| |
|
|
 |
|
|

STEPHANE BOURGOIN
Henry Lee Lucas, Hannibal Lecter, Michael Myers, John Doe, Leatherface,
Norman Bates, etc. Autant de noms connus du grand public pour les frissons qu'ils entraînent dans les salles de
cinéma. Stars de cinéma, les serial killers sont partout. Stéphane Bourgoin, lui, les a rencontrés. Pour de vrai.
Des centaines d'heures d'entretiens avec les plus grands criminels de notre temps, des livres essentiels sur les
psychopathes les plus connus, des conseils donnés aux cinéastes, etc. Telles sont les occupations de cet écrivain
qui, au moment de l'entretien, revenait des Etats-Unis où il a été conseiller sur l'affaire du sniper de
Washington.
FilmDeCulte - Quel est le tueur en série de cinéma le plus fidèle à
la réalité?
Stéphane Bourgoin - Il y en a plusieurs... Le plus fidèle à la réalité ou bien
à un événement en particulier? Le plus réaliste pour moi reste Henry, portrait of a serial killer. Un film de
John McNaughton basé sur le cas véridique de tueurs que j'ai rencontrés, Henry Lee Lucas et Otis Toole. Ensuite, il y
a deux films de Richard Fleisher, le premier étant L'Etrangleur de Rilligton Place, qui malheureusement
n'existe pas en DVD. Il était sorti à l'époque en vhs chez Fox mais il est indisponible depuis longtemps. Il met
en scène Attenborough qui joue le rôle d'un tueur en série anglais nécrophile qui s'appelait John Reginald Christie.
L'autre film s'intitule L'Etrangleur de Boston, avec Tony Curtis, lui aussi dans le grand rôle d'un serial
killer. D'une manière générale, ce sont plutôt les films basés sur des cas authentiques qui se trouvent être les
plus véridiques.
FilmDeCulte - Est ce qu'il y en a un parmi les personnages de fiction qui vous semble crédible?
Stéphane Bourgoin – J'ai beau chercher... Il y a un film assez réaliste mais qui
se déroule plutôt du côté de l'enquête. Justement, je trouve que le film devient plus faible dès le moment où l'on
aperçoit le tueur. Il s'agit d'un film français, d'ailleurs, Scènes de crimes. Je le trouve en tout point
remarquable, jusqu'au trois quarts du film, lorsque le tueur en séries apparaît. J'en ai discuté avec le cinéaste
Frédéric Schoendoerffer, et il n'est pas d'accord, il trouve que le film continue à être tout à fait crédible. Mais
je n'accroche plus dès le moment où l'on voit ce tueur en série. Cependant, du point de vue de la méthode employée
pour pister un serial killer, ça reste probablement le plus réaliste.
FilmDeCulte - Avez-vous déjà été appelé en renfort pour l'écriture d'un scénario,
ou sur un tournage?
Stéphane Bourgoin – J'ai pas mal d'amis qui réalisent des films. Schoendoerffer
est venu souvent discuter ici à la boutique alors qu'il écrivait le scénario de son film. D'ailleurs, il me fait un
petit clin d'œil en donnant mon nom à la première victime du film. Mais rien d'autre. Je n'ai pas vraiment voulu
jusqu'à présent parce que je ne me sens pas à l'aise dans la fiction. Mon nouvel éditeur me tanne pour que j'écrive
un roman sur le sujet mais je n'ai pas envie de le faire pour le moment. J'ai fait quelques documentaires, mais pas
de fiction.
 |
| Henry, portrait of a serial killer |
FilmDeCulte - Vous avez participé à l'élaboration du DVD de Henry, portrait
of a serial killer. Pourriez-vous revenir sur ce film, sur la façon dont les deux tueurs, Henry et Otis, sont
représentés ?
Stéphane Bourgoin – Ce qui est frappant lorsque l'on rencontre de vrais serial
killers, c'est un peu ce décalage entre l'horreur de leurs actes et la médiocrité affligeante de leur personnage.
Il ne se passe pas un mois sans que je rencontre un tueur en série, et j'attends toujours de voir un Hannibal Lecter,
quelqu'un d'hyper sophistiqué, d'hyper intelligent, fin et cultivé. Il s'agit plutôt de gens tout à fait basiques,
mal intégrés dans la société, pour qui tuer ne pose pas de grands problèmes de conscience, qu n'ont aucun remords.
C'est pourquoi je trouve très juste le portrait du film, tourné quasiment comme un documentaire. On a véritablement
l'impression de les suivre dans leurs activités quotidiennes. Les serial killers commettent leurs crimes, mais mènent
également une vie ancrée dans la délinquance. Ce que montre très bien le film lorsque les personnages piquent une
télé, par exemple. Ils vivent au jour le jour, de la même façon qu'un Guy George ou qu'un autre tueur en série. La
mise en scène collant très bien au sujet, le film devient alors assez remarquable, loin de la distanciation qui se
crée avec certains films dans lesquels un acteur connu joue le rôle du tueur. Dans Henry, il y a une réelle
identification avec les acteurs qui, à l'époque, étaient totalement inconnus. Je trouve ce film extrêmement fort.
FilmDeCulte - Parlez-nous des tueurs en série adaptés au cinéma.
Stéphane Bourgoin – Le plus adapté reste bien entendu Jack l'éventreur. Il y a
déjà plusieurs dizaines d'adaptations cinématographiques. Il est de loin le tueur en série le plus adapté au cinéma,
sans compter ses confrontations fictives avec Sherlock Holmes, ainsi que les nombreux téléfilms. Dans le domaine de
la littérature aussi, l'on ne compte plus les romans et les nouvelles mettant en scène ce personnage. L'histoire
risque encore de rebondir avec les pseudo révélations de Patricia Cornwell, qui explique que Jack serait un peintre
obscure... Une théorie déjà évoquée, à l'origine de deux bouquins à la fin des années 60 en Angleterre. On réchauffe
ça dans de vieilles casseroles, quoi.
 |
| Halloween |
FilmDeCulte - Le film de slasher est un cas à part, bien entendu, plus
proche du fantastique, avec ses propres codes - notamment celui du tueur masqué, ou du massacre de jeunes à l'arme
blanche. Est ce que certains tueurs ont pu présenter des similitudes, même lointaines, avec ce genre cinématographique?
Stéphane Bourgoin – Un tueur en série ne tue pas forcément qu'une victime à
chaque fois, mais s'il tue plusieurs personnes en même temps à un moment donné, il devient alors ce qu'on appelle
un tueur de masses. Ceux là souffrent généralement d'antécédents psychiatriques et peuvent facilement se suicider
ou se faire abattre par la police sur les lieux même du crime. Mais un serial killer peut malgré tout tuer un plus
grand nombre de victimes lors d'un même incident. Qu'il soit masqué... Pour éviter la détection, oui. Mais un masque
pour le côté un peu apparat, c'est très rare. Il y a bien sûr l'exemple du serial sniper, le Zodiaque, un tueur de
San Francisco n'ayant jamais été identifié à ce jour et qui a tué plus de quarante personnes dans la région. Ce qui
trouve son pendant au cinéma dans le premier Inspecteur Harry, par exemple, dans lequel le tueur s'appelle
Scorpio. Contrairement au tueur du film, le vrai Zodiaque est costumé, avec une robe de templier, une croix autour
du cou, etc. Une sorte de costume rappelant notamment le Ku Klux Klan. Enfin, il se déguisait ainsi en campagne. En
revanche, lorsqu'il tuait directement dans la ville de San Francisco, il n'était pas déguisé de cette façon. Il
envoyait des lettres cryptées aux média, à la police, avec la même arrogance que le sniper de Washington. Des
messages dans le genre de "Police: 0 - Zodiaque: 33". Il y avait aussi Ed Gein, inspirateur de Psychose
et Massacre à la tronçonneuse, qui se déguisait avec des vêtements fabriqués à partir de la peau de ses
victimes. Cependant, il ne sortait pas ainsi lorsqu'il allait tuer. Il s'était fabriqué une ceinture pour faire
disparaître son sexe, et il avait un masque fait de peau humaine. Mais c'était plus lorsqu'il était le soir chez
lui à se "reposer", près de la chambre dans laquelle il avait gardé le cadavre de sa mère.
 |
| Le Silence des agneaux |
FilmDeCulte - Oliver Stone montre dans Tueurs nés une réelle fascination
du public pour les tueurs en série. Avez-vous pu vous-même la constater?
Stéphane Bourgoin – Oui, c'est même assez effrayant. J'en suis à plus de cent
lettres quotidiennes. C'est un peu fatiguant, parfois. La seule explication, c'est Le Silence des agneaux.
Il y a eu un avant et un après. Les films de tueurs en série existent depuis le cinéma muet, mais Le Silence
des agneaux est le véritable élément déclencheur. Puis ont suivi toutes les séries télé type Profiler.
Cette mode touche essentiellement les femmes, qui représentent presque quatre-vingt dix pour cent des lettres que
je reçois. La moitié de ce courrier provient de ce que j'appellerai le syndrome du profiler, de jeunes étudiantes
en psychologie, en droit, en journalisme, etc. Des jeunes qui se prennent pour Jodie Foster et qui ont cette notion
stupide et romantique de la traque au serial killer. Egalement, beaucoup de lettres proviennent d'une frange de gens
très nettement déséquilibrés.
LE SIXIEME SENS vu par Stéphane Bourgoin.
C'est un film qui gagne à être revu. La première fois que je l'avais vu, j'avais été assez déçu étant donné
que je suis un fana du roman de Thomas Harris. Je l'ai revu depuis pas mal de fois, et mis à part les côtés
un peu irritants de Michael Mann - qui se laisse parfois un peu trop aller à ce que ses décors ressemblent
tous à ceux d'un décorateur intérieur italien ou à marteler la musique de façon un peu trop violente. Dans
Le Solitaire, avec James Caan, il arrive certains moments où l'on n'entend même plus les dialogues.
Mais ça reste un superbe film. Ce qui m'a poussé à ne pas aller voir le remake, Dragon rouge.
J'attendrai qu'il sorte en DVD. Par contre, j'ai acheté il y a un ou deux ans la version director's cut de
Manhunter, et la fin est différente, paraît-il (je ne l'ai toujours pas regardé).
|
|
|
|