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STUDIO GHIBLI: L'HISTORIQUE


Longtemps, le rêve s'est vendu sous les traits d'une souris en culotte courte, micro ambassadeur d'un royaume gargantuesque: Disney. Le rêve au firmament: une marque déposée, une qualité inégalée, une production massive et un trésorier comblé. Puis le réveil a sonné et les souris ont déchanté. De l'autre côté de la mappemonde, un petit studio japonais réinventait l'art de l'enchantement: Ghibli. Formule magique grâce à laquelle les princesses, les petites sorcières et les cochons se sont mis à voler.


UN NOUVEAU SOUFFLE

Au commencement étaient deux fortes têtes: Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Employés insurgés de la Tôei dôga, géant de l'animation nippone, ils partagent leur temps entre rebellions syndicales et frustrations artistiques. Durant les années 70, les deux hommes travaillent essentiellement sur des séries télévisées à bas budget, alors qu'ils rêvent de se consacrer aux longs métrages. Dix ans d'ambitions contrariées au sein des principales compagnies d'animation, avant que Dame Fortune daigne leur prêter main forte. 1982 est une année faste. Miyazaki renoue avec ses premières amours, le manga, et entame l'écriture de sa série phare, Nausicaä de la vallée du vent. L'œuvre est prépubliée dans Animage, revue appartenant à l'un des plus grands groupes de presse au Japon, la Tokuma Shoten. L'accueil est enthousiaste, un film sera mis en chantier dès l'année suivante. Isao Takahata en est le producteur exécutif. Le film sera financé par la Tokuma et Topcraft, dont la faillite va provoquer la naissance de Ghibli. En avril 1984, Miyazaki et Takahata fondent à Tokyo leur propre société, Nibariki ("la puissance de deux chevaux", Miyazaki affectionne les 2 CV et en possède une depuis qu'il a découvert Les Amants de Louis Malle). Le film sort en novembre et rencontre un succès encourageant. Il consacre deux artistes qui, sous l'impulsion de la Tokuma, accouchent sans douleur d'un nouveau studio baptisé Ghibli. L'expression, empruntée aux pilotes italiens, signifie "vent chaud soufflant sur le désert du Sahara"; les ghibli désignaient leurs avions de reconnaissance pendant la Deuxième Guerre mondiale. C'est aussi le nom d'une célèbre marque de moteurs. La métaphore est limpide: les deux complices ambitionnent ni plus ni moins de révolutionner le morne paysage de l'animation japonaise.


LE GAGE DE L'EXCELLENCE

De par leur expérience télévisuelle, Miyazaki et Takahata sont conscients de la précarité de leur studio. Leur méthode de travail ralentit la production frénétique des grandes compagnies. Introduite en 1963 par Osamu Tezuka, la pratique de l'animation limitée (soit environ cinq images par seconde) s'est depuis généralisée dans tous les ateliers de création. Un moindre budget et un énorme gain de temps pour une rentabilité maximale. A la naissance de Ghibli, la Toei ne produit que deux à trois longs métrages par an, le reste des dépenses étant consacré au marché bien plus lucratif de la télévision. La majorité des films d'animation étant tirée de séries à succès, les producteurs rechignent à investir dans des scénarii originaux. Conçus à des fins purement commerciales, ces films sont souvent bâclés par faute d'ambition. Mauvais suiveurs, Miyazaki et Takahata inversent, eux, la donne. En s'emparant d'un médium mal exploité (le cinéma d'animation) et en s'octroyant de plus longs délais de tournage, ils tentent même d'imposer une nouvelle norme: la qualité, plutôt que la quantité. Credo qui s'est pourtant soldé par un cuisant échec commercial en 1968, avec Horus, prince du soleil. Sans garantie de viabilité, le studio Ghibli avance à pas mesurés et n'embauche donc aucun personnel à plein temps. Chaque équipe est éphémère et, si les finances le permettent, de nouvelles embauches ont lieu. A ses débuts, le studio Ghibli ne compte pas plus de quatre-vingt personnes. Les locaux se réduisent à un étage loué dans un immeuble de la banlieue de Tokyo.


UNE PELUCHE POUR EMBLEME

Première production maison, Le Château dans le ciel obtient de moins bons résultats en salles que Nausicaä. Aussi, son successeur tarde à voir le jour. Miyazaki désire réaliser un court métrage sur Tokorozawa, sa ville d'adoption. En vain. Le projet, jugé peu vendeur, est gelé provisoirement. Toshio Suzuki et Osamu Kameyama, deux membres actifs de la Tokuma, ont alors l'idée de contacter la prestigieuse maison d'édition Shinchôsha pour financer l'adaptation animée d'un roman d'Akiyuki Nosaka, Le Tombeau des lucioles. Effet boule de neige: l'annonce de la participation de la Shinchôsha conduit la Tokuma à financer le projet de Miyazaki. Takahata se voit confier la réalisation du Tombeau des lucioles, tandis que Miyazaki transforme son court métrage en long: Mon Voisin Totoro. Réalisés simultanément, les deux films épuisent toutes les forces vives de Ghibli: réalisateurs, producteurs, dessinateurs, animateurs et coloristes. Les difficultés techniques et le manque d'effectif plombent l'harmonie du studio. A cela s'ajoute un nouvel obstacle financier: les deux sujets intéressent peu les distributeurs. Le retard s'accumulant, les deux films ratent la promotion estivale. A leur sortie, Mon Voisin Totoro et Le Tombeau des lucioles n'obtiennent pas le succès public escompté, mais leur qualité exceptionnelle sera couronnée par de multiples récompenses. Succès critique qui ouvre bientôt la voie à un succès marketing… la vente des peluches Totoro. Un fabriquant de jouet convainc le studio de lui céder les droits de reproduction. Les peluches sont mises en vente deux ans après la sortie du film et obtiennent un tel succès que le studio parvient à combler son déficit budgétaire. Le bienveillant Totoro devient ainsi l'emblème de Ghibli.


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