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Premier véritable agent au service de sa majesté, premier rôle marquant pour Sean Connery au cinéma. Son interprétation du célèbre agent au double zéro changea sa carrière moribonde en une success story absolument parfaite. Lors de la préparation du premier film pour le cinéma de James Bond, plusieurs acteurs furent pressentis afin d'endosser le classieux costume de l'agent. Parmi ces possibilités se trouvaient Cary Grant, Patrick McGoohan, David Niven (qui se rattrapa plus tard en interprétant l'agent dans le Casino Royale burlesque de 1967) et même Roger Moore, qui avait la préférence de l'auteur, Ian Flemming. Malgré tout, le rôle échut à Sean Connery, qui fut remarqué par la femme du fameux producteur Albert Broccoli.


Dr. No sortit en 1962 et fut un carton au box-office, propulsant Sean Connery dans le carré des stars qui comptent; de plus James Bond devint une franchise lucrative. Le film posait une partie des bases de ce qui allait faire le succès de la série: humour noir, femmes en pâmoison devant l'agent, action et exotisme. Sean Connery livrait ici une interprétation qui allait poser les jalons pour les films à venir: un James Bond sombre, pouvant tuer de sang froid et se devant d'être effroyablement machiste.


Les films suivants avec Sean Connery connurent la même destinée. Bons baisers de Russie exploite plus profondément la veine naissante de James Bond. Le film, avec un budget double de Dr. No, offre une scène mythique: une longue bagarre à mains nues entre James Bond et Red Grant (Robert Shaw) dans l'Orient Express. Ici le mythe est affiné et les vrais gadgets font leur apparition ainsi que Q. Sean Connery endossera le costume de l'espion encore quatre fois officiellement pour Goldfinger, Opération Tonnerre, On ne vit que deux fois et Les Diamants sont éternels. et à chaque fois, en définissant un peu plus les contours d'un rôle qui finit par sembler taillé pour lui. Goldfinger devint l'épisode préféré des cinéphiles, avec un méchant charismatique, une Bond girl lesbienne fondant sous le charme de l'agent et enfin une chanson universellement connue chantée par Shirley Bassey.


Toutefois, Sean Connery se lasse de son agent secret et désire se concentrer sur d'autres rôles plus variés. Après On ne vit que deux fois, il décide, las de la pression, de rompre son contrat avec la MGM malgré la proposition, à l'époque faramineuse, d'un million de dollars.


Pressé de trouver un nouvel agent, Broccoli, après avoir considéré un temps Adam West, jeta son dévolu sur un mannequin d'origine australienne George Lazenby. L'homme n'avait jamais tourné dans le moindre film et son expérience en matière de comédie se limitait à des publicités à la télévision anglaise. Toutefois il sait se battre, car il fut instructeur pour l'armée australienne et apprit sous la tutelle de Bruce Lee. Il signa donc avec Broccoli un contrat pour sept films. Le tournage ne se passa pas bien. Lazenby y acquit une réputation d'homme impossible à diriger. De plus, ses relations avec la Bond girl jouée par Diana Rigg n'étaient pas au beau fixe, une rumeur tenace faisant état du fait qu'elle mangeait de l'ail avant les scènes de baisers. Au service secret de Sa Majesté sortit en 1969 et fut un grand succès au box-office, mais marcha moins bien que les trois derniers films avec Sean Connery. George Lazenby décida donc de rompre le contrat qui le liait avec Broccoli et de ne pas reprendre le rôle de James Bond pour Les Diamants sont éternels, prétextant que la franchise, sous les coups de butoir de la culture hippie, deviendrait ringarde. George Lazenby ne parvint jamais à réellement retrouver le chemin des plateaux et sa carrière s'enfonça.


Sean Connery revint donc pour la dernière fois officiellement reprendre le rôle de l'agent britannique. L'acteur écossais fut convaincu, après que d'autres recherches infructueuses furent menées, grâce à un gros chèque de 1,25 millions de dollars et un pourcentage sur les recettes. Seulement, c'est un James vieilli qui revient. L'acteur, devenu chauve, porte une moumoute. Seulement, une fois encore le film fait un carton au box-office. Mais Sean Connery jette l'éponge pour la dernière fois.


La dernière fois avant 1983 et Jamais plus jamais. Le film est un remake d'Opération tonnerre, écrit et produit par l'auteur de ce dernier qui, à la suite de longues procédures légales, obtint l'autorisation de faire son propre James Bond. L'auteur-producteur désirait utiliser la musique et le générique habituels, mais les problèmes de droit l'en empêchèrent. Il souhaita aussi engager George Lazenby pour le rôle de James Bond, mais engagea Sean Connery après que celui-ci déclara, à 53 ans, qu'il se sentait près pour reprendre le rôle. Le film, dont le casting comprend Kim Basinger et Klaus Maria Brandauer, est presque un pied de nez à la série puisqu'il se termine sur la ferme résolution de James de ne plus reprendre du service. "Jamais plus", dit-il.

Nicolas Plaire


 
GOLDFINGER

Royaume-Uni (1964)
De Guy Hamilton
Scénario : Richard Maibaum, Paul Dehn
Avec Sean Connery, Honor Blackman, Gert Fröbe
Photo : Ted Moore
Musique : John Barry
Durée: 1h52
5/6

James Bond, pour sa troisième mission, est envoyé pour surveiller et enquêter sur le milliardaire Auric Goldfinger, dont la passion pour l'or semble atteindre es proportions anormales. James finira par découvrir que son obsession le poussera jusqu'à attaquer la réserve d'or américaine de Fort Knox.

Troisième James Bond avec Sean Connery et probablement son film le plus marquant, Goldfinger impressionne de par ses qualités. Le scénario est malin et finit à peu près définitivement de sceller l'ordre du mythe bondien avec une chanson légendaire, un homme de main devenu l'un des plus beaux symboles de la série (Oddjob et son chapeau meurtrier), et l'introduction de la voiture bourrée de gadgets, la fameuse Aston Martin DB5. Ici, les moyens mis en place, soit quatre fois le budget de Dr. No, servent un film plus ambitieux que les autres. Les femmes occupent un espace moins important que dans les autres films, la vraie Bond girl, Pussy Galore, n'apparaissant que vers le milieu du film. Goldfinger met surtout en scène un des méchants les plus charismatiques de tous en la personne de Auric Goldfinger lui-même. Non affilié au SPECTRE, son intérêt réside exclusivement dans l'or et tente par tous les moyens d'augmenter la valeur de celui qui lui appartient. Il est ainsi brillamment interprété par Gert Fröbe. De plus, le film possède un ton moins politique que ses deux prédécesseurs, qui évoquaient ouvertement les conflits entre l'Est et l'Ouest. Ici, pas de guerre froide, juste l'histoire d'un ambitieux braquage de banque. Et c'est cette ambition, liée à une certaine décontraction, qui contribue à faire de Goldfinger un des tous meilleurs James Bond de la série. Classe et divertissant.

Nicolas Plaire



 

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