AVORIAZ 90, ON Y CROIT TOUS TRES FORT
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| Baby blood d'Alain Roback |
Quelque temps après la sortie du cultissime et aujourd'hui quasi invisible Baxter et son chien tueur, réalisé
par Jérôme Boivin (un véritable amoureux du genre qui réalisera quelques années plus tard le k.dickien
Confessions d'un barjot), la sélection du festival d'Avoriaz 90 fait très fort en nommant pas moins de trois
films français. Aux côtés du fameux 3615 code Père Noël apparaissent ainsi le premier film gore français
(Baby blood) et le poétique Tom et Lola. Réalisé dans des conditions effroyables pour un budget
ridicule, le premier met en scène une jeune femme engrossée par une créature censée prendre la place de l'homme
dans quelques millions d'années. Discutant avec la chose qui grossit dans son ventre, la jeune femme doit tuer pour
la nourrir de sang. Monstrueusement gore, plutôt bien réalisé, surpassant sans problème la plupart des séries Z de
l'époque, Baby blood déçoit au box-office avec à peine 10 000 spectateurs parisiens dans les salles, un chiffre
qui fait frémir et condamne le cinéaste au purgatoire. Sorti en vidéo il y a quelques années dans une collection
éditée par le magazine Mad Movies, diffusé sur Canal+ un an après sa sortie, le film d'Alain Roback est depuis lors
invisible lui aussi. Comme Baxter, comme 3615 code Père Noël, comme Coïncidences, comme
Litan. Une sortie DVD un de ces jours (le film de Roback n'existe qu'en zone 1)?
Tom et Lola a déjà plus de chance. Aidé par la présence d'Alain Belmondo à la production, celle de Christian
De Chalonge au scénario, et par un sujet porteur (le destin de deux enfants bulles dans un hôpital, qui rêvent de
s'enfuirent en Antarctique, où ils pourront vivre tranquilles sans les appareils respiratoires, sans les médicaments,
à l'abri de la maladie). Torpillé au box-office (30 000 spectateurs parisiens), le film de Bertrand Arthuys connaît
un sort légèrement plus enviable que celui des films précités. Diffusé plusieurs fois sur les chaînes hertziennes,
Tom et Lola émeut et confirme aux téléspectateurs que le fantastique doit s'éloigner aussi peu que possible de
la réalité, et surtout être dénué totalement du moindre plan gore. Reste que le film est en soi une jolie réussite,
qui n'aide malheureusement en rien le genre à sortir du ghetto dans lequel il se trouve. Au demeurant, ni lui, ni
Baby blood, ni 3615 code Père Noël, ne récolteront le moindre prix à Avoriaz, qui préfère récompenser
cette année là le nullissime Lectures diaboliques, le film le moins original et le plus stupide de la
sélection.
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| La Cité des enfants perdus de Caro et Jeunet |
Un an plus tard, le génial Delicatessen réussit enfin à convaincre tout le monde. La raison de ce plébiscite,
de ce triomphe public (plus de 400 000 entrées à Paris), de sa distribution à l'étranger, de ses nombreux Césars?
Premièrement le ton volontairement comique qui fait toujours recette en France. Ensuite cet aspect poétique,
imaginaire, qui éloigne finalement le film du fantastique le plus pur (celui par exemple de leur moyen métrage Le
Bunker de la dernière rafale, présenté en double programme à Paris avec Eraserhead) pour le conduire du
côté du merveilleux illustré cinquante années plus tôt par un Marcel Carné dans Les Visiteurs du soir, par
exemple. Ce ton, cette conception du fantastique, le public l'acceptera avec plus de réserves dans La Cité des
enfants perdus, toujours du tandem Caro et Jeunet. Trop gros, trop étouffant, trop ambitieux, le film a du mal
à rembourser son énorme budget, mais plaît aux Américains qui invitent Jean-Pierre Jeunet à réaliser le sympathique
quatrième épisode de la saga Alien.