ANNEES 80: LA DECENNIE MAUDITE
Entre Le Dernier Combat et Simple Mortel, presque dix années se sont écoulées, dix années terrifiantes
pour tout amateur de fantastique qui a vu systématiquement le cinéma français tourner le dos à un genre de plus en
plus prisé par les Américains (les plus grands succès des années 80 aux Etats-Unis sont pour la plupart des films
fantastiques: E.T., Retour vers le futur, Gremlins, L'Empire contre-attaque, Le Retour du Jedi, Indiana Jones et
le temple maudit…). Pourtant, en 1987, au festival d'Avoriaz, la France présente le film censé redonner ses
couleurs au genre. Un gros budget de plus de cent millions de francs, un casting international (Johnny Hallyday,
Karen Allen, Jürgen Prochnow…), des effets spéciaux impressionnants aux services d'un scénario d'anticipation proche
de Mad Max... Pourtant, dès les premiers jours de festival, la rumeur court: Terminus et sa course de
camions dans un futur indéterminé serait pire que tout ce qui le précède. Il faut bien se rendre à l'évidence: les
cheveux coupés en brosse, affublé d'une main de métal, Johnny joue comme un pied aux côtés d'une Karen Allen qui fait
galerie. Les effets spéciaux sont parmi les plus calamiteux qui soient, et la mise en scène, confiée au chef opérateur
Pierre-William Glenn (novice total en matière de fantastique et père de la jeune Julie Glenn qui joue dans le film),
n'est même pas digne du plus calme des épisodes d'un
Derrick. Oubliant toute notion élémentaire de montage, le cinéaste accumule les plans sans queue ni tête, sans se
soucier le moins du monde de son spectateur habitué aux envolées lyriques du faucon millénium de Star Wars.
Terminus, le nom sonne plutôt bien pour décrire l'état dans lequel le cinéma fantastique français se trouve
quelque temps après la sortie désastreuse du film (à peine 100 000 entrées à Paris). Désormais, le fait est établi,
fantastique et cinéma français ne font pas bon ménage, et au lieu de se poser des questions sur leurs propres
capacités à investir un genre qui ne demande que cela, les producteurs décrètent le genre en perdition et incapable
d'intéresser un public large. Résultat, Moebius ne réussit pas à tourner son Nemo entièrement en images de
synthèse.
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| 3615 code Père Noël de René Manzor |
Pourtant, dans son coin, un cinéaste discret se révolte contre cette idée, et après un Passage rythmé par
la chanson Pense à moi, de son frère Francis Lalanne, et joué par Alain Delon, il persiste dans le fantastique
et signe l'excellent 3615 code Père Noël, l'un des meilleurs slashers qui soient. Trois films en dix ans pour
René Manzor, et quelques épisodes de la série Young Indiana Jones. Mais trois films qui ont su définir une
œuvre basée avant tout sur la naïveté et le merveilleux, sur la sincérité et l'amour du prochain. Dit comme ça, cela
peut sembler stupide. Mais si ces thèmes ne fonctionnent pas totalement dans Le Passage (un homme réalise un
dessin animé dans lequel il entre pour rechercher son fils décédé) et Un Amour de sorcière (dans lequel les
effets spéciaux sont réalisés directement sur le plateau par des illusionnistes), ils font merveille dans ce 3615
code Père Noël, véritable chef d'œuvre proche d'un Carpenter (contenu social pour scénario simpliste) qui fit
scandale lors de sa sortie et ne passionna que 14 000 Parisiens. Il est vrai que le spectacle d'un enfant surdoué qui utilise
les jouets offerts par sa mère pour se défendre contre un tueur trisomique ne peut que coincer dans les associations des petits
chanteurs à la croix de bois. Déçu, les bobines de ses films sous le bras, Manzor
partit à Hollywood où il fut accueilli avec enthousiasme. Pendant ce temps, le fantastique triomphe en France
lorsqu'il met en scène De Funès en train de péter (La Soupe aux choux), et se plante dès qu'un soupçon
d'ambition pointe le bout de son nez (Litan, de Jean-Pierre Mocky, Malevil, de Christian De Chalonge,
ou même le sympathique Frankenstein 90). C'est l'époque de Jean De Florette, de Thérèse, et le
spectateur a finalement mieux à faire, pense-t-il, que d'aller voir des films qui "copient en pire les
Américains". Finalement, celui qui s'en sort le mieux, c'est encore Maurice Pialat avec son mémorable Sous le soleil
de Satan, produit par Toscan, adapté de Bernanos, palmé sous les sifflets à Cannes en 1987, et plutôt bien
accueilli du public. Pialat qui, par ailleurs, a toujours cherché à s'investir dans le fantastique, notamment au
travers d'une adaptation du Tour d'écrou de James Joyce, qu'aucun producteur n'a jamais voulu financer. Dommage.