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FANTASTIQUE MADE IN FRANCE
Contrairement aux idées reçues, il existe en France une véritable tradition du fantastique, née durant les
siècles précédents en littérature, et développée au cinéma (Méliès, Cocteau, Les Visiteurs du soir, Les Yeux sans
visage, Le Roi et l'oiseau, Peau d'âne…) et au théâtre (le Grand Guignol). Conformément aux idées reçues, cette
tradition n'a à quelques exceptions près jamais depuis réellement donné de véritable chef d'œuvre, faute de moyen,
faute de talent, faute d'idées. Pourtant, à la suite de la véritable éclosion du cinéma fantastique à l'étranger dans
les années 70 (Romero, Miller, Raimi, Carpenter, Craven, Hooper, Spielberg, Lucas, etc.), certains cinéastes français
se sont essayés au genre avec plus ou moins de réussite.
PREMIER COMBAT REMPORTE PAR BESSON
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| Le Dernier combat de Luc Besson |
La tête déjà dans les étoiles, Luc Besson est mine de rien l'un des premiers à rêver un fantastique différent de
ceux de Tavernier (La Mort en direct) ou Resnais (Je t'aime, je t'aime), pour lesquels cinéma de genre
rimait automatiquement avec prises de têtes philosophique et politique. Son Dernier Combat, il le coécrit avec
Pierre Jolivet - qui joue le rôle principal, aux côtés de Jean Réno et Jean Bouise -, l'auto-produit et le réalise
pour une somme dérisoire dans des conditions d'amateur. Régulièrement à court d'argent, il construit une steadycam
de fortune (pour les nombreux travellings) ainsi qu'une louma en bois pour les mouvements de grue. Pourtant, la magie
opère et l'on se prend véritablement à croire à ce Paris de fin du monde dans lequel a lieu le combat du titre, celui
qui verra deux hommes s'affronter pour ce qui est devenu le dernier trésor sur Terre: la femme. Une belle réussite
récompensée du prix spécial du jury et de celui de la critique à Avoriaz en 83, que son auteur tentera de répéter
quinze ans plus tard avec un Cinquième Elément controversé. Sans l'aide de Pierre Jolivet, les tics de Besson
se font plus évidents, et malgré un budget hollywoodien de plus de 90 millions de dollars, la présence de Bruce Willis,
celles de Moebius pour les décors et Gaultier pour les costumes (le plus gros point faible du film), Le Cinquième élément apparaît au final
comme une grosse boursouflure vaguement cohérente, pompage de tout ce que la science fiction a fait de mieux ces
vingt dernières années. Un peu de Star Wars, un soupçon de Star Trek, une pincée de Total Recall, beaucoup
de Metal Hurlant, la fin de Abyss - version longue... La réponse de Luc lorsqu'on lui soumet le problème ?
"No comment". Le film, au demeurant, est un carton mondial, engrangeant plus de 200 millions de dollars dans les caisses
de la Gaumont. Financièrement, c'est une bonne affaire, effectivement.
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| Simple mortel de Pierre Jolivet |
Bizarrement, c'est avec un budget presque cent fois moindre, et l'absence quasi totale d'effets spéciaux, que Pierre
Jolivet (lire l'entretien), justement, réalise en 1991 ce qui reste aujourd'hui encore comme le véritable chef
d'œuvre du fantastique français. Simple Mortel présente un cadre moyen pris au piège d'un jeu intergalactique
dans lequel des extra-terrestres lui transmettent par radio des ordres qu'il doit exécuter pour sauver la Terre.
Véritable parabole sur la destinée et la manipulation de l'être humain, ce film minuscule parvient à se hisser au
rang des plus grandes réussites grâce à une tension persistante et un scénario carré qui sait éviter toute fioriture
(constante chez Jolivet, le scénario apparaît comme incroyablement travaillé et "dégraissé", même dans ses moins bons
films). "C'est un film totalement métaphysique, explique le cinéaste, très étrange, qui présente la
culpabilité d'un homme seul face au destin du monde... Un jour, je vois passer un type qui longe un mur, c'était un
jour de printemps... Je vois ce type, avec une tête formidable, qui longe ce mur, et je me dis que ce mec là vit dans
une autre dimension que la notre. Ce type est peut-être en train de sauver la planète et personne ne le saura jamais
puisqu'il y a forcément d'autres dimensions que la notre". Succès minuscule mais capital sympathie énorme, ce film
bénéficie aujourd'hui d'une véritable aura d'oeuvre culte.