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AL GORE


Ce n’est pas tous les jours que l’on peut rencontrer un homme passé à deux doigts du Bureau Ovale. Al Gore a honoré le festival de Deauville de sa présence pour défendre son combat contre le réchauffement planétaire via le documentaire Une vérité qui dérange. Très clair et intelligent, Al Gore s’est prêté au jeu des questions, certaines sérieuses, d’autres plus légères.


Q - J’aimerais savoir ce qu’il en était du DVD d’Une vérité qui dérange, et si vous comptiez diffuser le film sur internet, là où il pourrait être visible gratuitement par tous.

Al Gore - Le DVD sortira plus tard dans l’année et il est déjà bien avancé. Pour ce qui est de mettre le film entier sur le web, ce sera sans doute pour plus tard. Mais certaines parties de la conférence seront sur le net sous peu. Je vais également commencer dans deux semaines une session d’apprentissage où j’expliquerai à mille personnes comment réaliser eux-mêmes une version de ma conférence avec leur propre voix afin qu’ils puissent à leur tour la diffuser à travers les Etats-Unis, et même certaines parties du monde.

Q - Malheureusement, les conseils pour changer nos modes de vie n’arrivent qu’au générique de fin. J’aimerais savoir s’il y aura une Vérité qui dérange 2. Et, est-ce que la "vérité qui dérange", ce ne serait pas plutôt de changer nos schémas de pensée, et peut-être au-delà du problème environnemental, sortir du capitalisme?

Al Gore - Les suggestions de changements individuels à la fin du film ne sont pas les seuls évoqués dans le film. Vers la fin, il y a aussi un segment sur les changements politiques nécessaires. Pour ce qui est d’une suite, il est trop tôt pour le dire. Je ne sais pas si ça sera le cas. Si ça se trouve, ça prendra trente ans pour en revenir à un nouveau contenu digne d’intérêt. Mais ça pourrait arriver plus tôt. C’est encore trop tôt pour le dire.
Votre question sur le capitalisme est intéressante mais je ne crois pas que le capitalisme doit être vu comme un obstacle inévitable à la sauvegarde de l’environnement. Je pense par contre qu’on devrait changer la manière dont on met en œuvre le capitalisme. Les considérations écologiques ont été systématiquement exclues de tous les calculs sur ce qui est important et ce qui ne l’est pas. J’en avais parlé dans mon premier livre, Sauver la planète Terre, et nombreux sont ceux qui s’y sont consacrés également. Je pense que si on répare la manière dont le capitalisme prend en compte l’environnement, le marché peut en réalité être l'un de nos meilleurs atouts. Je respecte ceux qui ne sont pas d’accord, mais c’est ce que je crois.


Q - Vous allez en Norvège dans quelques jours. Quel message adresseriez-vous à des pays producteurs de pétrole comme la Norvège? Et une deuxième question: qu’est-ce qui a changé aux Etats-Unis depuis la sortie de votre film?

Al Gore - J’ai hâte de m’y rendre. Et s’il s’agit bien d’un pays producteur de pétrole, il s’agit aussi d’un des pays les plus responsables au niveau environnemental. Les Etats-Unis aussi produisent du pétrole et j’espère que nos politiques seront un jour aussi responsables que les leurs. Je pense que ces derniers mois des changements ont eu lieu dans la manière dont les gens abordent ce problème. J’aimerais m’attribuer tout le crédit (sourire) mais d’autres gens s’y consacrent, et il ne faut pas oublier l’impact de catastrophes naturelles telles que l’ouragan Katrina qui ont attiré l’attention sur le fait que ce sur quoi les scientifiques nous mettent en garde commence déjà à se produire.
Il y a quelques jours, la Californie a mis en place des limites sur les émissions de gaz à effet de serre. C’est très représentatif qu’un gouverneur Républicain et une législature Démocrate aient pu se mettre d’accord. D’autres états vont suivre le modèle californien. Certains grands chefs d’entreprise qui résistaient auparavant à de telles mesures s’y sont ralliés. Des évangélistes conservateurs, supporters de Bush, ont publiquement fait savoir leur désaccord avec Bush sur ce point. 281 villes américaines ont mis en œuvre, chacune de leur côté, des limitations comme celles mentionnées dans le protocole de Kyoto. Donc il y a bien de nombreux signes d’espoir et je me sens encouragé.


Q - Vous avez fait le tour du monde avec votre conférence, mais dans le film on ne voit pas une seule ville française. Est-ce que Deauville est la première étape?

Al Gore - J’ai déjà donné ma conférence en France mais, il est vrai, seulement à des tout petits groupes. Et si je ne l’ai pas donnée à Deauville, c’est simplement parce qu’on ne me l’a pas proposé! Mais je serai à Paris la deuxième semaine d’octobre pour la donner.

Q - Dans quel état d’esprit, en tant que citoyen américain, allez-vous à la rencontre des pays en voie de développement, sachant que les populations aspirent au même confort dons nous usons et abusons depuis des années?

Al Gore - Il est important de se rendre compte des aspirations qu’ont les pays en voie de développement, qui souhaitent un mode de vie égal ou meilleur à celui qu’ils voient sur leurs écrans de télévision. Mais il faut savoir qu’il est possible d’utiliser de nouvelles technologies non polluantes pour ne pas renouveler les erreurs que nous avons commises dans l’Occident. Avec la révolution de l’information, certaines de ces nouvelles approches laissent entrevoir la perspective de meilleures conditions de vie sans les conséquences néfastes pour l’environnement.

Q - Comment arrivez-vous à trouver le sommeil par rapport à votre résultat à l’élection présidentielle de 2000? Et si vous aviez la chance de rentrer à la Maison Blanche demain matin, quel serait votre premier geste?

Al Gore - Je ne ressasse pas le passé et j’essaye de me concentrer sur l’avenir. On ne peut pas changer le passé, mais on peut changer l’avenir. Et si on s’y consacre assidûment, on dort très bien la nuit!
Et si j’étais président, je ratifierais le traité de Kyoto pour y intégrer les Etats-Unis. Je pense que nous allons nous y rallier un jour, peut-être pas à ce traité mais à son successeur. Ce serait le geste unique le plus important que nous pourrions faire car il permettrait d’utiliser les forces du marché de manière rationnelle pour allouer des capitaux à la réduction d’émissions de CO2. Je changerais également le système des taxes pour baisser celles sur l’emploi, et compenser en augmentant celles sur la pollution, surtout celle au dioxyde de carbone. Mais je sais que le système politique ne tolèrerait pas un changement d’une telle ampleur en ce moment. C’est pour ça que j’œuvre à essayer de changer l’état d’esprit des gens, pour justement repousser les limites de ce qui est possible politiquement.


Q - Il y a certes les dangers liés à la pollution due à l’industrie, mais il y a également un autre danger: la pollution liée aux médias. Vous avez parlé de la révolution de l’information mais encore faut-il que le modèle économique puisse être aussi influencé de manière positive, afin que des pays en pleine croissance comme la Chine ou l’Inde ne veuillent pas se jeter à corps perdu dans la consommation et commettent en un laps de temps très court les erreurs que nous, en Occident, nous avons commis en trente ans.

Al Gore - Oui. Une des choses qui rend cette crise si urgente en ce moment, c’est que des pays comme l’Inde ou la Chine croissent de manière très rapide et que la mondialisation les as intégrés à une vitesse folle à l’économie mondiale. La Chine est désormais l’équivalent de l’OPEP pour ce qui est de l’industrie, et chaque jour elle décide combien de centrales au charbon elle va construire cette année, et l’année d’après, etc. Et ces centrales vont durer longtemps. Il sera plus facile de faire baisser les émissions de CO2 rapidement si on peut encourager ces pays à mieux choisir leurs sources d’énergie.
La manière dont opèrent les médias aujourd’hui dans la majorité des pays occidentaux ne crée pas le dialogue démocratique qu’elle devrait. Une raison pour cela est que le dialogue qui a mené à l’âge de la raison était basé autour de la presse écrite. Il y a quarante ans, son règne a été remplacé par celui de la télévision et la circulation des infos est passée à sens unique, laissant de nombreux individus exclus de ce dialogue. Et dans mon pays, il faut beaucoup d’argent pour acheter un spot de 30 secondes, qui représente désormais la base de tout échange politique. Et de nombreux thèmes sont laissés de côté à cause de la nature même de cet échange. Donc oui, pour s’attaquer au problème de l’environnement, il faut aborder aussi celui du processus démocratique.
L’internet offre un espoir car il est facile d’y entrer en tant qu’individu. Mais il n’a pas la qualité quasi-hypnotique de la télévision. Ca viendra avec le temps, mais pour l’instant nous sommes dans une ère bi-culturelle. Une culture existe à la télévision et une autre sur internet. La culture de la presse écrite affecte les deux mais est en recul. Je pourrais continuer pendant longtemps mais je donne déjà beaucoup de travail à notre traductrice.


Q - Dans le film vous dites que le pouvoir politique est une énergie renouvelable. Puisque vous ne détenez plus un pouvoir politique traditionnel, à quels hommes politiques américains, des deux partis, faites vous confiance pour vous aider à mettre en œuvre les changements que vous suggérez dans le film? Et, dans une catégorie plus légère, on vous demande tout le temps si vous serez candidat à la présidence en 2008. Mais ce que je veux savoir c’est si vous allez vous présenter au poste d’Empereur de la Lune?

Al Gore - (rires) Pour répondre à votre première question, je ne pense pas que notre système politique actuel tienne le bon discours par rapport à la crise environnemental dans laquelle nous sommes. J’espère que des candidats des deux partis en 2008 en feront une priorité. Mais ce n’est pas encore le cas. Ça arrivera, mais je n’ai pas encore de noms à vous donner.
Par rapport à la deuxième partie de votre question, je vais clarifier ce qu’est Futurama. Il s’agit d’une série animée américaine qui avait été annulée. Elle est aux Simpson que c’est les Jetsons étaient aux Pierrafeu. Elle va sans doute revenir à l’antenne, et si c’est le cas, je vais de nouveau y jouer un rôle. Avant, je jouais une tête désincarnée. Dans le futur. C’est dur à expliquer.


Entretien réalisé par Liam Engle

le 3 septembre 2006


 
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