LE SENS DE L'IMAGE ET DE LA MISE EN SCÈNE
Leone croit en la possibilité expressive de la mise en scène, et plus particulièrement de l'image proprement dite.
Pour cette raison, il utilise les figures de rhétorique en abondance.
En jouant avec le temps, il se sert de l'ellipse pour manipuler la biographie de ses personnages (Cf: plus haut).
Dans Le Bon..., la fanfare qui joue un air doux et mélancolique alors que Tuco se fait torturer est un parfait
exemple d'oxymore (association du contradictoire). Il utilise également la métaphore: dans ... l'Amérique,
Déborah (Elisabeth Mac Govern), qui baisse le rideau au moment où elle aperçoit Noodles (R. De Niro), alors qu'elle
est dans le train pour Hollywood. La métonymie (désigner un tout par une partie) est une autre figure récurrente de
ses oeuvres et peut être parfaitement illustrée par le cigarillo et le poncho de Clint Eastwood dans ses trois
premiers westerns.
Mais toutes ces figures de rhétoriques se rassemblent sous un seul et même procédé, celui de l'hyperbole, de
l'exagération. Chez Leone, tout est excessif: l'action, les personnages poussés à l'extrême, les images (les figures
de rhétoriques, les gros plans...), le montage hyper détaillé, la musique diffusée en premier plan, prenant ainsi
toute la place sonore, la suspension du temps, et même le pessimisme qui se dégage de ses oeuvres. On retrouve cette
idée d'abondance dans la peinture italienne, et en particulier l'école de "Vedute" dont le style a beaucoup inspiré
Leone. Mais il faut surtout souligner que cette notion d'hyperbole a pour fondement même la personnalité de
Leone.
Ce sont donc la méticulosité, le sens du détail et ce goût pour l'excès qui ont fait le style de Leone et de sa
mise en scène. Mais quel style? Leone se reconnaît lui même comme un baroque: "Lors de la première vision...
l'abondance des images baroques fait primer la surprise.[...] J'ai besoin de travailler sur la fantaisie pour mieux
installer la chorégraphie et le baroque dans mon écriture cinématographique". Mais cet avis est très controversé.
Il est reconnu comme baroque pour son goût des détails, pour l'excès et aussi sa façon crue de montrer les choses.
Mais il ne fait que frôler le baroque, car il n'utilise à aucun moment la forme elliptique qui est le fondement même
de l'esthétique baroque, et bien au contraire il inscrit le dénouement de ses films à l'intérieur d'un cercle.
L'originalité du style de Sergio Leone, qui n'a vraiment été visible et reconnue qu'à partir de Le Bon...,
s'est constituée et a évolué à travers le western, ce genre que l'on appelle "le genre cinématographique le plus
codé avec la comédie musicale" ou encore "le cinéma américain par excellence".
LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND
Il buono, il brutto, il cattivo / The Good, the Bad and the Ugly -
Italie - 1967 -
De Sergio Leone -
Scénario: Age Scarpelli, Luciano Vincenzoni, Sergio Leone -
Avec Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cleef, Aldo Giuffe, Rada Rassimov, Mario Brega -
Photo: Tonino Delli Colli -
Musique: Ennio Morricone -
Durée: 2h40, 2h58
Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession, trois hommes recherchent un butin de deux cent mille
dollars, caché par des soldats sudistes. Il y a Sentenza (la brute), tueur sous contrat qui, lors d'une
affaire, apprend l'existence du trésor. Tuco Benedictio Pacifico Juan Maria Ramirez, dit "le porc"
(le truand), dont la tête est mise à prix, qui s'est associé à Blondin (le bon).
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