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LA BELLE DE MOSCOU
Silk Stockings
Etats-Unis, 1957
De Rouben Mamoulian
Avec Fred Astaire, Cyd Charisse, Janis Paige, Peter Lorre
En 1939, les affiches de Ninotchka proclamaient partout "Garbo rit!". En 1957, Garbo s’est retirée depuis longtemps et Ninotchka rit dans La Belle de Moscou où Cyd Charisse… danse. Cela peut paraître moins accrocheur, une paire de jambes contre une icône qui rit aux éclats, mais ces jambes-là étaient assurées des millions. Les voir évoluer de paire avec Fred Astaire, est toujours un événement.
On parle toujours de Ginger et Fred, c’est oublier Cyd et Fred qui forment un des couples les plus classes des comédies musicales des années 50. Et La Belle de Moscou en est la preuve. Il y a une alchimie entre ces deux-là qui prend toute sa saveur dans une scène où le bloc de l’Ouest compare la séduction hommes/femmes avec le bloc de l’Est. L’américain cabotine et susurre de doux All of you sur quelques pas de danse alors que la soviétique se contente d’un doigt pointé vers l’être désiré accompagné d’un sobre mais sexy "You, come herrrre". Ninotchka est donc une soviétique pure et dure, qui croit fort en les idéaux et principes de son pays. Commissaire à la culture, elle est envoyée à Paris pour rapatrier un pianiste et 3 de ses compatriotes, agents du KGB, soupçonnés d’avoir succombé à l’Ouest. Steve Canfield, incarné par Fred Astaire, producteur de films, va se charger de détourner l’attention de la belle, voire la faire succomber aux charmes décadents de l’Ouest.
Cette découverte d’un autre monde par notre fière Russe est illustrée par une des scènes les plus touchantes du film, celle où Ninotchka se défait de ses lourds habits fonctionnels pour revêtir les frous-frous des jupons et les soies légères des bas à couture. On voit alors Cyd Charisse déambuler gracieusement dans sa chambre d’hôtel et faire surgir des endroits les plus improbables les preuves coupables d’un monde que son cœur rêve de connaître mais que sa loyauté envers son pays condamne. Cette scène riche en émotion, et peu courante dans le genre n’occulte cependant en rien l’aspect comique du film et de ses personnages notamment Peggy Dayton et les comparses Russes. Peggy est une amie de Steve Canfield chargée d’occuper ces hommes, toujours Soviétiques dans l’âme mais trouvant au diable capitaliste quelque charme. Peggy la truculente et nos joyeux lurons animent gaiement ce film et nous permettent d’apprécier de savoureux moments de pure comédie dans de dynamiques morceaux de chant et de danse.
D’aucuns pourront être gênés par les clichés de la Guerre Froide véhiculés dans ce film, la propagande même. Il faut le prendre à la légère cependant car La Belle de Moscou se veut une comédie qui joue justement avec ces clichés. Nous avons assez de recul de nos jours pour l’apprécier sans lire entre les lignes d’un non message politique. Les traits sont certes très appuyés mais permettent de très beaux numéros de danse comme le Red Blues dans les appartements communautaires russes ou la complainte des 3 agents russes, intitulée simplement Siberia, effrayés à l’idée de peut-être finir en Sibérie. Après tout, l’idylle entre un producteur Américain et une camarade Russe séparés par un mur que tout le monde pensait indestructible, n’est-ce pas follement romantique?
Jill Holleville