", déclare Vincente Minnelli dans son autobiographie. Si seulement quatre ans les séparent, Fred Astaire est d’une autre génération. Danseur free-lance dans l’univers du réalisateur, il était l’une de ses idoles sans réellement faire partie intégrante de son entourage. Faible acteur mais remarquable technicien capable de prouesses jusqu’ici inégalées au cinéma, en particulier au niveau de la rapidité de ses pas, il prêtera son talent à Minnelli dans trois films. Le premier
, considéré comme l’un des plus beaux ballets mis en scène par Minnelli et le morceau d'anthologie
aux côtés de Gene Kelly, seule séquence de l’Histoire du cinéma (si l’on excepte les documentaires sur Hollywood) à réunir ces deux immenses danseurs. Pendant le tournage fleuve de
aux côtés de Lucille Bremer. La troisième collaboration des deux hommes aura lieu huit ans plus tard dans l’exceptionnel
(1953). Fred Astaire y incarne un acteur-danseur en fin de carrière interprétant ce qui sera son dernier spectacle, une analogie qu’accompagne certaines séquences ironiques ne manquant pas de piquant. Le ballet final
Gene Kelly – Elève devenu maître (1912 – 1996)
Etoile incontournable de Broadway grâce au show
Pal Joey, c’est en 1941 que Gene Curran Kelly débarque à Hollywood avec son complice de toujours, Stanley Donen, pour tourner dans un film que lui propose Arthur Freed. Aux côtés de Judy Garland sous la caméra de Busby Berkeley,
Pour moi et ma mie devait être son seul et unique film. Mais le potentiel artistique que lui propose la M.G.M. et principalement la
Freed Unit vont avoir raison de lui, il restera sur la côte ouest. En 1945, après avoir été tête d’affiche de huit comédies musicales, il se retrouve au casting de la première grosse production du genre,
Ziegfeld Follies sous la direction de Vincente Minnelli. Son seul tableau sera le fameux duo avec Fred Astaire
The Babbitt and the Bromide. Acteur, danseur, chorégraphe, il sera pour le nouveau réalisateur coqueluche d’Hollywood Séraphin, le comédien ambulant du
Pirate (1948); Jerry Mulligan, le peintre expatrié d'
Un Américain à Paris (1951) - rôle pour lequel il obtiendra un Oscar spécial pour son travail de chorégraphe interprète - et Tommy Albright, new-yorkais chasseur rêveur de
Brigadoon (1954). Grâce à son amitié avec le réalisateur, Gene Kelly collaborera assidûment à l’élaboration de leurs deux derniers projets en commun. Il en sera principalement le chorégraphe, lui permettant d’imposer sa marque dans la plupart de ses numéros musicaux dont la séquence de claquettes
I’ll Go Home with Bonnie Jean de
Brigadoon et certainement la plus révélatrice.
Kirk Douglas – Personnage miroir (1916 - ?)
Kirk Douglas a déjà fait du chemin lorsqu’il rencontre Vincente Minnelli. Une amitié de fer avec Burt Lancaster et une nomination aux Oscars (
Champion, 1949) en poche, il se laisse happer par le projet
Les Ensorcelés (1942) pour lequel on lui propose le rôle de Jonathan Shields, un producteur froid et cynique incarnant la démesure de l’instinct créateur hollywoodien. Douglas se montre magistral et remporte une deuxième nomination à l’Oscar. Dans une lettre de remerciement au réalisateur il écrira: "
Vous avez su briser mon "image de marque" et me sortir de la routine de mes rôles. J’espère que nous serons amenés à travailler de nouveau ensemble." Lorsque Arthur Freed et Vincente Minnelli décrochent les droits d’adaptation de
La Vie passionnée de Vincent Van Gogh en 1955, ils pensent immédiatement à Kirk Douglas. La ressemblance avec le peintre leur semble frappante et le côté sauvage et robuste de l’acteur leur permet de rompre avec l’imaginaire collectif de l’artiste éthéré. Nouvelle nomination aux Oscars, Kirk Douglas s’est approprié toutes les ambiguïtés de ce personnage auquel Vincente Minnelli s’est souvent identifié. La dernière collaboration entre les deux hommes surviendra huit ans plus tard. Le réalisateur se lance une nouvelle fois dans l’exploration de la mécanique hollywoodienne.
Quinze jours ailleurs (1962) se place cette fois-ci du côté du réalisateur, exilé en Europe pour échapper au poids de Wall Street et des coûts élevés de production. Si Kirk Douglas ne réitère pas le coup de maître des
Ensorcelés, il signe une fois de plus une prestation sans faille, notamment lors la folle poursuite en voiture aux côtés de Cyd Charisse.
Julie Anterrieu