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24 heures d'amour


France, 1999
De John B.Root
Durée : 1h31


Défendre un tel film pourrait paraître impossible tant le cinéma pornographique est tombé dans l'oubli ou le mépris. Rejeté de toute part, assassiné durant les années 1970 par l'infâme loi "X", il surnage au fin fond des sex-shops à travers quelques titres très évocateurs. Pourtant, entre les mauvais films remontés par Canal + et les pornos amateurs ratés trouvables dans n'importe quel bon vidéo club, on en oublierait presque que le cinéma pornographique est un genre à part entière, né quasiment en même temps que l'invention des frères Lumière. Il va bien falloir un jour se rendre à l'évidence : certains films X sont aussi bons voire meilleurs qu'un bon nombre de films traditionnels soi disant plus honorables.


Faisant tranquillement son petit bonhomme de chemin, dans son coin, John B. Root (écouter l'entretien) se révèle être l'un des meilleurs cinéastes actuels, tous genres confondus, avec son chef d'oeuvre diffusé en 1999 sur Canal +, 24 heures d'amour. Avec ce film, le réalisateur décide de passer à la vitesse supérieure et de dépasser le schéma habituel des films X, schéma plus ou moins utilisé par les précédents films du cinéaste. JBR s'est-il lancé dans l'aventure avec l'idée de réaliser le chef d'oeuvre du genre ? Si c'est le cas, le pari est réussi haut la main.


Dès les premières scènes, une constatation s'impose : les acteurs jouent très bien. Naturels, drôles, ne récitant pas leurs textes, ne fixant pas trop la caméra, ils semblent à l'aise. Rien que pour ce fait, le film constitue une première dans le monde du X. John B. Root s'est donné les moyens de réussir et a élaboré son script (il est à noter que ses scénarios font parfois plusieurs centaines de pages) en fonction des interprètes. Il leur a également laissé le temps d'apprendre leur rôle et leur a donné des conditions royales de tournage (une semaine de tournage à la place des trois jours habituels).


Cette donnée étant acquise (les acteurs sont crédibles), John B. Root peut tout se permettre, tout leur demander. Des scènes de dialogues aux scènes d'amour (car c'est bien de l'amour qu'on croit voir parfois à l'écran, et plus de la simple chair), ils sont capables de tout. Et le cinéaste y va sans se retenir, il réalise son rêve le plus fou, celui de faire un film où les scènes X s'articulent dans une histoire cohérente, qu'elles font avancer. Retirez du film les magnifiques scènes X et vous en changez l'histoire. Chaque scène devient ainsi aussi importante que n'importe quel dialogue, à saluer eux aussi.


Cette histoire, à priori simple (un couple en voyage de noces se dispute, les deux personnages faisant ainsi des tas de rencontres sexuelles dans l'hôtel), devient soudainement extrêmement fine dès qu'on en comprend le principe : deux personnages qui ne sont pas sur la même longueur d'ondes, deux personnages représentatifs de toute la population masculine et féminine de la planète. L'homme ne pense principalement qu'au sexe, tandis que la femme considère le sexe comme secondaire. Stéréotypés, ces personnages vont devoir dépasser leur condition de simple mâle et femelle pour se retrouver ensemble, de nouveau amoureux.


Chaque scène est donc un apprentissage. Apprentissage du sexe pour la femme, et de l'amour pour l'homme, qui va de ratage en ratage, faisant à chaque fois preuve d'un machisme insupportable (sublime HPG), jusqu'à la fameuse "scène du foin". Cette scène, belle à en mourir, constitue le déclic de l'histoire, son point charnière, celui où tout va basculer, où l'homme va comprendre et apprendre ce qui ne va pas dans son couple. L'homme comprend, au contact d'une femme lui montrant la douceur, les sentiments, les caresses... Après cette scène, le couple va pouvoir retrouver son équilibre, entre sexe et amour, entre chair et sentiments...


Avec ce film, John B.Root mérite plus que jamais son surnom de "Rohmer du X". Ses films ont en effet ce point commun avec ceux du réalisateur des Contes des 4 saisons d'analyser avec une précision toujours impressionnante les rapports entre hommes et femmes. Les dialogues ultra précis et constamment bien écrits (malgré une large part laissée à l'improvisation), les scènes hards magnifiques, parmi les plus belles jamais vues sur un écran, sa direction d'acteurs...en font un cinéaste à part, à l'oeuvre fragile car très critiquée (par ceux qui n'ont pas vu ses films et le considèrent comme un faiseur), mais au talent certain.


Pas de doute, John B.Root fait partie des grands, et 24 heures d'amour est à ranger au rayon des classiques, aux côtés de L'Empire des sens.





LIENS :

John B.Root.com



 
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