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HOLLYWOOD CHANTE ET DANSE

Fort de son succès et de la nouvelle orientation qu’il s’est appliqué à donner à la comédie musicale, Vincente Minnelli va enchaîner sur de nombreux autres films du genre, restant pendant près de quinze ans l’un des maîtres incontestés. Du blockbuster Ziegfeld Follies en 1945 au triomphe de Gigi en 1958, il va émailler son parcours de réels bijoux emplis de personnages rêveurs, dont il développe l’imaginaire dans des scènes de ballet onirique d’une beauté exquise. Si ses quatre réalisations musicales de la fin des années quarante possèdent des séquences mémorables – notamment le célèbre duo The Babbit and the Bromide interprété par Fred Astaire et Gene Kelly et le pas de deux Limehouse bleues entre Astaire et Lucille Bremer dans Ziegfeld Follies, le solo Look for the Silver Linning par Judy Garland dans La Pluie qui chante (1946) et la plupart des scènes musicales du Pirate -, ce sera dans les années cinquante, période la plus flamboyante de la M.G.M., que son talent explosera et laissera sa marque incontestable sur le public et la profession. C’est avec Un Américain à Paris qu’il ouvre la deuxième moitié de siècle. Sur une nouvelle idée d’Arthur Freed, Minnelli filme un Gene Kelly peintre dans les bras d’un Paris enchanté et d’une nouvelle venue, Leslie Caron. Il y rend hommage à ses racines culturelles européennes et à ses artistes impressionnistes préférés. Comme il l’avait initié avec Le Pirate, il transporte l’art dans la rue, le sort des intérieurs cosy des hôtels et salles de spectacle pour le livrer à un public en extase devant une scène finale d’anthologie. Un Américain à Paris remporte six Oscars dont celui du meilleur film, le premier de la Freed Unit.


1953, Vincente Minnelli est au sommet de son art. S’il revient avec Tous en scène à la longue tradition des comédies musicales mettant en scène des gens du spectacle, il ne retombe pas pour autant dans les travers de ses prédécesseurs. Les séquences musicales participent au récit - on retiendra tout particulièrement le sublime Dancing in the Dark, alliant la légèreté de Cyd Charisse associée aux mouvements aériens de Fred Astaire –, les répétitions et représentations sont éludées, escamotées pour finir sur l’extraordinaire ballet Girl Hunt mélangeant surréalisme et Pop Art. Sûrement la plus belle réalisation musicale de sa carrière. L’année suivante, il renverse le miroir avec l’adaptation du célèbre musical Brigadoon. Ce n’est plus l’imaginaire que l’on transporte de ville en ville pour égayer ces vies monotones, mais la cité qui plaque sa mécanique artificielle forçant le fabuleux à se terrer au fin fond de l’Ecosse, à n’apparaître qu’une fois par siècle. Dans une chorégraphie signée Gene Kelly, Cyd Charisse se montre toujours aussi envoûtante, jouant cette fois-ci la carte de la douceur. 1955, le réalisateur se voit contraint d’accepter la réalisation de Kismet pour que le studio lui laisse toute liberté sur le projet de Van Gogh qui lui tient à coeur. Nouvelle œuvre de commande qu’il juge inintéressante, il ne portera son attention que sur le travail des décors et costumes orientaux et laisse la fin du tournage entre les mains de Stanley Donen. 1957, la M.G.M. est ébranlée par la mort de L.B. Mayer, la Freed Unit est en péril et avec elle ses comédies musicales majestueuses.


C’est dans ce cadre que Vincente Minnelli et Arthur Freed se réunissent pour ce qui sera le chant du cygne de leur aventure. Gigi, adapté du roman de Colette, est une grosse production qui s’implante outre-Atlantique dans un Paris aux airs de Belle Epoque. Si le réalisateur retrouve Leslie Caron dans le rôle principal, les scènes de danse d'Un Américain à Paris font désormais figure de reliques. En effet, de par son caractère très esthétique privilégiant les morceaux musicaux comme restitution d’une époque, Gigi introduit une nouvelle révolution dans le genre. La danse se voit reléguée à l’état de micro-mouvements, simple réminiscence des effets de la musique sur les corps (un nouveau style qui sera souligné par sa deuxième réalisation de 1958, Qu’est-ce que maman comprend à l’amour?). Le film, sous ses allures de requiem de la comédie musicale, remporte neuf Oscars dont celui de meilleur film et meilleur réalisateur. Si les deux génies co-signeront une dernière production en 1960 dans laquelle ils prennent un malin plaisir à déconstruire l’image du New York de leurs débuts, Un numéro du tonnerre passera totalement inaperçu malgré son caractère très moderne. Ils s’attaquent alors à un projet de biopic sur la vie de Irving Berlin pour lequel ils prévoient un final éblouissant qui ressusciterait le genre, mais la M.G.M. engluée dans ses problèmes tarde à libérer les fonds et le projet part aux oubliettes. La comédie musicale est bel et bien crucifiée sur l’autel du rêve américain, le très moyen Melinda au casting totalement insipide (Barbra Streisand et Yves Montand) venant enfoncer le dernier clou.


LA MELODIE DU BONHEUR

Parallèlement a ses films musicaux, Vincente Minnelli s’attaque à des œuvres de comédie pure devenues pour certaines des classiques. Le principe de chacune d’entre elles sera le même: faire une analyse sarcastique basée sur le comique de situation des codes et comportements de la petite bourgeoisie américaine. Le premier à passer sous le scalpel minnellien sera Le Père de la mariée (1950). Un grand succès mené par une Elizabeth Taylor encore jeune et un Spencer Tracy en grande forme qui sera complété l’année suivante par un second épisode un poil moins mordant, Allons donc, papa!. Le coup de maître de Minnelli surviendra deux ans plus tard avec La Roulotte du plaisir. Un projet initié par les comiques du petit écran Lucille Ball et Clinton Twiss qui séduit immédiatement le réalisateur. Ce dernier y voit la possibilité de renouer avec son talent de caricaturiste. Toutes les situations sont sur-dramatisées, les dialogues piquants, le public adhère à 100% et le film rapporte quatre millions de dollars à la firme. En 1957 il dirige Lauren Bacall et Gregory Peck dans La Femme modèle, s’amusant à confronter les deux mondes radicaux que sont la haute couture et le journalisme sportif. Sa dernière comédie pure sera réalisée sous l’égide de sa propre boîte de production flambant neuve, Venice Production qu’il a créée au terme de son contrat avec le Lion afin de garder une certaine crédibilité auprès des producteurs et des studios. Plus fin que les films précédents, Il faut marier papa joue en nuance sur la psychologie des personnages et leurs comportements.


Autres films proposant une incursion dans le milieu de la comédie classique: L’Horloge (1945) et Au revoir Charlie (1964). Ces deux films de Minnelli sont des œuvres à part dans l’ensemble de sa carrière. Mis en scène pendant l’épopée de Ziegfeld Follies en 1944, L’Horloge introduit pour la première fois chez le réalisateur une thématique mélodramatique que pointent sans cesse du doigt des séquences délirantes jouant sur le comique de situation qu’il affectionne tant. Autre élément particulier: alors qu’à son habitude Vincente Minnelli dresse des tableaux de familles, de groupes, de communautés dont le conflit dilué sur plusieurs mois réside en leur noyau dur, il se focalise ici sur deux êtres s’affairant dans leur bulle pour lutter contre un seul élément, le temps. Alice et Joe n’ont que deux jours. Deux jours pour tomber amoureux, s’aimer, se marier, se quitter. Dans ce contexte il n’y a guère de place au rêve minnellien, il faut vivre le temps présent, le prendre à bras le corps, le fabuleux ne pouvant faire surface qu’à la fin du sablier. Une idée de lutte contre le temps qu’il retrouvera parmi d’autres dix ans plus tard dans Brigadoon. Une fois le film achevé, Vincente épouse Judy le 15 juin 1945. Au revoir Charlie a quant à lui des allures de film noir. Adapté de la pièce de George Axelrod, il propose un thème très novateur pour l’époque, celui de la réincarnation. Minnelli joue avec les corps de ses acteurs dans une mise en scène très respectueuse de son sujet. Il est au sommet de son art.


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