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LE FANTOME DE LOPERA


The Phantom of the Opera
Etats-Unis, 2004
De Joel Schumacher
Scénario : Joel Schumacher, Andrew Lloyd Webber
Avec Emmy Rossum, Gerard Butler, Patrick Wilson, Miranda Richardson, Minnie Driver
Photo : John Mathieson
Musique : Andrew Llloyd Webber
Durée : 2h20


GALERIE PHOTO



XIXe siècle, au Palais Garnier. La jeune Christine, soprano à la voix d’or, est choisie comme muse par un ange mystérieux qui vit dans les sous-sols de l’Opéra. Un protecteur qui ne supportera pas la liaison naissante de Christine avec le Vicomte Raoul de Chagny.


DERRIERE MON LOUP, JE FAIS CE QUI ME PLAIT

Dix-huit ans que l’affiche au masque blanc trône au sommet de Times Square - Remember your first time…. Une première fois qui a eu lieu de l’autre côté de l’océan. Le Fantôme de l’Opéra, par Andrew Lloyd Webber, est né sur la scène londonienne, en 1986. Evidemment, il ne s’agissait pas de la première adaptation de l’œuvre de Gaston Leroux, signée en 1911. Le cinéma s’en est emparé de nombreuses fois, de la version muette avec Lon Chaney en 1925 à celle de la Hammer en 1962, en passant par la relecture Argento en 1998. Une version scénique et musicale a même vu le jour en 1984: Ken Hill monte alors un Fantôme sur des airs d’opéra connus. Webber, associé au producteur Cameron Mackintosh, pense confier son adaptation, avec musique originale, à Jim Sharman, qui a travaillé sur Jesus Christ Superstar et The Rocky Horror Picture Show, mais se rabat finalement sur Harold Prince, qui a mis en scène West Side Story, Cabaret ou Evita. Webber, enflammé, compose pour Sarah Brightman, sa compagne d’alors, et le triomphe est absolu. Les tubes du spectacle ont même leurs clips labellisés années 80 (voilures flottantes, fumigène party, maquillage de Jems et les Hologrammes), avant qu’une nouvelle version ciné ne soit en projet. Celle-ci met longtemps avant de se concrétiser – hésitations sur les acteurs (Banderas ou Travolta pour le fantôme, Katie Holmes ou Keira Knightley pour Christine) ou réalisateur (on parle de Shekhar Kapur, l’auteur d’Elizabeth), mais le nœud se dénoue lorsque Webber voit Génération perdue dont il admire l’usage de la musique. Son homme, c’est décidé, sera Joel Schumacher. Après avoir débuté comme costumier, Schumacher se retrouve ainsi dans les somptueux frous-frous du Palais Garnier.


RIRES JAUNES, TOUPIES ROUGES

Pour John Steinman, compositeur et proche de Webber, Le Fantôme est "un spectacle rock qui imite l’Opéra". Pour Mackintosh, l’adaptation doit développer l’histoire d’amour gothique, pour Webber, la partition est et doit rester "virile". La mission de Schumacher est donc de voir grand, brutal et lyrique. Le triangle amoureux sera renforcé en enrichissant le personnage de Raoul, et la scène du duel dans le cimetière sera préparée spécialement pour le film. Les chansons resteront, elles, identiques. Et c’est peut-être là que le bât blesse: le thème du Fantôme, avec ses orgues jouant des portées aux airs de toccatas entre Jean-Sébastien Bach et Bonnie Tyler, sonne aujourd’hui un rien daté et ampoulé. Très efficace, mais kitsch – on comprend mieux maintenant la fascination de Webber pour Génération perdue, avec son Tim Cappello en saxophoniste so 80’s. Et comme Schumacher a décidé de faire dans la démesure, la comédie musicale tourne rapidement à la méga meringue à 70 millions de dollars. Parangon à la confiture, le numéro de Masquerade, explosion beuglarde et culte d’or et d’argent, trempe généreusement dans le revival Rondo Veneziano, tandis que la scène finale, dans les sous-sols façon caverne de Disneyland, se transforme en affrontement vocal où l’on continue à chanter, même pendu au bout d’une corde. "Comme le dit Joel, personne ne vous paye pour sous-jouer", déclare judicieusement Minnie Driver. Une surenchère qui, paradoxalement, assomme comme il rend attachant ce gros pot de miel, avec son amoureuse à l’innocence blanc de poulet et son amant Amora. Le fantôme, lui, peut continuer à se morfondre dans son coin et détruire son beau lustre Swarovski, Webber affiche sa satisfaction, félicite Schumy, et même s’il loupe le coche des Oscars, le film doublera sagement sa mise au box-office mondial.


Nicolas Bardot




 
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