. En effet, comme souvent dans les séries télévisées, les acteurs semblent éprouver de grosses difficultés pour dissocier leur image des personnages qu'ils incarnaient sur le petit écran. David Duchovny doit se contenter de quelques rôles de paranoïaques parodiant celui de Mulder (Evolution, Zoolander) et Gillian Anderson, hormis un rôle principal dans Chez les heureux du monde, paraît condamnée à ne rien jouer d'autre que Dana Scully. Rob Bowman, le principal réalisateur de la série, est quand à lui l'heureux réalisateur du très bon Règne du feu. James Wong et Glen Morgan, auteurs et producteurs de l'amusant Destination finale et du navrant The One. Et enfin Chris Carter lui-même, créateur effréné de plusieurs séries (Harsh Realms, Millenium, avec Lance Henriksen, dont le personnage de Frank Black fait une apparition dans un épisode éponyme de X-Files, ou bien le spin-off de la série; The Lone Gunmen). Malheureusement, aucune de ces séries n'a connu un succès équivalent à celui de X-Files et chacune a dû s'arrêter au bout d'un certain temps, faute d'audience.






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