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POUR LE MOORE DU RISQUE


La 57e édition du Festival de Cannes s'est achevée sur le triomphe de l'américain Michael Moore, palmé d'or pour son nouveau documentaire engagé, Fahrenheit 9/11. Une conclusion tout à fait logique: la manifestation fut très politisée cette année avec notamment le conflit des intermittents du spectacle et le passage sur la Croisette de José Bové. Quentin Tarantino et son jury ont également fait la part belle aux cinémas français et asiatique, qui repartent avec trois récompenses chacun. Retour sur dix jours de festin cinéphile.


RECONCILIATION

La cuvée 2003 a laissé de très mauvais souvenirs aux festivaliers. La compétition officielle avait fortement déçue la critique américaine, les stars avaient boudé le rendez-vous des marches et même la cérémonie de clôture semblait dépourvue de la magie habituelle. Il fallait réagir. Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont réussi leur pari. Si Cannes n'a pas connu sa meilleure sélection cette année, les deux hommes sont parvenus à trouver un point d'équilibre entre paillettes et cinéphilie, grosse machine hollywoodienne (Troie présenté hors compétition) et cinéma plus intimiste. La diversité fut l'unique mot d'ordre. Se sont succédés sur les écrans dessins-animés (Shrek 2, Innocence), documentaires (Mondovino, Fahrenheit 9/11) ou encore vrais films de genre (Old Boy, L'Armée des morts, Breaking News)... Du rarement vu en compétition officielle. La nomination de Quentin Tarantino en président du jury était une riche idée. Non seulement la présentation de Kill Bill, vol. 2 fut l'un des grands moments de la manifestation, mais le réalisateur américain est aussi parvenu à communiquer sa passion dévorante pour le septième art. Et l'on n'est pas près d'oublier son annonce de la Palme d'or, les joues rougies par l'émotion.


TOUT LE MONDE IL EST BEAU

Très homogène, la compétition ne comportait pas de long métrage emportant immédiatement l'adhésion. Le palmarès reproduit bien cet état de fait avec huit films primés. Sévèrement contestée l'an passé, la sélection française retrouve un peu d'éclat avec des prix pour chacun de ses films en compétition. Comme une image d'Agnès Jaoui a reçu le prix du scénario et surtout un formidable accueil critique de la part de la presse américaine. Clean a permis à l'excellente Maggie Cheung de décrocher le prix d'interprétation féminine. Le regard embué d'Olivier Assayas est l'une des images fortes de la très belle cérémonie de clôture. Tony Gatlif a quant à lui obtenu le prix de la mise en scène. Un costume peut-être un peu grand pour Exils, mais la belle émotion du cinéaste a fait chavirer de bonheur le bunker. On connaissait le goût du réalisateur de Pulp Fiction pour le cinéma asiatique. Trois prix sont venus en apporter la confirmation: le grand prix pour le très sombre Old Boy de Park Chan-Wook, le prix d'interprétation masculine pour le jeune héros de Nobody Knows de Hirozazu Kore-Eda et enfin le prix du jury pour l'intrigant Tropical Malady d'Apichatpong Weerasethakul.


FANTOMES

Quelques grands noms manquent pourtant à l'appel. On peut déjà regretter l'absence en compétition du nouveau Pedro Almodovar, très beau film d'ouverture certes, mais le cinéaste espagnol aurait pu figurer au palmarès avec sa très belle Mauvaise Education. On pouvait penser que Gaël Garcia Bernal, travesti chez Almodovar, recevrait un prix pour sa prestation dans Carnets de voyage de Walter Salles. Fatale erreur: le cinéaste brésilien pressenti un temps pour la Palme, n'a pas réussi à convaincre le jury. Emir Kusturica n'a pas rencontré un meilleur sort. La Vie est un miracle s'est pourtant révélée une oeuvre magnifique, humaniste, forte, émouvante... Enfin comment ne pas terminer ce compte-rendu sur "l'affaire" du Festival, la tache indélébile qui gâche un peu la fête: l'accueil indigne fait au dernier film de Wong Kar-Waï, 2046. Les pingouins n'avaient pas eu leur scandale annuel, il fallait sévir. Un simple retard de bobine s'est alors transformé en tentative de "tricherie", en "coup marketing" et en "prise d'otage". Ainsi jeté en pâture, le réalisateur fut contraint de se justifier en conférence de presse. Et comme 2046 n'était pas le grand film de SF attendu, mais une variation sur le même t'aime d'In the Mood for Love, la statue de l'idole fut vite déboulonnée. Son absence du palmarès apaisera les rancoeurs.




Envoyés spéciaux à Cannes: Julie Anterrieu, Liam Engle et Nicolas Plaire. Remerciements à: Boris Legeron et Nicolas Perret.



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