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L'AMÉRIQUE DE SERGIO LEONE


Sergio Leone est un amoureux de l'Amérique et du cinéma américain, il n'est donc pas étonnant que toute son oeuvre dépeigne ce pays (à part Le Colosse de Rhodes). En recréant et détournant les codes du western jusqu'à le transformer en film noir de gangsters, il reconstruit l'histoire américaine, donnant ainsi à voir sa propre interprétation du mythe qu'ont toujours représenté les Etats Unis. A ce sujet, Tonino Delli Colli déclare: "Sergio faisait des westerns mieux que les Américains. C'était un américanophile d'une espèce spéciale, avec un rapport amour-haine assez étrange. Il ne parlait pas anglais. Mais tout ce que les Américains faisaient en matière de cinéma était pour lui formidable".


LE WESTERN SELON LEONE

Sergio Leone réalise son premier western (Pour une poignée...) alors que le western américain classique est en déclin. En effet, dans les années 60, on assiste à un vieillissement de l'Ouest et de ce genre historique, qui en relate la conquête progressive. Leone va alors entamer une reconstitution du western classique, qu'il avoue ne pas vraiment aimer mais qu'il prétend admirer profondément.


C'est ainsi que, même s'il en abandonne une partie (les Indiens, les bisons), on retrouve dans ses quatre westerns les grands thèmes des classiques américains: le duel, l'enterrement et le deuil (en particulier dans ... l'Ouest), le chasseur de prime (l'Américain dans Pour une poignée..., Mortimer et le Mancho dans Et Pour quelques dollars..., Blondin et Sentenza dans Le Bon... et Frank dans ... l'Ouest). De plus, les héros sont virils, adroits et mènent une quête. Leone utilise également des scènes plus anecdotiques qui rappellent celles de grands westerns: l'échange des otages dans Pour une poignée..., comme dans Rio Bravo de Howard Hawks; le concours d'adresse (la scène des chapeaux) entre Mortimer et le Mancho dans Et Pour quelques dollars... avec le troisième pôle de l'enfant qui les observe, rappelle une scène quasi identique dans Shane, l'homme des vallées perdues de George Stivens; ou encore le simple fait que, à la manière des Sept mercenaires, qui reprenait Les Sept samouraïs de Kurosawa, il a utilisé Yojimbo, du même réalisateur, pour faire son premier western.


Cette reprise des thèmes des grands westerns classiques passe surtout par une reconnaissance dans les westerns de John Ford. Dans les deux cas, on retrouve deux personnages obligés de vivre une aventure, de mener une quête, ensemble la plupart du temps poussés pas la vengeance. De plus, ce sont tous deux des cinéastes du paysage. Leone reprend non seulement la structure des westerns de Ford, mais également les thèmes qui lui sont propres, avec de nombreuses allusions, notamment à La prisonnière du désert (The searchers): La fille pure enlevée à sa famille dans Pour une poignée...", le nom des Morganstern (Pour une poignée...) qui fait allusion à celui des Yorganstern, et également le Colonel Mortimer (Lee Van Cliff) qui, comme Ethan (John Wayne), se trouvait dans le camp des Sudistes pendant la Guerre de Sécession et a donc perdu (Et Pour quelques dollars....


Mais le western de Leone qui est en filiation directe avec ceux de Ford, c'est Il était une fois dans l'Ouest. On y retrouve le chemin de fer qui rappelle Le cheval de fer, le premier western de Ford, l'enterrement et l'opposition entre l'intérieur sain et l'extérieur sauvage, qui sont deux des thèmes les plus important chez Ford, mais aussi pour la première fois chez Leone, l'image des monolithes de la Monument Valley, qui représentent le décors "fordien" par excellence. Mais, à propos de cette filiation affichée, Leone déclare "Ford, il avait commencé une certaine rue... et moi je crois l'avoir terminée. [...] Ford était un optimiste, tandis que je suis un pessimiste". Il existe donc une différence radicale entre les westerns de Leone et les westerns classiques, qui réside dans leur vision du monde.


Leone reconstruit donc le western, son style même étant contradictoire avec le western classique. Sa façon de dilater l'espace en étirant le cadre et en utilisant la perspective s'oppose à l'utilisation que faisait Ford ou Mann de la diagonale de l'écran pour filmer de larges paysages (Cf: la façon de filmer Monument Valley en plan large pour Ford et en profondeur pour Leone). De même, l'utilisation des gros plans et cette habitue de montrer de façon crue s'inscrit contre la volonté de transparence du western classique. Quand à la musique, elle appartenait à l'action dans les westerns classiques, alors que chez Leone elle construit l'action. Leone introduit donc une grande dose de réalisme, mais il donne également une dimension humoristique, ironique voire même parodique. Le meilleur exemple est le personnage de Tuco dans Le Bon... qui a tout à fait les caractéristiques d'un personnage de La Comedia Del Arte.


En effet, les héros "leoniens" sont le résultat du mariage entre le voyou romain sympathique et le héros du western classique. Ce sont des personnages peu conventionnels, des héros solitaires venus de nulle part, intéressés par l'argent et qui se comportent comme des guerriers, étant parfois gratuitement cruels (El Indio dans Et Pour quelques dollars... ou encore Sentenza dans Le Bon...). Il y a, chez ces personnages presque tous masculins, une sexualité affichée, marquée par la trivialité, et une certaine tendance au sado-masochisme. De plus, ce sont des personnages qui ne parlent presque pas. Les acteurs, comme les images ou la musique, sont là pour évoquer plus que pour raconter.


Leone se plait donc à démonter les règles du western classique, il en grossit les traits, il détourne ce genre si codé. On trouve deux exemples frappant de ce détournement dans son oeuvre. Tout d'abord, l'utilisation de Henry Fonda à contre emploi dans ... l'Ouest. A la fin des années 60, quand ce film sort, cet acteur représentait l'un des héros idéal des grands westerns classiques. Ici, Leone le transforme en méchant de la pire espèce. On voit une troupe d'hommes abattre de sang froid une famille, les hommes s'approchent, on ne distingue par leur visage, puis la caméra passe dans leur dos, se rapproche du chef de bande et nous fait découvrir son visage, ses yeux... "Mon dieu, mais c'est Henry Fonda ce méchant sans coeur!" (Henry Fonda, dans une interview à propos de Sergio Leone). L'autre exemple, c'est son sixième film, ... la Révolution. Le film commence comme un western, avec l'attaque de la diligence puis l'attaque de la banque, mais cette dernière est le point tournant du film, qui devient alors une épopée historique. Ce film, considéré la plupart du temps comme un western, en est en fait un faux: l'action se situe dans les années 1910 au Mexique (on ne parle plus de conquête de l'Ouest), les héros ne sont pas Américains (un Mexicain et un Irlandais), et on voit apparaître l'utilisation des véhicules motorisés, la moto de Sean Mallory (James Cobburn) remplace le cheval du cowboy de légende.


Avec la création de ce nouveau style, Leone a opéré une remise en cause de la dramaturgie américaine classique. C'est après lui que le western américain s'est vraiment modifié, comme une sorte de retour aux sources. Le réalisateur qui s'est le plus inspiré de Leone a bien sûr été Clint Eastwood qui, dans son dernier western, Impitoyable, utilise le côté sombre et négatif de Léone et les même structures narratives. On retrouve aussi son influence dans d'autres films de ce genre, comme Mort ou vif, qui reprend l'idée de vengeance, des personnages très stéréotypés et avides (ce film possède d'ailleurs de nombreux éléments de ... l'Ouest, comme par exemple Lady-Stone qui porte le poids de la mort de son père comme l'Harmonica-Bronson celui de la mort de son frère... et qui revient pour se venger).


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IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST

C'era una volta il west / Once Upon a Time in the West - Italie - 1968 - De Sergio Leone - Scénario: Sergio Donati, Sergio Leone, Dario Argento, Bernardo Bertolucci - Avec Caudia Cardinale, Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards, Gabriele ferzetti, Keenan Wynn - Photo: Tonino Delli Colli - Musique: Ennio Morricone - Durée: 2h44

Trois hommes vêtus de longs caches-poussière s'installent dans une gare déserte, tandis qu'un fermier isolé et ses trois enfants attendent une jeune femme venant de la Nouvelle Orléans pour remplacer la mère disparue... Une femme désireuse de refaire sa vie dans l'Ouest sans trahir la mémoire de son défunt mari, un inconnu fin tireur et joueur d'harmonica, un hors-la-loi moustachu et philosophe, un tueur aux yeux d'acier, froid et méthodique, et un constructeur de chemin de fer infirme et sans scrupule constituent les personnages principaux de cette intrigue aux fils multiples.




 
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