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Tueurs nés
FilmDeCulte - Il y a une croyance populaire qui consiste à voir les serial killers comme des gens extrêmement intelligents, raffinés, fins, etc. Croyance renforcée par le cinéma.

Stéphane Bourgoin – J'en ai rencontré quelques-uns de très intelligents, vous savez. Mais fort heureusement, ils sont généralement très basiques. Ils sont cependant souvent malins et rusés puisqu'ils ont eu affaire plusieurs fois à la police. Mais c'est généralement leur propre connerie qui les font chuter. C'est exactement ce qui s'est passé durant l'affaire du sniper de Washington. Paradoxalement, ils n'ont aucune envie que cela s'arrête, ils veulent continuer leur carrière criminelle, mais petit à petit, comme ils sont très mégalomanes, quand ils ont tué dix ou quinze fois, ils se sentent supérieurs aux policiers qui les traquent et ne prennent plus les même précautions. Et en même temps, ils ont également ce besoin de montrer qu'ils sont des surhommes, qu'ils sont l'égal de Dieu, et de le crier partout. C'est ainsi que généralement ils se font prendre.


FilmDeCulte - Pensez-vous qu'ils veuillent se faire prendre?

Stéphane Bourgoin – Non, jamais. Ils n'ont absolument pas l'ombre d'un remords, et lorsqu'ils sont relâchés, ils recommencent immédiatement. Il leur arrive parfois de s'en vanter auprès de leurs proches, de montrer qu'ils en savent plus sur cette affaire. Ils vont parfois se mêler aux badauds, ou à la police. Ils retournent sur les lieux du crime. C'est une constante que l'on retrouve chez bon nombre d'entre eux. Ed Kemper, par exemple, avait pour petit amie la fille du policier qui menait l'enquête sur ses propres meurtres. Beaucoup ont tenté de devenir policiers, ont usurpé l'identité de policiers... Certains s'étaient également fabriqué de fausses plaques de police. Dans les films, sinon, on a le cliché du tueur qui va se mettre à traquer le profiler qui mène l'enquête. Mais dans la réalité, cela ne s'est jamais vu. Certains ont pu fréquenter des bistrots à flics, par exemple, comme Kemper. Il y a même l'exemple de policiers devenus serial killers, comme Schaeffer.


FilmDeCulte - Quelle affaire serait la plus à même d'être adaptée au cinéma?

Stéphane Bourgoin – Probablement Ed Kemper, justement. C'est celui qui m'a le plus marqué, que j'ai le plus rencontré, également. J'ai des centaines d'heures d'entretiens avec lui. Son histoire est assez hallucinante, et il n'y a même pas besoin de transposer le tout en fiction, la réalité est suffisamment dure comme ça.


FilmDeCulte - Henry se vantait d'avoir commis plus de 360 crimes. La pub précisait cela lors de la sortie du film. Ce chiffre est-il réaliste?

Stéphane Bourgoin – Henry était un grand menteur et il est clair qu'il n'a pas commis ces 360 meurtres. Il en a malgré tout commis plusieurs dizaines, et ça aussi, c'est un fait établi. Avec Otis Toole, ils ont dû tuer plus de cent personnes. Le plus prolifique pour le moment serait un tueur, toujours vivant à l'heure actuelle, du nom de Pedro Alphonso Lopez, qui a plus de trois cents victimes reconnues. A la fois en Equateur et au Pérou. Il y a aussi un médecin anglais qui a à son actif près de deux cents soixante-dix victimes. A l'origine du meurtre, il y a fréquemment des mobiles sexuels. Dans le cas de tueuses, il ne s'agit en revanche pas d'une cause sexuelle mais plus d'un pouvoir de vie ou de mort sur la victime. C'est souvent le cliché de la femme issue de famille modeste et qui a toujours rêvé de l'image romantique de l'infirmière qui vole au secours du médecin ou de tel malade. C'est une façon en quelque sorte de montrer sa puissance. Ainsi, une bonne partie des tueuses travaillent dans le milieu hospitalier.


FilmDeCulte - Les tueurs en série au cinéma viennent principalement des Etats-Unis, même dans un film français comme Six Pack. Et la France, dans tout ça?

Stéphane Bourgoin – C'est difficile à dire, puisque l'on manquait d'une véritable base informatique, qui a été mise en route il y a un peu plus d'un mois. Cela va permettre de regrouper des crimes qui étaient traités de façon isolée jusqu'à présent. Ce que je peux vous dire, c'est que depuis 1999, j'ai identifié plus de quarante-cinq tueurs en série français. C'est beaucoup. On parle de Guy George et des plus connus, mais on en oublie beaucoup. Les autres sont régulièrement oubliés par la presse. Je viens d'ailleurs de terminer un bouquin sur les tueurs en série français. Il sortira début février, normalement. Ils ont choisi un titre qui n'était pas tout à fait mon choix: Les Serial Killers sont parmi nous. J'envisage également de faire prochainement une véritable encyclopédie des tueurs en série, de A à Z. L'on y trouvera bien entendu tous les noms, mais également les termes usuels, les enquêtes, les films, les romans, etc.


Entretien réalisé par Anne-Sophie Ferrette, Anthony, Benjamin Parent.
Le 25 novembre 2002.




SE7EN vu par Stéphane Bourgoin.

Plastiquement superbe. Lorsque j'ai vu le générique, que je trouve sublime, je me suis dit que ça allait enfin être le vrai chef d'œuvre du genre... Mais j'ai été assez déçu par la suite. Mis à part la photo, je trouve que le scénario n'est même pas digne d'un épisode de Starsky et Hutch. Le vieux flic sur le point de prendre sa retraite... Le jeune flic aux dents longues... Quant au tueur, il est totalement irréaliste. Ça, à la limite, peu importe, puisque nous sommes dans une œuvre de fiction. Mais il est clair que ce n'est absolument pas crédible. On n'a jamais vu d'exemple de tueur laissant ainsi des indices un an à l'avance. Tout cela est du domaine de la science-fiction.




 
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